Economie

Industrie pharmaceutique
Les multinationales se regroupent finalement

. Après sept ans de tensions, le clivage est consommé. Réactions attendues des opérateurs nationaux«Maroc Innovation et Santé» (MIS), nouvelle association professionnelle dans le paysage de l’industrie pharmaceutique, ne laissera pas de marbre. L’Amip (association marocaine de l’industrie pharmaceutique) n’est donc plus seule à défendre les intérêts des opérateurs, bien que les membres de MIS tiennent à rester au sein de celle-ci, souligne l’Amip. Mais on aura beau tout faire pour ne pas évoquer ces «sujets sensibles», le clivage multinationales-nationaux (et/ou génériqueurs) qui menaçait de se produire, il y a sept ans, est consommé. MIS regroupe les représentants de dix multinationales du secteur: Eli Lilly, GlaxoSmithKline, Maphar, Merck Sharp & Dohme, Novartis Pharma, Organon, Pfizer, Roche, Sanofi-Aventis et Servier. La grande vague de fusions dans l’industrie pharmaceutique à travers le monde n’a pas épargné le Maroc. Aujourd’hui, la tendance des grands laboratoires est à la spécialisation. C’est-à-dire la création de «centres d’excellence» spécialisés par souci d’économie d’échelle, mais aussi de «présenter des médicaments innovants à des prix accessibles», n’étant pas forcément des génériques. C’est la vision officielle de MIS, bien que la plupart des opérateurs interrogés y voient surtout une «bataille contre les génériqueurs» déclarée. La nouvelle loi sur la propriété intellectuelle ayant par ailleurs verrouillé l’exploitation de molécules encore sous brevet. C’est le «sem» (tdlr: poison en arabe) des multinationales, et non pas la MIS, ironise l’un des industriels (tous ayant requis l’anonymat). Ces multinationales se regroupent aussi pour «mutualiser leurs moyens et sauvegarder leurs parts de marché», indique ce représentant d’un des membres. Par ailleurs, elles détiennent de belles parts de marché: les industries pharmaceutiques multinationales et laboratoires étrangers (à l’exclusion des laboratoires étrangers travaillant sous licence chez les nationaux) ont déjà une part de marché de 69% en valeur et 61% en volume. En 2004, le chiffre d’affaires global représentait 4,8 milliards de DH.La tension au sein de l’Amip a une longue histoire et cette association vient mettre un terme à ses «déchirements» entre génériqueurs et multinationales, marocains et étrangers. Les désaccords avaient éclaté au grand jour en novembre 1998, lors de l’assemblée générale de l’Amip (voir L’Economiste du 19 novembre 1998, www.leconomiste.com). Les multinationales estimaient qu’elles étaient «mal représentées et mal défendues par l’Amip». Les multinationales et laboratoires commettants avaient prévenu «si aucune décision n’était prise», la création d’une deuxième association. «Ce qui est très dommageable pour le secteur», avait alors souligné un industriel sous couvert d’anonymat. Le bureau de l’Amip avait alors attribué cette tension à deux laboratoires démissionnaires: Roche et SmithKline Beecham.


Regroupement d’intérêts économiques

Certains opérateurs espèrent une réaction constructive des nationaux à la création de cette nouvelle association. «Il faut que nous montions au créneau» également. Ceux-ci préconisent une vraie mise à niveau des laboratoires marocains, et faire des regroupements d’intérêts économiques, pour également «mutualiser nos moyens et là, afin d’être présents dans la bataille des prix». Et pourquoi ne pas créer un fonds de recherche, de développement managérial, d’optimisation de l’exploitation des entreprises marocaines. Mouna KADIRI

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