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Spécial Automobile

"Le secteur automobile ne peut rester en aparté par rapport au reste de l'économie"

Mohammed Ali Ghannam, président de la Fédération de l'Automobile

Par L'Economiste | Edition N°:761 Le 04/05/2000 | Partager

L'automobile est-elle sortie de l'ornière? Effectivement, les progrès réalisés depuis 1995 sont considérables. Cependant, le marché reste encore à un niveau trop faible pour qu'il puisse se passer de protection. M. Mohammed Ali Ghannam expose sa vision et les mesures nécessaires pour la croissance de ce marché.

- L'Economiste: Cinq ans après la mise en place du projet de la voiture économique, pensez-vous que la thérapie mise en oeuvre pour dynamiser le secteur automobile soit une réussite?

- M. Mohammed Ali Ghannam: Ce n'est pas une réussite totale, il faut l'avouer, mais la restructuration a apporté beaucoup de points positifs au secteur dans le sens où la composante industrielle a pu se développer et retrouver une activité normale. Grâce notamment à la politique d'intégration effectuée par Fiat, nous sommes actuellement à 35% d'intégration en pièces et plus de 15% comptabilisés pour le moteur et la boîte de vitesses. Ces réalisations ont multiplié les emplois, estimés par Fiat Auto Maroc à 5.000 entre intégration et compensation.
Par rapport à d'autres secteurs, l'automobile est très avancée dans sa mise à niveau. Une grande partie des sociétés sont certifiées et ont amélioré leur productivité de façon substantielle.
Il faut noter que le plan de restructuration a permis au secteur de se confronter à une première concurrence puisque le projet de la voiture économique n'a pas été accompagné d'une surprotection. Nous avons même assisté à l'arrivée de petites voitures au même niveau de prix que celui de la voiture économique.
Cependant, en dépit de cette croissance, le marché reste encore trop faible pour nous permettre de nous passer de la protection. Nous avons encore besoin d'atteindre des volumes de 50.000 à 60.000 unités pour pouvoir être compétitifs dans un marché totalement ouvert. Or, nous n'avons réalisé l'année dernière que 21.000 unités sur l'ensemble du marché, c'est un volume trop faible. La politique mise en place a catalysé cette dynamique de croissance et de mise à niveau, mais elle n'a pas encore permis de pérenniser l'activité d'une façon définitive, à ce stade du moins.

- Dans ce cas précis, de nouvelles mesures réglementaires seront-elles requises?
- Il n'y a pas de mesures réglementaires supplémentaires à ajouter. Une chose est sûre, les conventions de voitures économiques doivent être prorogées au-delà de leur terme. L'idéal aujourd'hui est de saisir l'opportunité offerte par la privatisation de la Somaca pour s'accrocher à un constructeur de stature internationale, pour produire non seulement pour le marché local mais aussi pour quelques marchés étrangers. Dans cette vision de la cession des parts de l'Etat, notre objectif premier n'est pas financier mais celui de la pérennisation de l'activité, et en filigrane le développement du secteur.

L'occasion croît et le neuf s'essouffle


- Grand fléau, l'occasion préoccupe encore les opérateurs du secteur. Quelles seraient les actions qui pourraient être entreprises?
- Au sein de la Fédération de l'automobile, nous considérons que la limitation de l'occasion ne doit pas seulement être effectuée de manière tarifaire. Les contrôles techniques devront être effectués de manière plus rigoureuse à partir de 5 ans d'âge. Ceci permettra d'interdire à la circulation les voitures qui ne respectent pas la conformité au niveau de certains paramètres de sécurité. Autre point sur lequel réfléchit actuellement la Fédération, l'organisation du marché intérieur de l'occasion avec des formules de reprise par les bailleurs de marques. Mais tant que la concurrence déloyale des véhicules importés existe, cela risque d'être difficile.
Certes, le projet de la voiture économique, la baisse des droits de douane sur les véhicules importés neufs et leur hausse sur l'occasion ont permis de réduire le flux de l'occasion. Mais, depuis 1998, celui-ci reprend sensiblement. Ainsi, en 1999, le Maroc a importé plus de 24.000 véhicules d'occasion, soit 37% du marché global. Même au premier trimestre 2000, l'occasion continue de croître alors que le marché du neuf s'essouffle.
Evidemment, l'importation de l'occasion n'est pas le seul problème du secteur. Même si elle devait stopper, ce n'est pas cette mesure qui ferait croître le marché de façon substantielle.

