Affaires

L’industrie pharmaceutique perd un de ses pionniers

Par L'Economiste | Edition N°:3233 Le 16/03/2010 | Partager

. Ali Ghandi s’y était consacré avec dévouement “Attachant et beaucoup de classe”, c’est le qualificatif qui revient souvent lorsqu’il s’agit de décrire Ali Ghandi, décédé samedi dernier. A l’égard d’un des pionniers de l’industrie pharmaceutique marocaine, les hommages ne cessent d’affluer. Et ils semblent sincères pour la plupart. Ali Ghandi eut une infatigable activité pour ce qui est de défendre le marché. Avec un autre leader charismatique du médicament, feu Abderrahim Chawki, ils avaient constitué dès les années 80 un tandem de choc au sein de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP). Dans un secteur précurseur en matière de regroupement entre compagnies, on lui reconnaît d’avoir conduit avec succès la fusion entre le français Roussel Diamant, où il avait fait ses premières armes, et l’allemand Hoechst, qui allait donner l’un des géants de l’industrie pharmaceutique, HMR, actuellement Aventis. Contrairement à certains opérateurs du médicament assombris par leurs fonctions et tenus par des règles non dites de fausses politesses, Ali Ghandi s’est toujours senti libre dans ses analyses et ses opinions. La justesse et sa liberté de ton ne lui ont jamais fait défaut dans un secteur où il n’est pas entré par effraction. “C’est le parcours typique du self-made- man. Il avait une faculté extraordinaire à fédérer ses troupes”, confie Nadia Daoudi, l’une de ses ex-collègues à Roussel Diamant et bien plus tard à HMR. «Très discret mais très efficace», souligne pour sa part Mohamed Houbachi, ancien trésorier de l’Amip.Ali a commencé en tant que délégué médical avant de gravir les échelons et devenir le PDG de Roussel Diamant et Hoechst Marion Roussel plus tard.Dans une industrie où le monopole du pouvoir et des diplômes, pharmaceutiques en particulier, font souvent bon ménage, voire sont décisifs pour les carrières et l’intégration, il n’a jamais eu le complexe des “palmes académiques”. Bien au contraire, ce fut peut-être sa force. En raison sans doute de ce parcours au plus près des produits, il développera une expertise de taille qui lui permettra d’investir des chantiers d’envergure pour le secteur. Il sera d’ailleurs très actif dans l’élaboration du code du médicament et de la pharmacie adopté en 2006. Trame juridique qui permettra par la même occasion de faire sauter une vieille aberration du capital des labos (celle-ci stipulait que 51% du capital devaient être détenus par un laboratoire pharmaceutique, dont 26% par des pharmaciens autorisés à exercer au Maroc), disposition que les multinationales contournaient par du portage. Ce réalisme économique pour le médicament ne lui fera jamais défaut même lorsqu’il s’agira d’innover dans la communication comme d’organiser en 1998 une conférence de presse pour annoncer une baisse des prix du médicament Bactamox. Démarche inédite qui lui vaudra d’ailleurs d’engager un bras de fer avec le ministre de la Santé de l’époque, Abdelouahed El Fassi qui avait fait volte-face après avoir pourtant autorisé la manifestation. Avant même que des parlementaires ne fassent ces «découvertes», il s’était également intéressé à la problématique des prix du médicament. “Le fait d’évoquer ces questions-là à l’époque ne manquait pas de courage. Cela aura permis de corriger beaucoup de préjugés”, reconnaît Ali Sedrati, actuel président de l’Amip, visiblement très touché par la disparition d’un “grand professionnel et d’un ami”. Ali Ghandi était également très famille. Il avait une complicité formidable avec ses enfants et son épouse. Mais ici, c’est son jardin secret qu’il conservera jusqu’à sa mort…Mohamed BENABID

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