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mercredi 22 octobre 2014,
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La Cassa del Mezzogiorno, entre développement et mafias

   

La Cassa del Mezzogiorno, la Caisse du Midi, est une institution incontournable dans l'Italie de la fin du XXème siècle, l'Italie qui à ce moment est entrée dans le monde. Il faut bien situer la Cassa del Mezzogiorno dans son contexte. L'Italie fasciste avait développé une politique économique basée sur l'autarcie qui, dans les années 1970, se serait appelée une politique de "développement autocentré". A la fin de la guerre, le Sud de la péninsule, le Mezzogiorno, se retrouve très pauvre, agraire et rural du fait de cette politique. Malgré les besoins alimentaires de l'après-guerre, il ne parvient même pas à jouer ses atouts agricoles, dépassé par le Nord, Milan et la vallée du Pô, qui entrent dans l'ère de l'agriculture et de l'industrie compétitives. Les vergers de Naples et la Sicile ne sont en réalité que leurres: l'industrie n'est pas à niveau, l'agriculture arriérée. Les structures politiques reposent sur le clientélisme et sur le contrôle de l'eau comme de l'emploi des pauvres, tandis que les structures familiales restent patriarcales. Les femmes, au nom de la religion catholique, sont exclues du champ des décisions. La conséquence de ce paysage social et politique sont une forte mortalité infantile, un niveau élevé d'analphabétisme, l'émigration.

. Le tout enferme le Mezzogiorno dans le cercle vicieux du sous-développement, lequel ressemble par maints traits au sous-développement marocain.
La Cassa del Mezzogiorno a été l'instrument financier pour sortir de ce cercle. Elle a financé des infrastructures (routes, autoroutes, barrages, électrification) mais aussi soutenu des implantations industrielles et touristiques, la construction d'écoles, de programmes de logements.

. Sans atteindre le niveau du Nord rapidement intégré à l'Europe, le Mezzogiorno est sorti du sous-développement en une vingtaine d'années. Pour les promoteurs de la Caisse, il était important de ne pas laisser le même effort technique et financier entre les mains de l'administration romaine: ses processus de décision conviennent mal à une opération de longue haleine et il y a toujours une dépense plus urgente, plus rentable politiquement qu'une école au fin-fond de la Napolitaine. Un schéma que le Maroc connaît bien.
Cependant, la Cassa del Mezzogiorno n'a pas eu que de bons côtés. Une partie de ses fonds s'est échappée, particulièrement à travers les programmes immobiliers. Elle a financé la reconversion et la croissance des petites mafias locales vers des réseaux politico-financiers capables d'influencer la politique du pays au coeur des gouvernements romains.