Culture

Les Italiens du Maroc ont leur beau livre

Par L'Economiste | Edition N°:3154 Le 23/11/2009 | Partager

. Carnets de voyages et témoignages d’Italiens résidant au Maroc . Les textes sont signés Roberta Yasmine Catalano«ECLATS de mémoire. Les Italiens au Maroc», c’est un ouvrage que vient de faire paraître Ileana Marchesani, directrice de la maison d’éditions Senso Unico. Il s’agit d’un beau livre de plus de 200 pages, imprimé en Italie, qui traite des relations historiques entre l’Italie et le Maroc et de la grande migration du début du XXe siècle. «Nous avons imprimé 1.000 exemplaires, mais en cas de besoin, nous pourrons en imprimer davantage», explique l’éditrice italienne. L’ouvrage est disponible depuis le 5 novembre dans les principales librairies des grandes villes du pays. Il est paru en version italienne et française. En Italie, il est distribué dans quelques librairies spécialisées et il est possible de le commander sur Internet. En fait, cet ouvrage pallie un manque. Jusqu’à présent, il n’existait aucun livre qui traitait de ce sujet particulier, qui va intéresser au moins les 1.400 à 1.500 Italiens résidant aujourd’hui encore au Maroc. Les photos de l’ouvrage ont été collectées auprès d’amis marocains et italiens installés au Maroc, mais aussi auprès d’institutions diverses, qui disposaient d’archives intéressantes. Les textes sont signés par Roberta Yasmine Catalano, une jeune italo-libanaise de 34 ans qui a vécu au Maroc pendant quinze ans avant de retourner ensuite à Rome où elle a obtenu une licence en littérature comparée à l’Université La Sapienza. Elle avait déjà effectué des recherches approfondies sur l’émigration italienne en Tunisie. Lauréate de trois prix destinés à de jeunes écrivains, elle est l’auteur de plusieurs récits et essais. Roberta avait démarré ses recherches en 2003, par simple curiosité intellectuelle. Trois ans plus tard, elle pensait réaliser un livre à partir de témoignages d’Italiens résidant au Maroc. Puis il a été décidé d’enrichir l’ouvrage en intégrant également une partie historique. En début d’ouvrage, l’auteur présente donc un aperçu des relations entre les Etats italien et marocain depuis le XVIIe siècle et l’histoire peu glorieuse de la Fabrique d’Armes de Fès, dont la construction était souhaitée par le sultan Moulay Hassan 1er et qui s’est transformée en 1920 en usine de tapis par l’administration française, après 27 ans d’activités peu édifiantes sur fond de mauvaise gestion interne et de scandales. L’écrivaine revient ensuite sur la communauté italienne au Maroc et la grande migration du début du XXe siècle qui déverse au Maroc la première vague d’émigrants italiens en quête d’un avenir meilleur. Ce mouvement migratoire est assez modeste mais devient plus significatif dans les années 1930, où l’on compte plus de 50.000 Italiens dans la seule ville de Casablanca. Cette petite diaspora est composée d’artisans et de commerçants qui gagnent peu à peu les autres villes. «Leurs vies sont parsemées de difficultés et pendant la guerre, ils subissent les représailles et la détention dans les camps français d’abord et américains ensuite», raconte-t-elle. Et d’ajouter que «ces Italiens donnent vie à une communauté très active, à des écoles qui s’épanouissent surtout au cours de la période fasciste. Ils nouent des liens d’entente et d’amitié avec les Marocains et participent de différentes manières à la construction du Maroc nouveau». Le chapitre suivant contient une série de récits de voyages au Maroc, parfois inédits, que des auteurs et des voyageurs italiens ont écrits à partir de 1700. Citons, entre autres, Samuele Romanelli, Edmondo De Amicis et Luigi Barzini. Roberta rend hommage également à deux grandes dames, Elisa Chimenti et Lucia Servadio Bedarida, qui ont marqué à jamais la mémoire de Tanger. Elisa a consacré sa vie à l’enseignement et à l’écriture d’œuvres littéraires dont les actions se déroulent au Maroc. Quant à Lucia, médecin chercheur de profession, elle a voué sa vie à soigner les démunis et à aider des centaines d’enfants à venir au monde. Encore de nos jours, les Tangérois l’ont en mémoire. Quelques anciens de la communauté italienne au Maroc ont aussi confié à l’auteur quelques témoignages émouvants sur des figures marquantes. «Toutes ces histoires sont autant de tesselles d’une seule mosaïque et elles mériteraient toutes d’être recueillies, racontées pour qu’elles ne soient pas perdues», fait remarquer Roberta Yasmine Catalano. En fin d’ouvrage, plusieurs pages sont consacrées aux modèles de la nouvelle industrie. Le texte raconte comment, au moment où le Maroc retrouve son indépendance, Enrico Mattéi, figure emblématique du paysage industriel italien, vient y développer son projet d’affranchissement des compagnies américaines dans la politique de l’énergie. Fiat, de son côté, arrive au Maroc et contribue à renforcer les bases d’une nouvelle industrie automobile. En couverture de l’ouvrage, c’est un tableau de Michelle Odelin Gorreri, «Voyage dans le monde nouveau», qui a été choisi. Cette artiste peintre autodidacte native de Lyon vit au Maroc, à Mohammédia, depuis 2006. A noter que l’ouvrage a été publié avec le soutien du consulat général d’Italie à Casablanca.Nadia BELKHAYAT

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