Affaires

Mohamed Hassan Bensalah au Club de L’Economiste
Assurances: Le marché plus mûr

Par L'Economiste | Edition N°:3030 Le 22/05/2009 | Partager

. L’un des meilleurs présidents que la FMSAR ait eus. Dans sa première sortie médiatique, Bensalah analyse les principaux enjeux du secteur. Plus de problèmes de solvabilitéCHACUN à sa manière, les présidents qui se sont succédé à la tête de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR) ont amené leur part d’originalité et d’enthousiasme. Sur ces 20 dernières années, certains ont particulièrement brillé. Abdeljalil Chraïbi, par exemple, aura eu à gérer les périodes troubles du secteur, qui se sont traduites par la liquidation de cinq compagnies. Hamza Kettani aura été l’homme de la transition et de l’assainissement. Et enfin, aujourd’hui, Mohamed Hassan Bensalah, sera celui de la consolidation. Le poste de président de la FMSAR est éminemment stratégique. L’assurance demeure en effet l’un des piliers de l’économie marocaine et de l’épargne longue. Pour la seule année 2008, l’activité pèse près de 20 milliards de DH de chiffre d’affaires. Au 31 décembre 2007, le total actifs des entreprises d’assurances était d’environ 110 milliards de DH dont 78 milliards de placements financiers. Les provisions techniques, quant à elles, s’élevaient à 77,6 milliards de DH. Une manne financière qui fait que la Bourse s’enrhume lorsque les assureurs éternuent. Un argument de taille aussi sur la table des négociations avec les pouvoirs publics.Aujourd’hui, l’assainissement est pratiquement révolu même si, ici et là, subsistent quelques dossiers dans la salle des opérations, comme le transport public de voyageurs, toujours à forte sinistralité et toujours sous-tarifé. Globalement, la physionomie du secteur des assurances s’est métamorphosée. La plupart des compagnies sont adossées à de grands groupes. La transition des tarifs, avec la quasi-libéralisation de la majorité des branches, s’est effectuée en douceur, au point que l’opinion ne s’est même pas rendu compte qu’elle avait provoqué une quasi-révolution: l’automobile, dont aucun assureur ne voulait il y a quelques années, était devenue un marché quasi-juteux qui fait jouer la concurrence entre opérateurs. Le processus de libéralisation des tarifs aura été lui-même un véritable chantier qui aura mobilisé le secteur pendant plusieurs années. Mais les assureurs avaient un avantage de taille: leur fédération dispose d’une richesse statistique encore inégalée aujourd’hui. Une base de données où se croise une bonne part des indicateurs socioéconomiques du pays: tables de mortalité, évolution du parc automobile, rythme de souscription et, du coup, de création des entreprises…Ce devoir de mémoire n’échappe pas à Mohamed Hassan Bensalah qui veut capitaliser sur ces acquis pour pérenniser le développement du secteur. Le président de la FMSAR, visiblement très à l’aise sur l’ensemble des dossiers, continue de travailler sur des sujets communs à l’ensemble de l’activité, mais les défis ne sont plus les mêmes. «Les assureurs ont compris qu’ils doivent gagner de l’argent sur le plan technique et non pas sur les produits financiers», souligne Bensalah. La manière avec laquelle le marché négocie la conjoncture actuelle conforte le président. Les assureurs vivent relativement bien la crise. «Du point de vue de l’exploitation, il n’y a pas de réels changements. Il y a bien sûr des risques d’impayés, mais la tendance n’est pas inquiétante», souligne Bensalah. La réforme de la Bourse ne s’est pas non plus traduite par une dépréciation notable des actifs des compagnies. «Nous avons subi une baisse de 13 à 14% de l’indice boursier en 2008. Au vu de la position importante des compagnies d’assurances, c’est elles qui ont été les plus touchées», déclare Bensalah. Cependant, du point de vue de la solvabilité, le «gras» des entreprises ne serait pas compromis, et pour cause: un min de 30% des réserves techniques sont des actifs dits de première catégorie comme les bons du Trésor ou les bons garantis par l’Etat. Quant au reliquat, 50% sont placés en actions, et 20% en actifs immobiliers. En outre, la récente dérogation du ministère des Finances a autorisé par arrêté les compagnies d’assurances à détenir jusqu’à 60% d’actions cotées en provisions techniques.. Objectif: obtenir une baisse du prix de revient et soutenir la Bourse. Dans la foulée, le président de la fédération a rassuré sur le chantier inspiré de Solvency II (l’équivalent de Bâle II pour les assurances). Le secteur a implémenté les dernières normes de contrôle interne. Il reste certains critères que la profession est en train d’examiner. «Dans un premier temps, ce qui importe, c’est d’avoir des entreprises solvables. Le fine tuning se fera ultérieurement, en tenant compte des changements pouvant intervenir dans Solvency II». L’intégration des normes IFRS en sont un exemple. S’il n’y a plus de problème de solvabilité, il faut en revanche s’adapter à des situations inédites comme l’instauration de l’Assurance maladie obligatoire, confiée à la CNSS, qui aura été un véritable électrochoc. Et surtout l’extension récente aux soins ambulatoires qui rend moins attractifs les produits complémentaires proposés par les assureurs privés.

