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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 30 juillet 2014,
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Parc auto: Location longue ou courte durée, cherchez la différence!

   
L’inadéquation des textes réglementaires qui régissent les marchés publics plombe l’activité des loueurs de véhicules longue durée. Le dernier appel d’offres de Barid Al-Maghrib prévoyant une clause de propriété de garages n’arrange pas les choses. Manar Talhi, présidente de l’Association nationale des loueurs longue durée (Analog) parle de malaise profond. En cause, l’amalgame fait entre loueurs longue et loueurs courte durée. . L’Economiste: A combien évaluez-vous le potentiel du marché de la location longue durée?- Manar Talhi: Une étude sectorielle réalisée par Analog, en mars 2006, estimait le parc «entreprises», non encore acquis à la LLD, à 25.000 véhicules dans le secteur privé et près de 30.000 dans les administrations publiques. Le marché actuel acquis par ce secteur est estimé à 18.000, dont près de 14.500 véhicules détenus par les 7 principaux loueurs, avec un taux de croissance de plus de 20% entre l’année 2005 et 2006. Il faut s’attendre à un taux équivalent, voire supérieur de 3 à 5 points, pour l’année en cours.

Quel est le profil de chacun des principaux acteurs?- Les principaux acteurs de la LLD sont au nombre de 7, si on prend comme critère le volume que je place à un minimum de 500 véhicules, certes arbitrairement, en l’absence d’une distinction réglementaire entre notre métier et celui de la location courte durée (LCD). Parmi eux, 5 sont adossés à des banques et 3 des 5 sont filiales de sociétés internationales spécialisées. Le profilage peut aussi être fait sur la base de l’organisation choisie par ces acteurs: 3 sur les 7 internalisent certains services liés à la location, en l’occurrence, les garages de réparation et d’entretien ainsi que la voiture de remplacement. Une explication historique me semble logique, elle réside dans l’appartenance de ces acteurs initialement au métier de la LCD qui repose sur un réseau d’ateliers intégrés et des représentations commerciales là où se trouvent leurs clients, c’eat-à-dire les villes à fort afflux touristique. Les autres loueurs LLD ont choisi de confier les interventions sur les voitures à des structures professionnelles, qu’elles soient représentantes d’une marque ou des garages indépendants sélectionnés et agrées par les loueurs sur la base d’un cahier des charges, qui répond à des exigences de plus en plus rigoureuses à fur et à mesure que se développe notre métier. Quant à la voiture de remplacement, je persiste à souligner la complémentarité de la LLD avec la LCD, car les spécialistes de la LLD s’appuient sur les réseaux de LCD, pour mettre à la disposition de leurs clients les véhicules de remplacement ou d’attente et peuvent assurer à ces agences de location un chiffre d’affaires plus sûr sur toute l’année, indépendamment des risques liés au tourisme, telle la saisonnalité par exemple.

Quel est le risque de confusion entre les différentes activités de location?- Le risque est total, car l’amalgame découle d’une réglementation qui assimile notre métier à celui de la courte durée. Cette réglementation, puisqu’elle existe, empêche le marché de se réguler par lui-même à l’instar de ce qui se passe dans des pays européens par exemple. Au Maroc, il y aurait plus de 1.000 entreprises de location pour un parc total (LCD et LLD) de 30.000 véhicules, 7 entreprises (que l’on répertorie comme loueurs LLD) parmi ces 1.000 détenant près de la moitié du parc total loué! Il faut, et de manière urgente, agir sur la réglementation de l’accès à la profession LLD par l’introduction de critères qualitatifs qui mettent en évidence la distinction entre les 2 métiers. A cet effet, nous avons travaillé avec l’autorité de tutelle sur un cahier des charges dédié.

