Europe

Partenariat Euro-Méditerranéen : La réussite passe par la société civile

Par L'Economiste | Edition N°:253 Le 07/11/1996 | Partager

Le partenariat Euro-Méditerranéen a pris du retard sur son calendrier initial. Son succès est tributaire de l'implication des acteurs non institutionnels.

Le congrès sur le partenariat Euro-Méditerranéen et la coopération décentralisée a réuni en deux jours plus de 300 participants venant des 27 pays signataires de la Déclaration de Barcelone(1). Le premier jour a été consacré à l'information sur les procédures et les mécanismes du partenariat méditerranéen. Il s'agissait de mettre en lumière le programme MEDA, principal instrument financier qui va canaliser les 4,5 milliards d'Ecus que l'UE a réservé à la zone méditerranéenne dans les années à venir. Sur ce registre, le retard pris sur le calendrier initial pour sa mise en application a focalisé l'attention de l'assistance. M. André Azoulay, conseiller de SM le Roi, a tiré la sonnette d'alarme à l'ouverture de cette rencontre: «1996 a été une année blanche. Elle devait être celle du prédécollage du grand projet Euro-méditerranéen mais s'est transformée en année d'attente. Beaucoup de monde a été déçu. Chez nous, chaque jour compte. Il faut que le processus de Barcelone s'accélère et se traduise par des actes.»
M. Jean-Pierre Denisbourg, conseiller à la Commission Européenne, venu à Marrakech combler la place laissée vacante par l'absence remarquée de M. Marc Pierini pourtant prévu au programme, a tenté de dissiper l'inquiétude en fournissant l'explication suivante: «Une série de difficultés et de confrontations entre la Grèce et la Turquie, la position de la Grande-Bretagne au sujet de la vache folle, ont obligé l'UE à retarder l'adoption du règlement du programme MEDA au 23 juillet dernier». M. Denisbourg a voulu être rassurant: «Nous allons engager environ 600 millions d'Ecus sur la totalité des fonds MEDA avant la fin de décembre prochain. Par la suite, nous tournerons avec 1 milliard par an pour les absorber avant 1999».

Dimension politique


Tout au long de cette première journée, la paix au Proche-Orient a également été présente dans les esprits. M. Azoulay a indiqué qu'il est difficile de concevoir le projet Euro-méditerranéen si la paix n'est pas construite. A ses yeux, la coopération ne peut se faire sans la dimension politique qui est au détour de chaque rendez-vous. A ce titre, «les accords conclus ne doivent pas être remis en cause ni souffrir de marchandages ou faire l'objet d'arrangements ponctuels. La continuité de l'Etat est un vieux fondement dans les relations internationales».
La deuxième journée a été consacrée aux programmes de coopération décentralisée impliquant des universités, des centres de recherches, des médias, des ONG, des collectivités locales. L'objectif a été de rapprocher les partenaires de niveau intermédiaire en quatre ateliers. L'intérêt de cette formule est d'amener les participants à réfléchir aux modalités pour que ces acteurs intermédiaires puissent s'impliquer activement dans la mise en oeuvre et le suivi du partenariat Euro-méditerranéen.

Compromis populaire


Quant à Mme Maria Isquierdo Rojo, députée du Parlement Européen et présidente du groupe chargé des affaires du Maghreb Arabe, elle a insisté sur l'implication des populations, seul moyen de garantir le succès de ce partenariat. Selon elle, les élus, les conseils municipaux et les régions doivent être associés et considérés comme des partenaires à part entière dans tout ce processus de partenariat. De cette manière, «nous parviendrons à améliorer les conditions de vie des populations dans le Sud et éviter d'être prisonniers des bureaucrates de Bruxelles. Sans ce compromis populaire, c'est l'échec», dit-elle.
M. Daniel Cohn-Bendit devait certainement partager cette conception s'il avait fait le déplacement à Marrakech. Le nom de ce leader de mai 68, converti au poste de maire-adjoint de Francfort, figurait également sur la liste.
M Bianchéri, président de Prometheus-Europe (voir page suivante) pense que la réussite du partenariat Euro-méditerranéen dépend fortement de la capacité des acteurs du Sud (associations, centres de recherches, universités...) à se mobiliser pour en saisir les mécanismes. Ils devront être en mesure d'aider leurs sociétés à réagir et à influencer les choix qui seront pris demain dans la mise en oeuvre de ce partenariat.
Pour lui, l'objectif de cette rencontre était de réunir les différents acteurs en leur fournissant le maximum d'informations sur les mécanismes qui régissent les différents accords à l'UE. L'autre volet consistait à leur demander d'imaginer comment ils seraient en mesure de suivre et de faire le bilan de ce partenariat dans les années à venir. Cette démarche vise à éviter les dérapages enregistrés avec les pays de l'Est où les efforts de l'UE ont en partie volé en fumée puisque ces pays n'avaient pas mis en place de garde-fous pour contourner ces dérives.

Rôle de l'Etat


La coopération décentralisée ne parvient pas parfois à se situer face à la coopération bilatérale ou multilatérale. Pour M. Azoulay, cette coopération décentralisée, un des acquis de Barcelone, permet de créer un nouvel espace de travail en commun entre différents acteurs de la société civile, en dehors des autorités. Il a estimé que la société civile, en allant plus vite que le gouvernement, va peut-être lui montrer le bon chemin. D'ailleurs, la relation entre le Maroc et l'UE n'est pas seulement la problématique du gouvernement mais celle des Marocains.
Sur le registre de la coopération décentralisée, M. Bianchéri a indiqué que le rôle de l'Etat doit se limiter à assurer une meilleure circulation des informations. Dans ce sens, les différents acteurs devront être au courant des diverses possibilités qu'offrent les programmes de partenariat Euro-méditerranéen. Par sa nature, l'intervention du gouvernement devra en rester là, dit-il. Il a expliqué que l'intérêt de la coopération décentralisée réside dans le fait de laisser les acteurs intermédiaires accomplir seuls l'ensemble du processus de réalisation des projets. Pour lui, l'Etat devra normalement trouver son compte puisque les acteurs de la société civile sont beaucoup plus adaptés à l'extrême mobilité et à la diversité des relations internationales dans plusieurs secteurs. Ils peuvent donc réaliser des opérations que le gouvernement se sentirait incapable de mener.

Mohamed CHAOUI

(1) Le congrès s'est tenu les 31 octobre et 1er novembre à Marrakech. Il était organisé conjointement par Prometheus et l'Université Cadi Ayyad.

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