Affaires

L'Oukaïmeden accueille ses premiers skieurs

Par L'Economiste | Edition N°:1401 Le 22/11/2002 | Partager

De notre envoyée spéciale, Badra BERRISSOULE. Toujours à l'essai, le télésiège pouvant transporter 200 personnes ne sera ouvert au public que vers la mi-décembreMardi 19 novembre onze heures, un soleil plombant illumine la vallée de l'Oukaïmeden. Les premiers skieurs de la saison, peu nombreux, arrivent sur les lieux. Ils ont appris que la station de ski est ouverte depuis la veille. Déjà les gardiens de voitures annoncent la couleur. Le parking est devenu depuis le début de matinée payant (10 DH), alors qu'il était abandonné quelques jours auparavant. Moniteurs, loueurs de matériel, restaurateurs sont sur le pied de guerre. C'est la première fois depuis trois ans que la neige tombe en novembre en quantité satisfaisante: 40 cm. “La saison s'annonce bonne!” s'exclame un moniteur. Et tous les habitants de cette vallée s'y préparent même si l'ouverture est en milieu de semaine. A priori, il y aurait affluence durant le week-end. En construction depuis maintenant trois ans, le télésiège, objet de controverse, n'a pas arrêté de tourner ce mardi. Mais interdit d'y monter. L'appareil est encore à l'essai. Selon les responsables du fournisseur Doppelmayer, le télésiège a été mis en place en avril dernier. “Mais il ne suffit pas d'avoir des poteaux et des câbles pour affirmer que l'appareil est fin prêt”, indique un responsable de la station qui ajoute: “Il y a tout un système autour et des garanties de sécurité, car il s'agit d'un appareil qui transporte 200 personnes”. Curieusement, le Maroc impose des mesures de sécurité draconiennes. Alors qu'en France, un télésiège peut être opérationnel après 100 heures d'essai, les services de contrôle marocains imposent 28 jours. Explication auprès de l'ONEP: c'est une question d'assurance. “Les essais doivent être cautionnés par un rapport technique qui est la base du contrat d'assurance”, répond Abdellah Adnane, directeur régional de l'ONEP. Ainsi, selon ce responsable, le télésiège sera ouvert au public après Aïd-Al-Fitr si les essais sont positifs.Pour la petite histoire, l'ancien télésiège installé depuis 1963 a fini par rendre l'âme. Cet arrêt n'était pas sans conséquences sur l'activité touristique dans la station. L'ensemble des opérateurs affirment que leur chiffre d'affaires a chuté de près de 50% depuis. Ils ne sont pas les seuls d'ailleurs. Les ressources de la Commune de l'Oukaïmeden proviennent des recettes sur les activités tournant autour du ski. Plus de 200 familles tirent leurs ressources d'un emploi direct permanent dans la station auquel s'ajoutent des emplois indirects. Déjà qu'en temps normal, c'est-à-dire lorsque la neige est au rendez-vous, la saison varie entre 100 et 120 jours selon l'enneigement et s'étale de la mi-décembre à la mi-avril. La sécheresse, qui a sévi les trois ans passés, a toutefois réduit la saison à quelques semaines seulement. Or, des établissements en haute montagne nécessitent de grands moyens d'entretien. «Rien qu'en chauffage, nous dépensons 50.000 DH/mois et nous avons des pertes annuelles de 5 millions de DH«, indique René Baiada, directeur régional des hôtels Kenzi. Pour survivre, il faut atteindre pour ces établissements un taux minimum de remplissage à hauteur de 50%. La chaîne dispose d'un grand établissement sur place de 300 lits. Son promoteur a investi, il y a quatre ans, près de 50 millions de DH. Il doit s'en mordre les doigts aujourd'hui. Toutefois, fait étonnant, en dépit du faible taux de fréquentation de la station, on continue de croire en un avenir meilleur. L'année dernière, l'hôtel Imlil a rouvert ses portes après trois ans de fermeture. Ce qui porte à trois le nombre d'hôtels sur place: Kenzi Louka, Chez Juju et le dernier-né Imlil. “Si nous avions une garantie météorologique et aussi technique, il y aurait certainement plus de clients”, indique cet hôtelier. La technique, est maîtrisable malgré les retards, mais la météo non. «Faux!« rétorquent des professionnels. Il y a toujours le recours à la neige artificielle utilisée dans les plus grandes stations du monde. Et cette technique a failli être introduite dans la station l'Oukaïmeden. En effet, il y a moins de deux ans, les discussions allaient bon train pour la concession de cette vallée gérée aujourd'hui par l'ONEP. L'Office qui l'a reçue en héritage de la Régie des exploitations industrielles (l'ancêtre de l'ONEP) y était favorable. Ses patrons le disent: «Gérer une station n'est pas notre métier«. Des repreneurs sont venus nombreux et se sont enthousiasmé pour le projet. Une date pour l'appel d'offres a été fixée. Et comme un couperet, survient la réponse du département de la Privatisation: Louka n'est pas sur la liste des priorités. Retour donc à la case départ pour cette station et à l'attente d'un télésiège qui aussi performant qu'il soit, ne pourra régler les problèmes de la vallée. Et c'est donc sur l'insistance des professionnels, qui n'ont pas mis toutefois la main à la poche, et des skieurs qu'un nouveau télésiège a été commandé à Doppelmayer pour la bagatelle de 21 millions de DH, financé par l'ONEP, la région de Marrakech-Tensift-Al Haouz et la commune du village. Le domaine skiable de la station de l'Oukaïmeden (Louka pour les intimes ou les habitués en l'occurrence) s'étend sur 300 hectares et peut être porté à 500 hectares. Il est situé sur les versants de Jbel l'Oukaïmeden à des altitudes comprises entre 2.650 et 3.273 m sur lesquels sont aménagés et balisés 25 km de pistes skiables de différents degrés de difficulté. La station dispose d'un télésiège et six téléskis. L'Oukaïmeden est présentée comme la première station de ski de toute l'Afrique. Mais pour faire une bonne station, il ne suffit pas d'avoir des pistes skiables. Il faut de l'animation et des infrastructures de base. Or, la station compte à peine trois hôtels dont deux s'apparentent plus à des auberges et quelques chalets ici et là. «Pour pratiquer ce sport d'hiver, les skieurs sont obligés de vivre emprisonnés«, estime un skieur. La route d'accès à partir de Marrakech (70 kilomètres) malgré quelques défauts est pratique. L'amabilité des habitants de cette montagne enchante les visiteurs. Mais pas les investisseurs!