Plaintes sur la transparence des marchés publics- Comment parviennent-ils à se démarquer?- Par la qualité de service et le professionnalisme aussi bien auprès des grandes structures que des PME. Cette démarche nous est favorable dans le cas des appels d’offres et consultations des entreprises privées, car elles ont la faculté de juger des capacités professionnelles des concurrents et peuvent faire le choix en dehors de la contrainte du moins-disant. Ce qui n’est pas le cas des appels d’offres publics en général, dont la rigidité peut paradoxalement laisser la place à tous genres d’abus: dossiers administratifs, dossiers techniques.

., autant de clauses qui sont, en fait, des autoroutes pour toute interprétation subjective. Nous avons beaucoup de plaintes de nos adhérents quant à la transparence de certains marchés publics.

Selon quels critères se fait la concurrence?- Dans un marché non encore mature, le prix reste le critère sacro-saint. Malheureusement, plusieurs acteurs du marché se laissent prendre dans cette logique. Ils prennent de grands risques, sur des postes tels l’entretien/réparation ou encore, plus grave, sur la valeur résiduelle, en l’absence d’une cote VO et dans un marché de l’occasion aujourd’hui totalement opaque. Ils l’apprendront à leur détriment, chiffres à l’appui, à la fin des contrats, mais entre temps, ils font beaucoup de mal à notre métier.

Les appels d’offres ne semblent pas faire l’unanimité?- En effet, l’Etat et ses démembrements forment un marché potentiel important pour la location. Le gouvernement veut moderniser la gestion du parc automobile de l’Etat et a autorisé les administrations à recourir à la location pour optimiser et assurer des gains en productivité.

Et la fleet management?Le problème réside dans l’inadéquation des textes réglementaires qui régissent les marchés publics, prévus initialement pour les marchés de travaux publics et de génie civil, à la location de matériel (d’où des retenues de garanties, des délais de paiement non viables, s’agissant de loyers mensualisés pour des équipements mis à disposition dès le début du marché, la non révision des prix sur une durée de 60 mois.

.).Notre association demande que le décret en question prévoie un chapitre dédié à toute forme de location et qu’un CPS type (des termes de références) harmonisé soit élaboré et mis à la disposition de toutes les administrations. Un autre aspect nous semble complètement ignoré par la réglementation, c’est la possibilité pour l’Etat d’externaliser la gestion de sa flotte existante, le «fleet management», ce qui est un moyen pour accélérer la modernisation de la gestion du parc automobile de l’Etat.

Qu’est-ce qu’on facture dans le prix de la prestation?- A rappeler que la LLD est de la location pure. Elle ne peut être assimilée à un financement classique. Si l’on décompose le loyer, on trouvera l’amortissement économique du véhicule, l’entretien, la gestion des sinistres, le véhicule de remplacement.

. La souscription à ces prestations est laissée au choix du client. Mais il est constaté que dans la quasi-totalité des contrats, la souscription à tous les services liés à la location est de 100%. Le calcul des loyers est basé bien entendu sur le couple kilométrage prévisionnel/durée du contrat. La possibilité de réajuster le contrat en cours de route est possible, pour éviter la facturation «surprise» en fin de contrat, qui met mal à l’aise aussi bien le client que le loueur.

Quelles sont les contraintes au développement du secteur?- Nous les avons parcourues ensemble: l’amalgame entre notre métier et celui de la courte durée me semble être le premier handicap. Une réglementation de l’accès à la profession doit être mise en œuvre au plus vite. L’augmentation du potentiel du marché, qui est aujourd’hui très exigu, par l’ouverture de l’administration sur la LLD en tant qu’outil moderne de gestion de sa flotte. Mais aussi un garant de gains de productivité nous semble être une opportunité qui, malheureusement, est biaisée par des textes inadaptés qui ne nous protègent pas de certaines pratiques que le gouvernement voudrait bannir de notre pays. Il y a bien entendu quelques tracasseries administratives, pour lesquelles nos interlocuteurs dans les services concernés, notamment au ministère de tutelle, nous prêtent une oreille attentive, car elles peuvent relever de leur ressort, et sont prêts à trouver des solutions immédiates.

