Economie

Le Maroc peut-il contrer le tourisme sexuel?

Par L'Economiste | Edition N°:2248 Le 04/04/2006 | Partager

. Les affaires de mœurs sont de plus en plus pointées du doigt . Selon des professionnels, la misère sociale n’explique pas tout. L’absence de condamnation exemplaire ne favorise pas la lutte Après l’Asie, le Maroc serait-il devenu la destination prisée par une tranche de touristes au comportement nuisible, dévastateur et difficilement maîtrisable? La catastrophe naturelle, qui a pour nom tsunami, a-t-elle fait fuir ces derniers du continent asiatique pour rejoindre le Maghreb?C’est en tout cas un des messages que les deux chaînes de télévision françaises ont souhaité faire passer récemment au travers de reportages à des créneaux horaires à forte audience (JT de 20 heures sur TF1 et dans l’émission Enquête spéciale à 21 heures sur M6).Les destinations visées sont Marrakech et Agadir. Elles ont fait l’objet d’un traitement médiatique particulier et surtout désastreux pour l’image de ces contrées qui ne manquent pas d’atouts pour séduire le «vrai» touriste. Ainsi, les deux régions ont été associées à de nouvelles plateformes attractives pour l’installation et le développement du tourisme sexuel. Il est certain que les différents évènements survenus ces derniers mois aussi bien dans la cité ocre (affaires de pédophilie à répétition) qu’en terre gadirie (avec les trublions du journaliste belge Philippe Servaty) ne sont pas du ressort de la fatalité mais bien des réalités. «Il faut relativiser la problématique. C’est un sujet hypersensible car il concerne des mineurs. Certes, les médias ont mis le doigt sur une réalité mais ce n’est pas celle des 30 millions de citoyens marocains», nuance Othman Cherif Alami, président d’Atlas Voyage.Celui-ci ajoute que les destinations précitées donnent l’impression au grand public que l’activité y est vaste mais il affirme que sur le terrain, c’est tout son contraire. «Je suis contre toute forme de tourisme qui porte atteinte à la famille, à nos enfants et à la nation. Il ne faut pas oublier le travail exceptionnel réalisé par les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent dans l’ombre, sans gros moyens matériels, et sans relâche auprès de publics fragilisés», insiste-t-il. Au lieu de parler de tourisme sexuel, il préfère parler d’actes commis par des individus qui profitent de la misère sociale. «L’encadrement des mineurs est de la responsabilité de l’Etat et des autorités de tutelle. Par ailleurs, la lâcheté du non-dit doit être combattue et la justice se montrer plus stricte. Nous avons besoin d’exemples forts avec des condamnations exemplaires. Nul doute que cela aurait un effet dissuasif», peste ce dernier. Othman Cherif Alami appelle tous les professionnels du secteur à dénoncer tout comportement contraire à l’éthique et à la morale aux autorités locales. Des textes et des procédures existent sous l’égide de l’organisation mondiale du tourisme, elles doivent être appliquées afin de protéger l’image du pays. Pour Kamal Bensouda, DG d’Atlas Hospitality, filiale de Royal Air Maroc, explique ce phénomène par le nouveau mode d’hébergement qui a vu le jour à Marrakech, en particulier. «Aujourd’hui, l’environnement est pollué par l’arrivée de certains nouveaux pensionnaires mal intentionnés qui ont pris leurs quartiers dans des riads». Pour rappel, Marrakech en compte 600. Il poursuit en qualifiant la situation de regrettable car elle touche des adolescents issus de milieux défavorisés de plein fouet. A ses yeux, chacun est responsable de ce phénomène. S’il condamne sans aucune retenue les auteurs d’actes «barbares» et réclame plus de sévérité de la justice, il souhaite néanmoins relativiser. «Quand on prend le nombre de touristes au Maroc et le volume d’affaires de mœurs, il apparaît que le pourcentage est inférieur à 1%. C’est pour cette raison que je le qualifie d’épiphénomène, toutefois, nous devons l’éradiquer», complète Kamal Bensouda.Il propose une série d’actions comme le renforcement des contrôles par les autorités, à savoir lors de la remise d’une autorisation du permis de construire, un engagement sur l’honneur soit signé par les parties concernées. De plus, si des mouvements suspects aux abords de lieux de vie sont remarqués, des opérations musclées doivent être menées sans vergogne. «Ces propositions visent à sensibiliser chacun car nous sommes tous concernés, c’est notre jeunesse qui est en danger. Il faut aborder la problématique avec détermination. Nous avons le devoir de proposer des emplois à nos jeunes!» tonne le DG d’Atlas Hospitality. Et d’obtenir des résultats concrets afin d’éviter de faire le lit des extrêmes.Il est vrai que la croissance économique exceptionnelle (plus de 5 milliards de DH d’investissement en 2005) que connaît la ville de Marrakech depuis quelques années pose avec acuité la question de la répartition des richesses. La jeunesse est-elle le parent pauvre du développement? L’action répressive ne pourra, à elle seule, résoudre le problème de fond.


Comment la France s’attaque au fléau?

En France, Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme, a élaboré en liaison avec les différents acteurs du secteur, une stratégie de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, qui se décline en actions applicables dans l’Hexagone et à l’étranger. C’est ainsi que des entreprises touristiques françaises et le Syndicat national des agents de voyage se sont engagés aux côtés du ministre de tutelle afin de contribuer à la promotion du tourisme respectueux des droits de l’enfant. Cela se traduit par une mobilisation générale contre l’exploitation sexuelle impliquant des enfants.A cet égard, les entreprises signataires rappellent leur adhésion aux principes du code de conduite établi par Escapt (regroupant les agences de voyages européennes) en liaison avec l’Organisation mondiale du tourisme et le soutien de l’Unicef. Pour prévenir et lutter contre ce fléau, elles s’engagent à intensifier à l’étranger les actions promues par le code de conduite. Il s’agit d’établir une politique éthique d’entreprise contre l’exploitation des enfants, former le personnel dans les pays d’origine, introduire une clause dans les contrats avec les fournisseurs dans laquelle ils déclarent leur rejet commun de l’exploitation sexuelle des enfants. En outre, il est mentionné que les acteurs locaux dans chaque destination doivent être informés régulièrement ainsi qu’annuellement sur la mise en œuvre des lignes directrices. A noter que la justice française est aussi compétente pour sévir les actes de pédophilie commis à l’étranger. Elle a déjà prononcé de lourdes sanctions ces derniers mois. Rachid HALLAOUY

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