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lundi 24 novembre 2014,
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Le Maroc sonde le marché international

   

En attendant son rating, le Maroc s'apprête à lancer un prêt syndiqué de 200 millions de Dollars. Le montant en soi ne devrait pas poser de problème, l'enjeu étant de tester le risque souverain.


Surprise générale dans les milieux financiers. Le Maroc vient de décider de lever 200 millions de Dollars sur le marché international des capitaux. Il s'agit d'un prêt syndiqué d'une maturité de 5 ans, coarrangé par Commerzbank et Sumitomo. Chacune des deux banques s'engage pour 25 millions de Dollars, moyennant un spread de 45 points de base au-dessus du Libor, plus des commissions fixes. Elles sont en outre chargées de constituer un tour de table auprès des banques commerciales de renommée pour lever le reste des fonds.
Selon AP Dow Jones, chacune des autres banques de la syndication devra apporter au minimum 25 millions de Dollars. Le montant global du prêt n'est pas figé et peut être revu à la hausse en cas de demande excédentaire. L'opération devrait être bouclée dans 6 ou 7 semaines. Compte tenu du montant limité à lever, l'objectif est a priori de tester le risque souverain.
Effet immédiat sur la dette souveraine: dès l'annonce de l'opération, celle-ci a gagné deux points sur le marché secondaire. A en croire les professionnels, les coarrangeurs ne devraient pas rencontrer de difficultés parti-culières pour lever les 200 millions de Dollars.

S'agissant d'un prêt syndiqué, l'opération consiste donc en l'octroi direct de fonds par les banques commerciales et non pas en une émission de titres obligataires, fongibles et échangeables sur le marché secondaire. Et pour cause, le Maroc ne peut lancer une émission en Eurobonds tant que le rating n'est pas rendu public.
Cette initiative apparaît comme l'étape préalable destinée à préparer le retour vertueux sur le marché international des capitaux. Commerzbank et Somitumo vont probablement veiller à réunir dans le tour de table les grands noms de la finance internationale jouissant d'une notoriété afin "d'allécher" le marché. A en croire des analystes financiers, la présence de Commerz-bank dans le capital de la BMCE a dû militer en faveur de sa sélection. Quant au choix de Sumitomo, il pourrait s'expliquer d'une part par les difficultés que traverse Nomura, d'autre part, par l'excès de liquidités du système bancaire japonais.

Report des capitaux

A 45 points de base, le spread est, lui, jugé correct et compétitif bien qu'il demeure relativement faible par rapport à celui proposé par les autres pays émetteurs et concurrents du Maroc.
Dans tous les cas, il correspond à un risque souverain noté "Investment Grade". Selon des sources privées, si le marché plébiscite cette première opération, les agences de notation devront en tenir compte.
Cependant, l'importance d'une telle opération est à relativiser, car le Maroc n'est pas seul à s'adresser au marché international des capitaux.

. il a même accusé du retard par rapport au calendrier initial.
Pour sa part, la Tunisie s'est adressée une nouvelle fois au marché début septembre, en émettant des Eurobonds d'une maturité de 6 ans et à un spread de 60 points de base. L'opération s'est soldée par une large sursouscription. La Jordanie, elle, lance ces jours-ci un emprunt à 130 points de base pour une maturité de 10 ans. L'opération est pilotée par la Société Générale.

Globalement, le moment est jugé propice pour le Maroc, car le marché est "friand" de ce type de risque. Les investisseurs spécialisés dans les pays émergents se détournent de la région asiatique depuis la crise financière de la Thaïlande. Ce qui explique l'effet de report des capitaux étrangers sur la région MENA.
Dans tous les cas, cette opération-test permet au Maroc d'être présent dans la course. Le lancement de plusieurs émissions de petites tailles contribuera à la formation d'une courbe de taux, en fonction des montants et des maturités. Il facilitera également l'arbitrage entre les emprunts à rembourser par anticipa-tion et ceux à conserver.
Toutefois, le retour sur le marché international devra être ordonné en fonction du risque. L'objectif est à la fois de rétablir l'équilibre entre les flux financiers (versés et reçus) et de réduire la pression du Trésor sur le marché intérieur.

Mouna KABLY