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L'étonnant parcours de Younès El Mechrafi

Par L'Economiste | Edition N°:1316 Le 19/07/2002 | Partager

. Du CNRS et Norpac filiale de Bouygues, il passe à l'aviculture avant de créer son entreprise d'informatique. Parmi les grands clients de sa société informatique, la Cour royale, les FAR ou encore la Trésorerie généraleYounès El Mechrafi, 37 ans, est à la tête d'une société de services informatiques qui joue aujourd'hui dans la cour des grands. L'aîné d'une famille de 5 enfants, El Mechrafi est né à Rabat en 1965. Une fois son baccalauréat sciences mathématiques en poche en 1983, il décide de poursuivre ses études en France. Il confie que depuis son plus jeune âge, il avait une passion pour les matières scientifiques et notamment les sciences physiques. En 1985, il obtient un Deug (maths/physiques) à l'Université de Lille avant de décrocher la MIAGE (Maîtrise d'informatique appliquée à la gestion de l'entreprise) en 1987. A cette époque, El Mechrafi allait progressivement se frotter au monde professionnel en effectuant des stages de formation dans différentes sociétés, particulièrement en été, dont le plus important a duré six mois à l'ONCF où il développera des applications sur la billetterie.Une année plus tard, il passe et réussit son DESS en génie informatique option téléinformatique et informatique répartie à la même université, à Lille.. Une dose d'inconscienceSes compétences allaient être immédiatement récompensées puisque le jeune informaticien allait décrocher un poste auprès du CNRS (Centre national de recherche scientifique) français. Sa mission consistait à mettre en oeuvre une plate-forme destinée à l'étude des performances de pilotes de processus automatisés travaillant en interaction. Il a également contribué à la mise en oeuvre d'un outil d'évaluation des performances cognitives de pilotes pour le compte du ministère de la Défense nationale français. Mais son véritable contact avec le monde professionnel allait s'établir lors d'une expérience dans une SSII (SEGIN), puis à Norpac, filiale du groupe Bouygues à Lille. En 1992, il décide de rentrer au Maroc. Et là, il effectue une courte rupture avec l'informatique en prenant en main une affaire familiale. Il devient alors le manager d'une société d'aviculture et d'agriculture. “Cette expérience m'a été d'un réel apport et j'y ai beaucoup appris particulièrement sur la gestion des ressources humaines”, se souvient-il.Mais plus les mois passaient plus Younès El Mechrafi estimait qu'il avait suffisamment acquis d'expérience pour voler de ses propres ailes. Un coup de fil d'un ami d'enfance qui deviendra plus tard son associé allait changer le cours de son destin. Ainsi, les deux jeunes se lancent dans l'aventure pour monter en 1994, Concis, une société de services en informatique, spécialisée dans le domaine des systèmes d'information et de la conception de logiciels. “Il fallait une certaine dose d'inconscience pour le faire, dans un marché en balbutiements à l'époque”, avoue El Mechrafi. Maîtrise du métier, bonne connaissance du dossier, les jeunes managers allaient progressivement fidéliser une clientèle de plus en plus nombreuse et exigeante. “Cela n'a pas été sans difficulté. Il fallait beaucoup d'endurance”, se rappelle-t-il. Les débuts ont été difficiles dans un marché particulièrement constitué de l'administration et des institutions publiques.“La situation était assez particulière. Nous étions installés à Rabat avec une clientèle essentiellement issue de l'administration”, souligne El Mechrafi. Et d'ajouter que “pour soumissionner aux appels d'offres, il fallait avoir un bagage de contrats déjà effectués et bien entendu avoir des références, et pour avoir des références il faut avoir déjà gagné des appels d'offres, ce qui constitue un cercle vicieux”. Sans relâche, les jeunes associés tapent aux portes pour décrocher des contrats. Parmi les premiers, celui de l'ONEP. Cet office décide de confier à la jeune équipe deux projets portants sur la gestion des données de l'exploitation ainsi que la gestion des marchés. Le contrat concernait l'automatisation et la standardisation des procédures de gestion à l'échelle nationale. Il permettait également un suivi total de toutes les opérations.Ce système allait marquer un tournant dans la vie de la société puisqu'il allait être primé au salon mondial des techniques de l'innovation et de l'invention dans le domaine de l'eau. La société Concis s'est vue décerner une médaille d'or pour sa solution informatique. A partir de là, les premiers résultats ne tarderont pas à se manifester. Aux petits clients traditionnels, sont venus progressivement s'ajouter de grands noms. Aujourd'hui, d'importants projets sont également lancés tel que la conception et réalisation du système de gestion des permis de conduire et des cartes grises au niveau national. “Nous terminons actuellement, pour le compte du ministère du Transport, l'informatisation de la gestion des permis de conduire et des cartes grises, ainsi que la mise en place du casier auto destiné, entre autres, au suivi de certaines infractions au code de la route”. D'autres projets sont également dans le pipe notamment avec l'Office de la Formation professionnelle et de promotion du travail (OFPPT), pour la refonte d'une partie du système d'information ou encore avec Finance.com pour la réalisation d'une interface avec le système TARIK de la CTM dans le cadre du projet [email protected].A cela s'ajoute, la réalisation en cours d'un système bilingue de gestion et de diffusion de la banque de données juridique du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative. A mettre également à l'actif de la société d'autres projets avec l'ONMT, le secrétariat d'Etat à l'Habitat, Drapor, la direction générale de l'Hydraulique.. Liste-électoralesOutre ces contrats, la société multiplie les partenariats avec des acteurs majeurs du domaine des technologies de l'information et de l'organisation tels que Microsoft, Computer Associates, leader mondial en sécurité informatique, Ernst & Young International, IBM.Concis compte aujourd'hui des clients prestigieux, selon l'expression d'El Mechrafi tels que la Cour royale pour laquelle elle a conçu et réalisé le système de gestion des opérations de paiement et la mise en place du système intégré de gestion de la dépense et des moyens. Sur la liste figurent aussi la Trésorerie générale du Royaume, les Forces Armées Royales...La société a également participé à la réalisation d'un système pour la consolidation des listes électorales provinciales au niveau central dans le cadre de la préparation des élections de 1997. “Nous prenions les listes de chaque province pour les regrouper au niveau central dans une même base de donnée. Ensuite, nous effectuons les traitements, les recherches de doublons et d'anomalies”, précise Younès El Mechrafi.Concis a aussi conçu et réalisé un système de gestion en temps réel de la billetterie pour le compte de la CTM. “Ce système permet au niveau de chaque agence de gérer en temps réel toutes les opérations de front desk et de back office”.Aujourd'hui, El Mechrafi regrette toutefois que la notion de services n'est pas encore reconnue à sa juste valeur au Maroc. “En dépit des avancées réalisées ces dernières années, il reste très difficile de vendre les services au Maroc”, conclut-il. Yousra MAHFOUD

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