Qui sont les skieurs?

Pas les Marrakchis en tout cas. Le coût des équipements, des leçons de ski et aussi du logement n'est pas pour encourager les habitants de la ville ocre à pratiquer ce sport. Il faut en effet 50 DH pour les téléskis et 25 DH pour le télésiège. Les leçons, elles, sont fixées à 50 DH/heure. Ajouter à ces prix celui du transport vers la station, la location du matériel (150 DH/journée). Ce ne sont pas non plus les touristes internationaux qui visitent la station. Les agences de voyages la programment rarement alors que la vallée de l'Ourika est incontournable. Et pour cause: cette dernière regorge de bazaristes et ce n'est un secret pour personne que TO et agences ont leur commission sur tout achat effectué par les touristes et même sur la restauration. Les skieurs de l'Oukaïmeden sont des Marocains aisés, généralement casablancais et rbatis ou encore des Français installés au Maroc. Il y a aussi les abonnés du CAF (club alpin français) qui a une antenne sur place avec 160 lits. Les amoureux du Haut Atlas peuvent y passer la nuit contre 52 DH. Quant aux Marrackchis, ils se rabattent sur les excursions d'une journée organisée par lycées et facultés. . Retour en arrièrePour de nombreux professionnels, seule une privatisation de l'Oukaïmeden transformera ces lieux en une vraie station. Après plusieurs réunions entre l'ONEP, les opérateurs de la région et le département de la Privatisation, un appel d'offres international pour la concession de la gestion de la station de ski de l'Oukaïmeden devrait être lancé en 2002. Le projet avait été confié au bureau d'étude Orsia associé au Canadien Secor. Plusieurs formes de gestion ont été envisagées: société privée, syndicat de communes ou association entre un organisme public et un opérateur privé. Les professionnels s'interrogent sur les raisons qui ont poussé le département de la Privatisation à faire marche arrière. Pour eux, “si vraiment, la station ne figure pas dans le programme des concessions, pourquoi alors mener des études? Contactés à plusieurs reprises, les responsables de ce dossier au sein de la Privatisation demeurent injoignables.

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