Economie

Le caroubier, un potentiel sous exploité

Par | Edition N°:2426 Le 20/12/2006 | Partager

. Le Maroc, deuxième producteur mondial. Entre 1.500 et 10.000 DH générés par arbre. 1 million de caroubiers à TiznitCertains l’appellent «kharoub», d’autres «tikid», mais la plupart ignorent les vertus de ce fruit qui prend la forme d’une gousse aplatie de 12 à 20 cm. Le caroubier, l’arbre qui donne le kharoub, présente un grand intérêt socioéconomique et de nombreuses potentialités favorables au développement rural et à l’économie de montagne.Cet arbre que l’on trouve essentiellement dans le Dir du Moyen-Atlas, les contreforts du Rif, dans le Haut et l’Anti-Atlas, dans des terrains privés ou en forêts domaniales, est considéré par la population de ces régions comme un arbre providence. Il possède en effet des vertus considérables et ne requiert ni soins, ni traitements particuliers. Il s’adapte aussi aux zones sèches et caillouteuses, pauvres voire impropres aux cultures. Pour Oubbad Zouhair, ex-ingénieur des Eaux et Forêts, le caroubier se révèle actuellement le plus rentable parmi les arbres fruitiers et forestiers. «Il peut faire mieux que l’arganier puisqu’il peut produire à partir de la quatrième année et générer entre 1.500 et 10. 000 DH par arbre et par an. Toutes les composantes de l’arbre (feuillage, fleur, fruit, bois, écorce, racine) sont utiles et ont de la valeur. Les graines du caroubier subissant un traitement industriel après concassage, donnent la gomme utilisée dans l’alimentation, la confiserie, la cosmétique et l’industrie pharmaceutique. La pulpe, après broyage, peut être utilisée dans la préparation d’alcools, l’extraction de jus sucrés, la production de farine, de chocolat et dans l’alimentation animale», explique-t-il.La feuille de caroubier est de son côté appréciée par le cheptel alors que l’écorce et les racines renferment des tanins utilisés dans le traitement des entérites animales et la conservation de certains produits périssables. Autant d’atouts qui demeurent sous exploités au niveau national malgré la forte demande mondiale du caroubier. Demande estimée à plus de 40.000 t/an alors l’offre se situe aux environs de 32.000 t/an. A noter que la production du caroubier demeure concentrée dans la région méditerranéenne pour des raisons climatiques. Cela dit, les marges réalisées par les industriels espagnols qui dominent ce marché sont énormes. «Ils s’approvisionnent d’ailleurs souvent sur le marché marocain vu la qualité de son caroubier», affirme Zouhair. De fait, le Royaume possède un avantage concurrentiel structurel qui lui permet d’augmenter sa production de 5 à 10% par an à cause notamment de son meilleur rendement mondial en graines. Par ailleurs, les tendances du marché révèlent que la production en Espagne, en Italie et au Portugal tend à stagner, sinon à s’affaiblir à cause de la faiblesse du rendement en graines (8 à 10% en moyenne) en comparaison avec le Maroc (18 à 22% en moyenne).La production marocaine du caroubier augmente en revanche d’année en année même si le potentiel inexploité demeure important et les chiffres sont sous-estimés compte tenu de la non maîtrise des circuits de la production. En 2005, le Maroc a produit près de 24% de la production mondiale, soit 8.000 t. Les zones de production se situent dans les régions de Fès, Marrakech, Agadir, Essaouira, Taza, El Hoceïma, Béni Mellal et Khénifra.. Lutte contre la désertificationDes industriels marocains ont investi dans les plantations de caroubier en forêt qui, faute de cadre juridique, n’ont pas eu le succès attendu. Ils se sont alors orientés vers des plantations intensives du caroubier dans les régions de Khémisset et Agadir. Aujourd’hui, le Royaume compte une dizaine d’unités de production de gomme et de concassage, dont la capacité annuelle de transformation dépasse 80. 000 tonnes, qui recourent, malgré le fort potentiel de la filière au niveau national, à l’importation de certains dérivés des caroubes pour faire face au déficit d’approvisionnement. Des expériences ont été également pilotées dans les années 90 par le Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et les autorités locales dans la région de Tadla–Azilal, pour la promotion de la culture du caroubier avec des actions de vulgarisation et d’appui technique aux agriculteurs. Celles-ci se sont soldées par une augmentation notable de la production. En 2005, une ONG, la Fondation du Sud, a initié, dans la province de Tiznit, un projet de plantation d’un million de caroubiers sur une période de cinq ans (cf. www.leconomiste.com). Ce projet bénéficie aux coopératives agricoles locales, aux associations de femmes rurales et aux petits agriculteurs. L’objectif aussi est de mettre en place une ceinture verte afin de lutter contre la désertification. Une expérience que les pouvoirs publics auraient intérêt à développer pour permettre l’épanouissement de plusieurs régions rurales, enclavées et marginalisées.


