Economie

Infrastructure: SGTM réalise le génie civil de Hachef

Par L'Economiste | Edition N°:89 Le 22/07/1993 | Partager

En 1995, le barrage Hachef sera mis en service et raccordé à la station de traitement du même nom déjà opérationnelle. Il vise l'alimentation en eau potable et industrielle de Tanger. La région souffre depuis 1991 d'un déficit en eau de près de 79% a cause de la sécheresse.

Le barrage Hachef, qui sera opérationnel en 1995, devra contribuer à l'approvisionnement en eau potable et industrielle des villes de Tanger et d'Asilah. L'irrigation d'un périmètre de petite et moyenne hydraulique en aval est encore à l'étude.

Le barrage est confié à prés de 98% à des entreprises marocaines pour sa réalisation. Ainsi, les études d'exécution (2% du montant du projet) sont effectuées par le bureau d'ingénieur conseil Ingema à hauteur de 80%. La société française Coyne et Bellier y contribue pour 20%.

La société marocaine SGTM (Société Générale des Travaux du Maroc) se charge de l'ensemble des travaux de génie4ivil (55% du montant du projet). Elle a sous-traité la paroi moulée(1), qui exige une technique spécifique, à une société croate. Néanmoins, cette partie du chantier ne constitue qu'un faible pourcentage de l'ensemble du génie civil.

Les travaux hydro-mécaniques (6% du montant du projet) sont réalisés par la société marocaine AIC à concurrence de 80%. Celle-ci intervient en groupement avec à la société portugaise Sorefam qui a en charge les 20% restants.

Les travaux de reconnaissances (caractéristiques géologiques et topographiques) ont été confiés à la société marocaine Solmaroc et les essais mécaniques et géotechniques au Laboratoire Public d'Essais et d'Etudes (LPEE) de Casablanca.

"Expérience capitalisée"

C'est avec fierté que les responsables du Ministère des TP vantent l'exécution des travaux par les entreprises marocaines. "Un des objectifs de la politique des barrages est que leur construction constitue un moteur de développement", explique un responsable de ce ministère. "Des entreprises ont suivi, d 'autres non", ajoute-t-il. La réussite d'une entreprise à capitaliser une expérience dans le domaine des barrages est relative, selon ce dernier, plus à sa politique des ressources humaines qu'à sa structure ou sa gestion.

"Hachef" entre dans la catégorie des grands barrages. Sa principale caractéristique est la capacité de sa retenue. De 300 millions de m3, elle doit son importance à la topographie du site.

Les difficultés de sa réalisation résident au niveau de la construction des galeries des ouvrages annexes. En effet, la roche du site n'est pas très résistante: après le placement des explosifs au niveau des galeries, un cintrage en barres de fer est effectué et le béton y est projeté sous forte pression.

Rentable à 15%

Situé prés de la ville de Tanger, le chantier n'a pas nécessité une logistique particulière par rapport à d'autres chantiers tels que le barrage Al Wahda. Néanmoins, des bureaux administratifs ainsi que certaines habitations et une mosquée ont été achevés en octobre dernier. Prés de 25 personnes dont 7 cadres de l'administration de l'Hydraulique supervisent le chantier. La société SGTM emploie actuellement 535 personnes. En vitesse de croisière ce nombre devrait être porté à 800.

Le coût du barrage Hachef se chiffre à prés de 930 millions de DH, financé par le Trésor marocain, la Banque Africaine de Développement (BAD) et dans une moindre mesure par la Banque Islamique de Développement (BID) et le Fond International de Développement OPEC.

La rentabilité interne du barrage est assez importante puisqu'elle est de 15%.

La superficie totale concernée par l'expropriation des terrains est de 1.814 hectares. L'enveloppe globale de l'indemnisation est de 80 millions de DH. Prés de 5 millions de DH ont été alloués au titre des "droits de surface" et payés en totalité aux propriétaires et ayants-droit. L'indemnisation des terrains(2), estimés à 75 millions de DH n'est pas encore effective. Elle demeurerait soumise à la publication au Bulletin Officiel du décret définitif d'expropriation.

La superficie du bassin versant est de 220 km2 avec des apports annuels moyens de l'ordre de 90 millions de m3. La nature de la fondation et des matériaux naturels disponibles ont conduit à penser un ouvrage en remblai à profil homogène en limon argileux fondé sur les alluvions. Le volume total des remblais est de 3 millions de m3. La digue aura une hauteur de 52 mètres.