Comment l’activité a évolué dans les marchés matures?- Dans son intervention à notre journée LLD organisée l’année dernière, le représentant du SNVLD, le syndicat des loueurs de voitures longue durée en France, nous a rappelé que dans son pays, le marché a connu une évolution similaire en termes d’acteurs intervenant dans la location. La distinction est aujourd’hui évidente entre les deux métiers.
Qui sont les acteurs?

Trois catégories de loueurs se partagent le marché, estimé à fin 2006 à près de 23.000 véhicules (selon les chiffres du centre d’immatriculation de Casablanca) dont 5.000 seraient utilisés en courte durée. Parmi eux, deux seulement peuvent revendiquer le vrai métier de la location longue durée: -ALD Automotive, filiale de la Société Générale, présente dans 36 pays avec 680.000 véhicules à la route - Arval, filiale de BMCI BNP Paribas, 18 ans dans la LLD, revendique près de 600.000 véhicules à travers l’Europe. Il y a également les acteurs historiques dont certains sont à l’origine de la longue durée au Maroc: Locasom, Locafinance filiale d’Avis.Ils sont essentiellement des loueurs de courte durée, présents depuis très longtemps dans le marché du tourisme qui, à la faveur d’une demande très forte de la part des entreprises, ont migré vers la longue durée, mais avec des méthodes de loueurs courte durée. La 3e catégorie d’acteurs est composée de banques marocaines dont les plus actives sont Wafa LLD et Chaâbi LLD qui ont profité du développement du marché pour se lancer dans le métier, avec comme seul référentiel le marché de la LCD (location courte durée).


Les tendances de la prestation en Europe

En pleine explosion depuis plus de 20 ans, ce secteur réunit aujourd’hui des acteurs qui proposent à peu de chose près les mêmes prestations. Au Maroc, la tendance à l’harmonisation des offres se fait également sentir. Pourtant, les utilisateurs n’en sont pas moins exigeants. Au contraire, ils sont aux aguets des nouvelles tendances importées de l’autre côté de la Méditerranée, qui satisfassent leur désir de confort et de technicité. En effet, pour un dirigeant d’entreprise, une voiture de fonction c’est aussi prouver un certain niveau de standing. L’aménager pour la rendre plus fonctionnelle, agréable et économe sont autant de détails sur lesquels les voitures de directions ne sauraient se passer. Des détails d’autant plus essentiels dans un pays comme le Maroc où les apparences jouent encore pour beaucoup. Alors quelles sont les tendances de demain pour la LLD au Maroc?Ce sont celles qui sont à l’étude aujourd’hui de l’autre côté de la Méditerranée. Ces deux dernières années, les nouvelles offres étaient diverses sur le continent européen, puisqu’elles touchaient tout à la fois la gestion, la prévention des risques, Internet ou encore abordaient le vaste chantier de la voiture communicante. Les systèmes de cotations en ligne ont également eu le vent en poupe, avec plusieurs annonces de lancement. Cette option très prisée dans les milieux financiers, entre autres, est attendue impatiemment par les utilisateurs de LLD. Dans le cadre de la gestion du parc automobile, les utilisateurs auront aussi pour leur compte. Plus simple et rapide, une nouvelle offre de gestion en ligne appelée ALD
Net fait sa place sur le marché de la LLD européen. Cet Extranet avant tout destiné aux gestionnaires de parcs, sera à terme aussi conçu pour les conducteurs. Mais aujourd’hui, il permet déjà aux gestionnaires de parcs importants d’assurer via Internet l’administration quotidienne de l’ensemble des contrats, la consultation des alertes et le téléchargement des états fiscaux. Pour résumer, l’automobile d’entreprise semble suivre les tendances du marché grand public. Les utilisateurs semblent vouloir retrouver dans leur voiture de fonction les mêmes avantages, voire plus, que dans leurs voitures personnelles. Ils sont aussi exigeants en termes d’économie d’énergie et respect de l’environnement qu’en termes de NTIC. Espérons qu’en exportant ces dernières tendances, la LLD donnera l’exemple aux utilisateurs grand public.Propos recueillis par Bachir THIAM