Potentiel

Une étude économique sur les tendances du marché de la graine de caroube indique une croissance de 3% annuelle en Espagne, Italie et Portugal, alors qu’au Maroc, celle-ci est de près de 7% avec un rendement moyen de la caroube marocaine en graine de plus de 20%. Celui des autres pays est de 10%. Le Maroc, de par les caractéristiques de sa faune, permet une plantation de caroubiers en intensif extrêmement productive (15 ha peut permettre la plantation de 15.000 arbres caroubiers et qui donnent, au-delà d’une certaine durée, une moyenne de 600 kg de fruits, soit l’équivalent de 27 millions de DH.


Lever les contraintes juridiques
Entretien avec Oubbad Zouhair, ingénieur des Eaux et Forêts

. L’Economiste: Qu’est-ce qui entrave le développement du caroubier au Maroc?- Oubbad Zouhair: Nous assistons ces dernières années à un regain d’intérêt de la population pour le caroubier. Mais l’extension des plantations reste timide à cause notamment des contraintes d’ordre biologique. Outre le rendement moyen dans le jeune âge, il y a la proportion importante des pieds mâles (70 à 80%) par rapport aux pieds femelles producteurs de fruits. Il y a aussi les contraintes d’ordre juridique. Considéré comme arbre forestier, le caroubier est soumis au régime forestier en matière d’exploitation, de récolte de fruit. En fait, l’administration forestière garantit le droit de vente des caroubes dont la provenance est justifiée. Pour les terres privées, les propriétaires s’acquittent, avant la récolte, d’une taxe de reconnaissance calculée sur un volume de récolte pendante. Pour le domaine forestier, la production de caroube est mise annuellement en adjudication, sans garantie de quantité ni de qualité.Ces adjudications sont plus un droit de collecte que de récolte, puisque celle-ci est effectuée par les populations riveraines qui la cèdent aux adjudicataires. A cela s’ajoute la réticence de la population dans certaines régions à l’extension du caroubier dans les propriétés privées. Cela dit, le Maroc peut améliorer sa production de caroubier et le réintroduire à l’échelle nationale. . Comment ?- Les arbres mâles peuvent donner du fruit moyennant une opération de greffage. C’est une «femellisation» qui permet à l’arbre mâle de donner du fruit à partir de la troisième année. Cela coûte seulement 15 DH/arbre. Il s’agit de transférer des bourgeons prélevés sur des arbres femelles et les greffer sur des arbres mâles. Ils donnent au bout de 8 jours des rameaux femelles. Cette expérience a été lancée au niveau de Tadla –Azilal et il a été remarqué au bout de trois ans, une amélioration importante de la production entre 1996, date du lancement de l’expérience et 2005.. Quelles sont les autres actions nécessaires pour promouvoir le caroubier?- Les Eaux et forêts ont commencé à planter des milliers de pieds de caroubier. Dans la région Tadal-Azilal, on s’est mobilisé pour mettre au point une stratégie globale de développement. Les études réalisées par la faculté des sciences et techniques affiliée à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech ont montré que la qualité du caroubier présent dans la région est supérieure à celle du caroubier trouvé ailleurs au Maroc. Quant au poids des graines par rapport à la pulpe, il est en moyenne de 24%, un taux supérieur à la moyenne nationale et de l’Espagne (8 à 16%). Il y a également la réalisation de nouvelles plantations en fonction des besoins de la population. A noter aussi la formation de greffeurs dans chaque commune. Propos recueillis par R. B

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