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jeudi 21 août 2014,
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Mines: Les premiers lingots d'or d'Akka Gold Mining livrés en 2001

   

De notre envoyé spécial, Abashi SHAMAMBA

· L'exploitation de la mine est prévue dans dix-huit mois

· Trois tonnes d'or par an sortiront des puits

· Un investissement de 900 millions de DH dans le désert



C'est un pari fou que l'ONA via sa branche mine est en passe de réussir dans un des coins les plus reculés du Maroc. C'est à Akka, à 280 km au Sud-est d'Agadir que le Groupe va exploiter à partir de 2001, la première mine marocaine d'or. Selon les prévisions, il sortira du site en moyenne 3 à 3,5 tonnes de métal jaune par an. Ce qui équivaut au cours actuel, à 300 millions de DH de chiffre d'affaires.
La durée de vie de la mine est de dix ans, pour une production de 34 tonnes de métal jaune. Mais elle peut évoluer à tout moment, si entre-temps, les travaux de prospection débouchent sur la découverte d'autres trésors. Quoi qu'il en soit, on est encore loin du cercle très fermé des majors que sont les Etats-Unis, la Russie, l'Afrique du Sud ou l'Australie dont la production se chiffre en centaines de tonnes d'or chaque année. Pour en avoir le coeur net sur l'étendue des réserves, l'ONA a fait auditer et certifier les ressources de la mine par un consultant international, suivant en cela les recommandations des bailleurs de fonds. L'expérience d'un groupe canadien qui avait annoncé de vraies fausses réserves d'or en Asie est encore présente dans tous les esprits. Les bailleurs de fonds sont désormais sur leur garde. Ils exigent au préalable que les ressources découvertes soient auditées avant le moindre engagement.

En attendant, le rythme des travaux de la construction des installations de la mine s'accélère. "Nous devons payer les dividendes aux actionnaires et honorer nos engagements vis-à-vis des bailleurs de fonds, explique un géologue". Les puits sont à plus de 250 mètres actuellement et de nouvelles galeries sont en cours d'aménagement. Une dizaine de sous-traitants et 400 personnes travaillent jour et nuit sur le site.
Akka Gold Mining, société chargée de l'exploitation de la mine est détenue à 70% par l'ONA via sa holding minière (Managem) et 30% par le BRPM en contrepartie de ses recherches de prospection qui avaient permis la mise en évidence des gîtes aurifères sur le site. Au terme de l'appel d'offres remporté par l'ONA en 1995, il est stipulé également qu'une redevance de 3% sur le chiffre d'affaires soit reversée au BRPM.
Une unité de préproduction est opérationnelle depuis l'année dernière. Elle sert de site-pilote pour affiner le dimensionnement du projet. C'est elle qui a produit la première cargaison d'or du Groupe, une cinquantaine de kilos au total exportés vers la Suisse en décembre dernier. Dès cette année, elle atteindra 300 kilos.
Les bons résultats de cette unité-laboratoire a conforté les prévisions du Groupe. Si l'on inclut l'investissement prévu juste après le démarrage de la mine (100 millions dans la R&D et 125 autres dans le développement), ce sont au total 900 millions de DH qui vont être affectés dans la réalisation d'Akka Gold Mining dont 190 millions de DH engagés dans l'exploration au lendemain de la mise en valeur de l'unité de préproduction.

Akka, la cité perdue en plein désert est un endroit hostile (50°C à l'ombre en été et l'hiver y est plus que rigoureux) et difficile d'accès. Il faut être un excellent conducteur (et n'avoir pas acheté son permis) pour aborder les pistes des montagnes où par endroits les pentes sont très dangereuses. La moindre faute d'inattention au volant et c'est le ravin. La région est un désert dans son acception la plus large. C'est toute une vie que l'ONA va y créer. De l'eau en passant par l'électricité et le téléphone, toute l'infrastructure est à mettre en place. Du site qui abrite la mine, il faut compter plus de vingt kilomètres pour trouver la première cabine téléphonique (à Tata). Les ingénieurs et géologues de la mine s'y prêtent de bonne grâce. Pour l'instant la communication avec Casablanca se fait par radio. Au démarrage, la mine va employer 324 personnes. L'effectif va passer à 450 employés lorsque l'exploitation aura atteint sa vitesse de croisière. De plus en plus, on ne construit plus des villages miniers, la tendance est de développer les bourgades environnants pour créer une dynamique dans toute la région. Il s'agit aussi d'éviter qu'à la fermeture de la mine, le village soit mort, à l'image de ce qui est arrivé par le passé à certaines régions minières à la fin de vie de la mine.


Le cours du métal jaune au plus bas


Sur le marché international, les cours de l'or sont aujourd'hui au creux de la vague. La dégringolade dure depuis plus de deux ans maintenant et il faut remonter à 1979 pour retrouver le niveau actuel des cours du métal jaune. L'or cote aujourd'hui 260 Dollars l'once (1 once équivaut à peu près à 31 grammes). A court terme, les analystes financiers ne prévoient aucune amélioration. Bien au contraire, l'annonce faite par la Banque d'Angleterre de céder 25 tonnes sur ses réserves exerce une forte pression à la baisse sur les cours. Le prix de l'once a perdu presque 30 Dollars depuis l'annonce de la décision de la banque d'Angleterre, le 7 mai dernier. Le plus inquiétant pour les opérateurs est de voir les autres pays emboîter le pas aux autorités monétaires britanniques.
La production minière mondiale est estimée aujourd'hui à 2.500 tonnes, alors que le stock d'or est estimé à 35.000 tonnes.
A moyen terme, le retour à la croissance des économies asiatiques, grands consommateurs d'or, devrait permettre aux cours de remonter la pente. Au-delà de cinq ans, les experts prédisent même que le métal jaune devrait retrouver le niveau de 300 Dollars l'once. Il reste que cette volatilité des cours constitue un véritable défi pour les opérateurs contraints de construire une ligne de défense en permanence. Managem, la holding minière de l'ONA va recourir à des techniques de couverture pour se prémunir contre les fluctuations en cette période trouble sur le marché. Les autorités monétaires, jadis réservées, ont saisi tout le bénéfice qu'elles pouvaient tirer de la stabilisation des cours. C'est ainsi que l'Office des Changes autorise désormais les opérateurs miniers de recourir à des mécanismes de gestion de risques de fluctuations des cours. Ce qui permet aussi à l'Etat de compter sur des rentrées en devises stables.

Abashi SHAMAMBA