- Comment pourrait-on y arriver alors?
- Le secteur automobile ne peut pas rester en aparté par rapport au reste de l'économie. Il a enregistré durant ces cinq dernières années une croissance soutenue de l'ordre de 15% alors que l'économie stagnait.
L'automobile devrait se rapprocher in fine de la croissance économique en général.
Aujourd'hui, le problème global est celui de la répartition des richesses au Maroc. Il ne touche pas seulement l'automobile, mais aussi tous les biens de consommation durables. Tant que celle-ci n'est pas effectuée de manière à créer la classe moyenne la plus large possible, nous resterons toujours un marché très étroit.
Nous sommes conscients qu'il s'agit d'un problème de fond qui dépasse le secteur, mais nous essayons par différentes actions de faire croître le marché. D'abord, en gardant une compétitivité saine qui a généré des baisses de prix à partir de 1995. S'y ajoutent une meilleure professionnalisation du secteur, le développement de la politique du crédit ou encore des actions de promotion comme l'Auto Expo que la profession organise pour consolider la croissance et développer le secteur.

- Comment percevez-vous le secteur automobile dans une dizaine d'années?
- Si nous arrivons à intégrer la Somaca dans le giron d'un grand constructeur et si le marché enregistre des taux de croissance même moyens mais dépassant les 10%, nous deviendrions dans les six à huit ans à venir un marché de 100.000 véhicules (Voitures Particulières et Véhicules Utilitaires Légers). Dans ce contexte, l'industrie locale a pour ambition d'atteindre les 50% de parts de ce marché, le reste pour le CBU. L'importation de l'occasion serait quasi inexistante, le marché intérieur de l'occasion mieux organisé, notamment avec des reprises et des garanties délivrées par les concessionnaires. C'est dans ce sens que nous travaillons au sein de la Fédération. A l'avenir, nous espérons un marché totalement ouvert, sans contraintes de compensation ni d'intégration.
Les opérateurs ne pourront se démarquer que par leur compétitivité intrinsèque: qualité, agressivité commerciale,...
Pour arriver à ce marché moderne et organisé, plusieurs étapes sont nécessaires, tels la privatisation de la Somaca ou encore le développement de l'intégration et la compensation.
La période d'aujourd'hui à 2005 devrait profiter à une procédure d'accompagnement pour permettre au secteur de se mouvoir dans un marché totalement libre.

Propos recueillis par
Meriem OUDGHIRI & Ghassan KHABER


La mise à niveau avec la sous-traitance


Si la Somaca a réalisé d'importants efforts, indique M. Ghannam, cela a été aussi le cas d'un grand nombre de sous-traitants qui gravitent autour de l'entreprise, mais exportent également dans le cadre de la compensation. Les sociétés tournées vers l'extérieur sont déjà mises à niveau car elles exportent à des prix compétitifs et selon une qualité conforme aux standards internationaux, précise-t-il. D'autres sociétés, grâce à cette dynamique du secteur, ont pu réaliser le saut et les exemples sont nombreux: fabrication de glaces, panneaux de porte, tapis, pneumatiques...
"Il n'y a pas de règles sur papier. La compétitivité se joue au niveau de l'usine et des efforts d'investissement, modernisation, encadrement et ressources humaines, notamment. Globalement, les sociétés du secteur ont à 70% réalisé leur mise à niveau", souligne M. Ghannam. Aujourd'hui, ajoute-t-il, elles sont au stade de la consolidation du développement pour rechercher davantage de marchés.


Un cash-flow de 40 millions de Dirhams


"La situation financière de la Somaca est saine", affirme M. Mohammed Ali Ghannam. Pour l'exercice 1999, l'entreprise aura réalisé un cash-flow de 40 millions de DH pour 430 millions de chiffre d'affaires.
A fin 1999, la Somaca aura produit plus de 63.800 véhicules économiques, dont près de 45.600 voitures particulières et 18.200 en VUL. Le taux d'intégration locale a dépassé vers la mi-1999 les 50% pour le projet Fiat, ce qui fait près de 160 millions de DH de chiffre d'affaires pour la sous-traitance.
De même, le lancement du projet a permis de consolider le flux de compensation et l'a porté à 100 millions de DH pour les voitures particulières et à 810 millions pour les VUL.
Trois constructeurs utilisent actuellement les chaînes de montage. Fiat y produit la Uno, la Palio et la Siena. Renault monte l'Express et le Kangoo. Enfin, PSA qui produit le C15, s'apprête au montage du Berlingo et du Partner à l'automne prochain.o

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