Economie

Mjid fait le procès du social au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:1836 Le 19/08/2004 | Partager

. La politique de proximité n'aura pas donné ses fruits . «Les citoyens ne veulent plus de charité déguisée en solidarité»Les tares du social au Maroc sont multiples: manque de moyens, absence de vision claire sur les besoins des populations cibles, mais aussi de savoir-faire chez les administratifs des associations. Mohamed Mjid n'y va pas par quatre chemins: il fait un premier bilan sombre. «Le tissu associatif n'a pas encore atteint la maturité requise pour être une force de changement et de proposition. Ses difficultés sont surtout liées à son enfermement», dit le patron de la Fondation, à qui il a donné son nom. A titre d'exemple, la plupart des associations ne veulent pas ou n'ont pas les compétences pour s'ouvrir sur le privé. En tout cas, c'est le regard que les observateurs, souvent marocains agissant à l'extérieur, portent sur l'action associative au Maroc. Mais au-delà des problèmes propres à la gestion interne des associations, la politique sociale semble faire du surplace. Pour Mohamed Mjid, président de la Fondation marocaine pour la jeunesse, l'initiative et le développement (MJID), il y a encore du chemin à faire. «Les discours sur l'intégration sociale des couches défavorisées (vacances pour tous, écoles et sport pour tous) ne sont que des slogans. La réalité est tout autre et les décideurs doivent faire plus d'efforts pour mieux la connaître», dit-il d'entrée de jeu. Mjid durcit le ton et dénonce «les injustices sociales qui persistent et qui ne peuvent être cachées par la succession d'événements ludiques propres à la période estivale». Voilà qui est fort. Tout le monde a cru à un certain moment que le 16 mai devait constituer un nouveau départ pour la politique de proximité sociale. Or, la plupart des associations, dont la Fondation Mjid, dénoncent, plus d'une année après, le peu de résultats de cette politique. Pour Mjid, «le mécontentement des couches défavorisées, la frustration, l'éloignement et l'isolation sont de la même intensité qu'auparavant». Comme d'autres responsables associatifs, il pointe du doigt l'absence d'une politique sociale cohérente, claire et capable d'identifier et hiérarchiser les besoins. Car pour changer la donne, «les responsables doivent aller à la rencontre des citoyens du Maroc profond et ouvrir les voies de la discussion». «On crée des associations et des ONG, mais on le fait de n'importe quelle manière; le citoyen est outré par cette préfabrication; il faut laisser travailler les gens loyaux qui vivent sur le terrain et ne pas leur imposer des intermédiaires qui tirent profit de leur pouvoir», souligne Mjid. En effet, les difficultés du social au Maroc sont visibles: la mendicité, les enfants de la rue... Par ailleurs, la problématique d'accès aux soins, au logement et à l'emploi est toujours posée. Avec plus d'acuité. Parallèlement, les mesures prises souvent par à-coups pour pallier ces manquements sont jugées insuffisantes. «Les citoyens ne veulent plus entendre parler de charité déguisée en solidarité, explique Mjid, la lutte contre la pauvreté n'est pas la distribution des denrées, c'est l'information, les chantiers et le travail». Trois ingrédients qui ont fait la réussite de certaines expériences. L'exemple du centre de formation de l'OFPPT au complexe pénitentiaire de Oukacha est assez édifiant à ce sujet: le jeune détenu quitte la prison avec un métier et un diplôme entre les mains. Il est donc récupérable et sa réinsertion dans la société est plus facile. «Quand un gamin de 16 ans n'est plus à l'école, il est vulnérable. Il est à la merci de n'importe quelle dérive. C'est dramatique dans un pays où l'on parle de vacances pour tous et d'école pour tous». Mjid va plus loin en évoquant la responsabilité sociale des partis politiques. Certes, les discours électoraux sont souvent parsemés de références sociales, mais les programmes manquent de pragmatisme et d'inventivité. L'argumentaire social des partis n'est de ce fait plus vendeur. «Quand des bidonvilles sont entretenus parce qu'ils représentent un vivier de voix, il y a de quoi faire une révolution», tonne Mjid. Le rôle des responsables associatifs, comme ce dernier le voit, est aujourd'hui de dénoncer cette récupération politique des problèmes sociaux à objectif purement électoraliste. «Notre rôle est de dire la vérité même si elle doit déplaire. Car aujourd'hui déplaire est un devoir».


L'insoutenable

Accompagné de jeunes ingénieurs, médecins et enseignants, Mjid a effectué récemment une visite à trois centres d'accueil. Il s'agit des centres de Tit Mellil, Benslimane et Oukacha. D'après son témoignage, les conditions sont lamentables et les jeunes sont pratiquement livrés à eux-mêmes. «Ils sont mis dans des espaces où ils n'ont rien d'autre à faire que tourner en rond. Ils ne sont jamais formés ni encadrés», raconte-t-il. Dans ces centres, il y a des enfants qui vivent avec 11 dirhams par jour. Ils n'ont pas accès aux soins, ni aux médicaments, encore moins au sport et à la culture. «Au centre d'accueil de Tit Mellil, nous avons découvert l'insoutenable. Fort heureusement, il est actuellement question de changement dans ce centre». Mjid pense que sa visite à ce centre aura l'effet de déclencheur de quelques petites améliorations. Il préconise que des visites pareilles soient faites régulièrement par les responsables gouvernementaux pour au moins avoir le même effet. Mostafa BENTAK

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