La concurrence doit jouer
Sur ce dossier, le secteur est toujours à la recherche d’un bon compromis et rien n’est définitivement joué si l’on en croit le président de la FMSAR. Le point de vue défendu par les assureurs est que la concurrence doit jouer. «Encore une fois, je ne suis pas opposé au principe de l’extension, bien au contraire». Le volet des rapports avec la tutelle n’a pas été esquivé. A cet égard, Bensalah s’est dit ravi du projet d’autonomie de la direction des assurances et de la prévoyance sociale, qui, rappelons-le, a été suggéré par des instances internationales comme le FMI. «Une première mouture du projet a été préparée par la DAPS. Nous sommes actuellement en train de la discuter». Un bon nombre d’indépendants devraient siéger dans la nouvelle autorité. Des représentants de la banque centrale, du Trésor, et bien sûr de la profession sont préssentis. «Mais il n’y a pas encore d’accord sur les modes de désignation et les domaines d’intervention des membres de la future autorité», souligne Bensalah, et d’ajouter que «nous attendons maintenant un projet de loi de création de l’autorité. Pour l’instant, nous avons juste eu les grandes lignes». La profession espère une finalisation du projet d’ici l’été 2010.

Accidents de la route: La conduite et pas la vitesse!

LES assureurs sont sans doute de fins connaisseurs de la problématique des accidents de la route. Le travail de sensibilisation et de pédagogie auprès des cibles est au cœur du métier, si l’on en croit Bensalah. Reste que l’impact n’est pas le même auprès de tout le monde. «Lorsque nous démarchons un client, nous essayons de lui démontrer qu’avec un minimum de normes de sécurité, de pédagogie, ses frais pourraient être diminués». Les chauffeurs de taxis seraient moins sensibles à ce genre d’arguments. Pour les grands taxis, certaines courses sont inférieures à 5 DH. Il s’en suit une course au chiffre d’affaires, avec l’obligation de faire le maximum de rotations sur le circuit. La plupart des véhicules tournent 24/24… «Mais le manque de pouvoir d’achat n’excuse pas le manque de civisme», affirme Bensalah. Selon ce dernier, le nombre d’accidents augmente de façon presque mécanique par rapport aux nombres de véhicules. «La plupart des accidents se produisent en ville. Donc, ce n’est pas lié à la vitesse, mais à la conduite».


Des tarifs équilibrés pour les TPV?

LE transport public de voyageurs (taxis, bus et autocars) est l’un des rares boulets de l’activité en ce moment. L’activité affiche une sinistralité structurelle depuis des années. Pour retrouver l’équilibre, il faudrait théoriquement procéder à un redressement brutal des tarifs de manière à rattraper les déficits cumulés sur plusieurs années. Or, c’est pratiquement impossible, vu la sensibilité sociale et politique du dossier. Deux compagnies gèrent ce risque en ce moment. La CAT (compagnie d’assurances transport) qui est une émanation des compagnies du secteur, créée en 1993 et qui a vu son déficit atteindre, vers la fin des années 90, 800 millions de DH. Mais depuis cette date, et grâce à un bon management, ce déficit est en diminution constante. Le trou pourrait cependant de nouveau se creuser si aucune mesure tarifaire n’est prise. Deuxième compagnie à assurer ce risque: la Matu. Société plus difficile à manœuvrer vu son statut de mutuelle et dont la situation financière et la gestion opaque seraient, dit-on, préoccupantes. Mohamed BENABID & Adam BERRADA

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