Economie

Politique industrielle: Le plan Emergence dans les starting-blocks

Par L'Economiste | Edition N°:2177 Le 22/12/2005 | Partager

. Il a été présenté hier au Souverain. Super parangon économique pour un Maroc compétiteur en 2015C’est hier 21 décembre que la politique industrielle préparée par le ministère de l’Industrie pour doper l’économie marocaine a été présentée au Souverain par le Premier ministre, Driss Jettou, au Palais royal de Casablacna. Jolie fin de parcours pour une étude qui a suscité de vives controverses au cours de son élaboration, souvent qualifiée de superficielle et de très coûteuse. Ses détracteurs l’avaient même surnommée «Mac qui ne sait pas», un quolibet désignant le cabinet d’études McKinsey & Company chargé de sa réalisation. Rebaptisée plan Emergence, un peu aussi pour cesser de focaliser sur le cabinet et se recentrer sur sa mission de base, cette étude est en fait destinée à placer le Maroc dans une position de compétiteur par rapport à ses concurrents dévoilés par un profond benchmark.Après l’avoir d’abord présentée, l’été dernier, au Medef (patronat français), puis à la CGEM (patronat marocain), Salaheddine Mezouar, ministre du Commerce et de l’Industrie, a pris son bâton de pèlerin pour l’expliquer à travers tout le Royaume, et préciser quelle serait la nouvelle configuration de l’économie dans dix ans. Un tout nouveau tableau de bord pour de plus grandes aspirations. D’ici là, le Maroc devrait tutoyer une croissance substantielle de près de 6%, apporter une valeur ajoutée à l’économie nationale de 53 milliards de DH et créer plus de 250.000 emplois directs. Des objectifs très ambitieux pour une politique très musclée, mais qui nécessite beaucoup de moyens que les seuls investissements nationaux ne suffiront pas à combler. Le Maroc aura besoin de grosses mises financières étrangères pour y parvenir.Un scoring a été effectué dans l’objectif d’évaluer la compétitivité actuelle du Maroc par rapport à un benchmark pertinent. Aussi, le Royaume a-t-il été comparé à un groupe de compétition constitué de pays à économie similaire tels que l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie, le Sénégal, la Turquie ou encore la Roumanie. Pour cela, une douzaine de facteurs de compétitivité ont été déclinés, comptant parmi eux le climat des affaires, la main-d’œuvre, les taxes et avantages fiscaux ou encore l’énergie et la position logistique. Ainsi, comparé à ses concurrents, le Maroc se situe dans une molle moyenne. L’étude “zoome” sur les secteurs de la pêche et de l’automobile comme représentant dans un avenir immédiat une grosse manne pour l’économie marocaine. L’agroalimentaire et le textile sont déjà sur la bonne voie. Les deux bons points actuels du Maroc, mais qu’il faudra bien évidemment remettre au goût du jour. Aussi, le rapport propose-t-il de diversifier ses débouchés et de développer d’autres secteurs porteurs supplémentaires: le tourisme, l’offshoring, l’électronique et l’artisanat. Et l’aéronautique, un secteur en pleine expansion mondiale et dont la progression évolue très favorablement au Maroc ces dernières années. Au total, ce sont 8 leviers prioritaires de croissance dont le repositionnement et l’encouragement doivent également conduire à la constitution de “champions nationaux” en mesure de jouer le rôle de locomotive dans la stratégie d’ancrage mondial du Maroc.Dans ce plan Emergence, le désuet mais apparemment toujours aussi efficace modèle mexicain «maquiladoras» est remis au goût du jour. Il est censé porter des secteurs stratégiques comme l’automobile, l’électronique et l’aéronautique. Sauf que le modèle mexicain commence à dater. Il a été conçu dans le contexte particulier des années 60, marqué par le cloisonnement des marchés et la volonté des Etats-Unis de favoriser les marchés de proximité. Il faudra également l’adapter à la spécificité marocaine, en fonction de ses nouvelles connexions avec l’Europe et les Etats-Unis.En parallèle, le Royaume doit développer d’autres atouts pour se démarquer de la concurrence. Proposer des locaux aménagés dans des sites sécurisés, une offre de services adéquate, une main-d’œuvre formée et flexible. Les rédacteurs du rapport sont loin d’être complaisants dans leurs conclusions. L’économie marocaine souffre de nombreux retards et lacunes qui entravent sa compétitivité. Le diagnostic du secteur industriel ne révèle pas qu’il existe de grands enjeux pour l’emploi ou la contribution au PIB. En effet, l’industrie n’emploie que 12% de la population active et ne contribue qu’à hauteur de 16% dans le PIB. Avec les nouvelles orientations mondiales, marginaliser l’industrie mènerait immanquablement à réduire la compétitivité du pays au niveau international. Par ailleurs, la phase d’analyse a fait état d’une grande faiblesse sur le plan de l’environnement structurel. Que ce soit au niveau de la lenteur des procédures administratives, de la lourdeur de la fiscalité ou encore du développement du secteur informel. Celui-ci continue d’inquiéter les acteurs économiques et le gouvernement car il freine l’investissement dans les filières qu’il touche.Radia LAHLOU

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