Politique

Le mouvement islamiste se multiplie et se divise

Par L'Economiste | Edition N°:2180 Le 27/12/2005 | Partager

. Le Parti de la Renaissance et de la Vertu se réfère explicitement à «l’islam». D’où un problème avec la loi votée qui interdit les bases religieuses . PRV, quatrième parti de la mouvance islamisteMohamed Khalidi est passé à l’acte. Sa colère, qui couvait depuis des années déjà contre les maîtres du PJD, s’est transformée en divorce. Dimanche dernier, il a tenu l’assemblée constitutive d’un nouveau parti, qu’il a baptisé Parti de la Renaissance et de la Vertu (PRV), et pour lequel il n’a pas encore obtenu l’autorisation administrative(1). Le ministère de l’Intérieur donnera-t-il son O.K. pour un troisième parti islamiste? Deux possibilités: soit il accepte du moment qu’il a validé en juin dernier la naissance du Badil Al Hadari. Ou alors, il attendra la promulgation de la loi sur les partis politiques qui interdit toute formation basée sur la religion. Et à ce moment là, le verrou juridique pourra être la raison de l’interdiction. Néanmoins, tout dépendra des arguments juridiques des uns et des autres et, derrière eux, le rapport de force politique. Ca sera la première fois qu’on aura à appliquer le texte interdisant «les références religieuses, ethniques, linguistiques et régionales». En fait, ce nouveau parti cherche la bagarre pour marquer sa naissance puisqu’il se présente lui-même comme un parti «à référence islamique». Qui est Mohamed Khalidi? C’est un membre de la vieille garde du Mouvement Populaire et Démocratique Marocain (MPDC) et de son ancien dirigeant Abdelkrim El Khatib. Ancien directeur du journal Al Asr, Khalidi est par ailleurs très connu par ses contestations ouvertes de la politique actuelle du PJD et «de ceux qui la font» (Othmani et ses amis). Depuis le dernier congrès du parti, Khalidi n’arrive plus à contenir sa colère face à une politique qui, d’après lui, «exclut délibérément les anciens militants du MPDC». Exclu des réunions du parti, il décide alors de ne plus payer sa cotisation. La goutte qui a fait déborder le vase est un meeting organisé récemment à Oujda, sa ville natale (et sa chasse gardée électorale), où il ne fut pas convié. «J’ai été choqué», confie-t-il. Sa colère explose et il démissionne.La direction du PJD fait savoir que «Khalidi a été démis de ses fonctions au sein du secrétariat général. Et ce, parce qu’il a abandonné ses fonctions et ne cotise plus. Ces luttes intestines soulèvent des questions. En effet, qu’est-ce qui empêcherait un parti devenu autonome comme le PJD de se défaire de son passé et des symboles d’un MPDC qui l’a materné et qu’il a dévoré de l’intérieur? Le MDPC lui a ouvert la voie de la légalisation en 1997. Pourquoi les amis d’Abdellilah Benkirane garderaient-ils cette «vision makhzanienne» qui leur colle à la peau, surtout après le départ d’El Khatib «pour des raisons de santé»? Ce sont des questions qui pourraient apporter un éclairage sur le cheminement de l’islam politique au Maroc et les profondes mutations qui s’y opèrent à la veille des élections de 2007.Naturellement, les ténors du PJD, en gentlemen, «ne condamnent aucune opposition à leur manière de faire». Ils disent être de «fervents supporters» du pluralisme politique, même s’ils sont les premiers à le subir. Khalidi les a quittés. Soit! Ils lui souhaitent bonne chance et «beaucoup de courage pour asseoir son parti». «Nous fonctionnons comme la maison IBM qui forme les cadres et les envoie aux autres entreprises», affirme, avec un brin de raillerie, Lahcen Daoudi, un des cadres dirigeants du parti de la lampe. «Ne vous inquiétez pas! notre base reste intouchable. Quelques cadres qui partent ne vont pas nous affecter ou influer sur notre méthode de travail», tranche l’économiste du parti. Visiblement très confiant en son avenir, le PJD qui explore, avec perspicacité, les nouvelles voies du management et de la gestion des ressources humaines, refuse d’entrer dans «des polémiques stériles». Les personnes qui quittent le bateau «n’ont tout simplement pas trouvé un cadre d’épanouissement». Le parti les laisse faire. Et «il restera prêt à coopérer avec eux si cela se présente». Mais quand des cadres comme Khalidi quittent pour «manque de tolérance», l’ouverture affichée du PJD en prend un coup! Le dissident aspire dialoguer avec l’Occident pour rétablir l’image de l’islam et attirer les jeunes vers un courant de pensée plus modéré, plus conciliant et loin de la démagogie. Pourquoi faire? Tout cela n’existe-il pas chez les péjédistes? En vérité, ce qui dérange Khalidi, c’est «la mainmise du MUR», qu’il n’a jamais porté pas dans son cœur, lui reprochant son manque de tolérance et d’ouverture. Des considérations auxquelles on pourrait ajouter, bien évidemment, des querelles de leadership. Qui croire? Quoi croire? Les formations politiques et associatives, à référentiel islamique, forment un paysage où l’on se perd. Il y a celles de gauche, de droite, de centre… Une nébuleuse? Peut-être. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’ il y a une multitude de mouvements qui agissent dans la clandestinité et qui ont des relations souvent ambiguës avec les formations déclarées.


Les associations, point de départ

Si le parti de Khalidi est autorisé, la constellation islamiste comptera donc quatre formations politiques. Les trois autres sont le PJD de Saâd Eddine El Othmani, le parti de la Choura, héritage de Belhassan Ouazzani et Al Badil Al Hadari de Mustpaha Moâtassim. Ceci sans compter les multiples associations qui servent de base spirituelle à ces partis comme le sont par exemple l’Islah wa Attawhid (MUR) pour le PJD, El Yaqada wal Fadila (Vigilance et Vertu) pour la formation de Khalidi et aussi la Haraka Min ajl Al Oumma (Mouvement pour la Nation) cousine germaine du Badil Al Hadari.En vérité, l’islam politique au Maroc a d’abord été une affaire d’associations, incarnant des approches radicales ou modérées, qui se sont transformées en partis politiques. Certaines se sont adoucies avec le temps comme le MUR. D’autres se sont radicalisées davantage comme Al Adl Wal Ihssane, qui nous promet même la restauration du califat en 2006.N. L.-------------------------------------------------------------------------(1) Bien sûr, la loi ne prévoit aucune autorisation. La pratique est restée de ne pas donner «le récépissé» du dépôt de la déclaration. Récépissé qui est donc une autorisation qui cache sa nature.

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