Les matériaux de terrassement proviennent de la région. Il en est de même pour les matériaux dits nobles. Le béton est produit à partir des galets de l'oued qui sont lavés et concasses. Le volume de béton nécessaire sera de 50.000m3.

Les ouvrages annexes sont situés sur la rive gauche. Ils se composent de la dérivation provisoire qui sera transformée en vidange de fond et prise d'eau en phase finale, un évacuateur de crues souterrain et une tour de prise.

Tanger : Ville sèche où il pleut le plus... normalement

Ll ville la plus touchée et de loin par le manque d'approvisionnement en eau est Tanger. La sécheresse s'est répercutée d'une manière aiguë sur la situation des ressources en eau, particulièrement au niveau des apports de l'Oued Hachef et du barrage Ibn Battouta (Cf supra).

Le déficit en eau a été évalué pour l'année 1992-1993 à:
- 79% de l'apport moyen,
-18% par rapport à l'apport de l'année 1991-92, elle-même déficitaire de 70% par rapport à l'apport moyen,
- 54% en comparaison à l'apport moyen du cycle de sécheresse 1980-85.

La région du Tangérois est peu favorisée sur le plan des ressources en eau souterraine en raison de la prédominance de roches peu perméables, l'eau ruisselle et est très peu stockée. De plus, même si la pluviométrie est importante dans cette région, la distance qui sépare les amonts des oueds et de leur embouchure est réduite. La capacité naturelle de stockage des oueds est très faible.

La nappe de Charf El Akab, seul aquifère important, est alimentée à la fois par les infiltrations naturelles et par injection artificielle des eaux de surface prélevées aux prises des stations de traitement des eaux de Bougdour et de Hachef.

La capacité de traitement de ces deux stations de 200.000 m3/j est supérieure à la consommation en eau des villes de Tanger et d'Asilah, dont le total se monte à 120.000 m3/j. En année normale, Tanger et sa région sont donc approvisionnées. "Economiquement, il n'est pas rentable de prévoir des équipements en fonction d'une année de sécheresse", explique un responsable.

Des actions d'urgences ont été alors menées pour mobiliser les ressources disponibles, puisque la capacité des équipements de traitement est largement supérieure à la quantité d'eau disponible. Un forage profond de 400 mètres est en cours de réalisation dans la nappe de Charf El Akab. Le débit prévisible est de 80Vs. Son exploitation est prévue à partir du mois d'octobre 1993.

Par ailleurs, 32 puits sont en forage au sein du périmètre urbain de la ville de Tanger. Une digue a été réalisée au site de Dar Saf sur l'Oued Hachef, durant la période du 12 avril au 10 juin 1993. Cette digue, d'une capacité de 1,4million dem3 a permis à la station de Hachef de fonctionner depuis le 20 avril 1993. Des dispositions sont à l'étude pour un stockage provisoire de l'eau dans la retenue du barrage Hachef en cours de construction, dès l'automne 1993.

Prés de 240.000m3 d'eau ont été mobilisés par l'exploitation des deux petits barrages de Sghir et Saboun, initialement destinés, à l'irrigation. Aussi, des études pour cinq petits et moyens barrages ont été effectuées. Le barrage Hamriouen, sur l'Oued M'harhar devrait être réalisé, en premier, au courant de cette année. Par la suite, il est prévu l'augmentation de la capacité de pompage et de la recharge de la nappe de Charf El Akab, avant la mise en service du barrage Hachef. Ce dernier devrait contribuer à la couverture des besoins en eau potable et industrielle de la région jusqu'à l'an 2017 où un nouveau barrage sur l'Oued Ayacha ou l'Oued Kharoub devrait entrer en service. Néanmoins, il est prévu le doublement de la capacité de prélèvement et de traitement de la station du Hachef en 2007.

D'un autre côté, un gaspillage au niveau des réseaux d'adduction a été relevé. Plus de 1.600 fuites ont été détectées et réparées durant la période janvier juin 1993. Enfin, des campagnes de sensibilisation sont menées directement auprès des abonnés. Des résultats positifs sont atteints, soit une réduction de 40 à 50% chez la majorité des industriels gros consommateurs.

Laïla TRIKI

(1) La paroi moulée en béton plastique, traversant le remplissage alluvial, assure le raccordement de la digue aux roches étanches au fond de la vallée.
(2) Les droits de surface ne désignent pas la surface géométrique du sol mais les objets qui s'y trouvent.

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