Economie

Petite révolution sur la carte d’identité

Par L'Economiste | Edition N°:1988 Le 29/03/2005 | Partager

. Un document plus simple et plus lisible pour les citoyens . Il remplacerait l’acte de naissance, le certificat de résidence, etc.. Enfin une vraie GRH en préparation dans l’AdministrationLes Centraliens marocains ont eu l’inspiration de convier Mohamed Boussaïd, ministre de la Modernisation des secteurs publics (qui est lui, un «Ponts & Chaussées) à leur rencontre mensuelle. Devant une salle comble et un auditoire conquis, l’une des stars montantes de Jettou II a fait sensation en parlant, sans langue de bois, de réformes engagées dans l’administration. Le jeune ministre sait que de beaux schémas techniques n’ont de valeur aux yeux des citoyens que s’ils sont suivis de la réduction de tracas devant les guichets des services publics. Et c’est sur ça qu’ils jugeront.C’est pour cette raison que l’amélioration des relations avec les citoyens apparaît au cœur des «leviers de sa réforme». Le gouvernement s’attaque au plus symbolique des documents, la carte nationale. La prochaine carte d’identité sera un condensé de données plus simple et plus lisible pour le citoyen. Elle simplifiera surtout la vie de tous les jours car pour n’importe quelle formalité à venir, il n’y aura pas besoin de présenter entre autres, le certificat de résidence, l’extrait d’acte de naissance et le certificat de vie. Le projet se trouve actuellement au Secrétariat Général du Gouvernement. S’il aboutit, ce qui n’est pas acquis car il existe des poches de résistance, les mokkadems vont devoir trouver de nouvelles missions. Il restera par ailleurs à transposer l’esprit de la décision politique au niveau le plus bas, celui là même qui est au contact avec les citoyens. Le gouvernement envisage de passer par un décret pour interdire à l’Administration de demander d’autres papiers aux administrés! Ce n’est pas un gag, le texte est fin prêt. Rabat travaille aussi l’accès à l’information, un domaine où l’assymétrie joue nettement en faveur du fonctionnaire. L’idée est que tout le monde détienne la même information, on utilisera s’il le faut, la télévision, promet le ministre de la Modernisation des secteurs publics.Si le programme des départs volontaires est le plus visible des réformes, il ne constitue qu’un petit bout du processus, précise Mohamed Boussaid. «C’est juste l’ouverture des fenêtres d’un immeuble longtemps fermé». Il faut saisir la fenêtre d’opportunité pour implémenter les réformes de fond, et profiter du consensus sur le rôle de l’Etat et le périmètre de son action, poursuit le ministre. Il concède que le chantier est colossal, notamment en matière de ressources humaines, de loin «la plus grande problématique dans l’Administration». Tout est à construire dans ce domaine de la politique de rémunération à la formation continue. Ce qui est pratiqué aujourd’hui dans les ministères, c’est de la gestion du personnel, reconnaît le ministre. L’Administration ne connaît ni la gestion des compétences, encore moins la gestion prévisionnelle des recrutements. L’évaluation du personnel? «Le dispositif actuel est une immense plaisanterie», confie le ministre qui, sur ce point aussi, prépare quelques chamboulements. 99% des employés ont la note maximale (3 sur trois). Et de toute façon, avoir 0 ou 3 ne change rien à la situation. Ce qui favorise les promotions fondées essentiellement sur la règle du grand-père, c’est-à-dire, l’ancienneté. Cette “politique” s’est soldée par un niveau d’encadrement élevé dans l’administration, 45% soit à peu près autant de cadres que d’encadrés! Dans ces conditions, la flambée de la masse salariale qui aspire 13% du PIB, n’est de la responsabilité de personne, fait remarquer Mohamed Boussaïd puisque la notion de coût salarial est inexistante dans les ministères. La fiche de paie pour certains corps est composée de 90% d’indemnités. On recense aujourd’hui 200 indemnités différentes, créées les unes après les autres pour gérer le mécontentement.Le système d’évaluation sera revu de fond en comble. Les fonctionnaires seront notés sur une échelle de 10 points. Le projet déjà achevé, est basé sur des éléments précis, des contrôles continus sur la présence, des entretiens annuels d’évaluation. Pour mettre fin aux complaisances, la hiérarchie sera également responsabilisée. Elle sera notée sur la manière dont il évalue ses collaborateurs, promet le ministre de la Modernisation des secteurs publics. Un nouveau système de recrutement sera mis en place ainsi que la systématisation du concours pour l’accès aux postes d’encadrement alors que le recrutement à l’échelle 11 s’effectue toujours sur dossier. “L’administration est plus consommatrice que productrice. Elle ne se préoccupe pas de l’usager qui doit être au centre”, explique Boussaïd. L’objectif aujourd’hui est de s’organiser autour de l’usager. Cela nécessite un allègement et une lisibilité des structures administratives, quitte à en élaguer certaines. Exemple: à quoi servent les multiples instances de contrôle des administrations? Ce regard critique sur nos structures ne s’est jamais effectué en raison des résistances. On en crée parfois juste pour recaser une personnalité et on oublie qu’un organigramme sert une mission. Les inspections générales dans les ministères pourraient passer à la trappe ou du moins, il sera demandé à chaque administration de se faire «évaluer» par un organisme tiers. Tous les ministères devraient aussi se doter d’un organigramme clair, précis avec à la clé, une définition des missions. Tous les ans, il faut établir un bilan de manière à justifier l’utilisation des deniers publics.


L’obligation de formation continue

Dans la fonction publique, la formation continue représente 0,22% de la masse salariale. Un fonctionnaire peut travailler pendant 30 ans sans avoir reçu une journée de formation. Or c’est l’investissement dans les hommes qui permettra à l’Administration de réaliser de bons résultats. D’autant plus que l’Etat se retire de l’opérationnel et se concentre sur «les métiers de base». Un projet sur la formation continue est en cours de préparation. Celles-ci doivent être adaptées aux besoins de l’Administration.Khadija MASMOUDI

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