Culture

Festival des musiques sacrées
Les rencontres tout aussi animées

Par L'Economiste | Edition N°:3296 Le 11/06/2010 | Partager

. Cinq conférences animées par des experts. Des voyages intérieurs,philosophiques et poétiques  FES, connue par les chants spirituels de ses zaouïas, a son Festival des musiques sacrées, mais aussi ses Rencontres. Celles-ci en sont à leur 10e édition. Tels les spectacles qui ont pour credo l’universalisme: Turcs, Iraniens, Tanzaniens, Syriens et autres qui agrémentent les soirées d’un public international aux côtés des Soufis venus d’ailleurs, les Rencontres nourrissent l’esprit et créent un véritable espace de dialogue des cultures au musée Batha. Ici, les corps et âmes du public transcendent les échelles de la vie grâce aux réflexions menées par d’éminents intellectuels. Il est 9 heures ce matin, sous les branches de son chêne millénaire, le musée Batha accueille ses visiteurs. Cette année, une fois de plus, la discussion entraîne l’assistance silencieuse autour de plusieurs thèmes dont le pèlerinage, les voyages intérieurs… Notons que les Rencontres de Fès ont proposé, tous les matins du 5 au 9 juin, aux festivaliers cinq conférences dites «Rencontres», mais aussi des événements exceptionnels, comme des créations de calligraphie en direct par le célèbre artiste Hassan Massoudy, auteur de l’affiche du festival. Pour Nadia Benjelloun, directrice des Rencontres de Fès, il s’agit d’aborder, durant ces conférences, «cinq aspects complémentaires des confins du voyage et du sacré» et surtout de tenter d’aller un peu plus loin autour de la thématique du festival. «Réel ou imaginaire, physique ou mystique, profane ou religieux, libre ou contraint, le voyage a souvent joué, dans notre histoire, nos croyances, nos sentiments, un rôle initiatique, auquel l’édition 2010 des Rencontres de Fès est consacrée», explique-t-elle.La «découverte» a donc débuté samedi par le voyage intérieur, suivi par le thème du voyage dans les écritures, puis par une discussion lundi autour du pèlerinage, le lendemain mardi sur la notion d’exil, avec pour finir le mercredi une étude autour du voyage mythique. Cinq jours durant, cinq voyages philosophiques et poétiques animés par des orateurs aussi divers que des poètes, des anthropologues, des journalistes ou encore des metteurs en scène.  Dimanche, au même endroit, les animateurs ont invité le public à réfléchir sur le thème du voyage par et dans les écritures. Ce jour là, l’on a constaté un panel aussi divers que l’archéologue Yann Assmann, le psychanalyste Jean-Michel Hirt ou encore Maurice Arama, le directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. Tous s’étaient rassemblés pour disserter autour de ce vaste sujet. A partir de l’œuvre «La flûte enchantée» de Mozart, Yann Assmann est revenu sur l’origine de sa composition et les nombreux «voyages musicaux» qu’elle a suscités à son auteur. Le metteur en scène Daniel Mesguich s’est, quant à lui, basé sur les textes de Shakespeare dont il est passionné et particulièrement sur la pièce Hamlet, pour expliquer cet attrait parfois incontrôlable d’un texte sur son lecteur et réciproquement.Chacun des intervenants, à sa manière, utilisait sa propre expérience, son vécu personnel et parfois intime, pour expliquer cette notion complexe du voyage par et dans les écritures.  Le lundi, l’érudit bouddhiste Shantum Seth emmenait sur les traces du pèlerinage de Bouddha et sur la quête de spiritualité mêlée à celle du renoncement et de l’ascétisme. Il expliqua à l’assistance la philosophie du pèlerinage tel que le conçoivent les bouddhistes avec les questions de désir et de liberté que cela soulève. Il prit comme exemple ces jeunes Tibétains, surnommés les «Esprits de la montagne», qui marchent toute leur vie en quête de spiritualité sur les hauts plateaux de l’Himalaya. Puis c’est au tour du chercheur marocain Mohammed Kenbib d’illustrer cette thématique du pèlerinage en expliquant historiquement les pèlerinages juifs en terre d’Islam et plus particulièrement ici au Maroc. Il retraça habilement le parcours chaotique et passionnant de cette population à travers le Maghreb, en parlant plus précisément des pèlerinages vers les tombeaux des saints. Le modérateur de cette discussion, Jean Mouttapa, écrivain spécialisé en spiritualité, observait tranquillement parler ces hommes riches de savoir et d’expérience, tels que le chercheur au CNRS, spécialiste de l’Inde, Max-Jean Zins, ou encore Robert Lanquar, ancien fonctionnaire international. Il faisait délibérément vibrer les silences parfois, laissant à l’assistance le soin de se faire elle-même sa propre opinion du débat, ou rebondissait subtilement sur les complexités et les questionnements que certaines opinions soulevaient.oYouness SAAD ALAMI et Nina MONTAGNE  (Journaliste stagiaire)


Et les jeunes?

LES Rencontres attirent finalement des jeunes… mais surtout des étrangers. Ils sortent légèrement ailleurs de ces conférences, comme s’ils revenaient d’un long voyage sans vraiment s’en être rendu compte. C’est le cas de Kendra, une festivalière américaine de 25 ans, qui raconte, sous le charme, à la sortie du musée Batha: «Ces conférences sont passionnantes, car, en plus d’être animées par de grands intellectuels, elles nous emportent vers des terres et des destinations inconnues de notre esprit». Pour Elizabeth, une Française habituée du festival, «c’est la première étape indispensable de la journée qui nous plonge déjà dans le mystique et le sacré et nous prépare à profiter pleinement du reste des concerts. C’est un peu comme un yoga de l’esprit!». Une réussite donc pour la 10e édition de ces Rencontres, où sont aussi organisées des lectures de poèmes ou encore des projections de films. 

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