Politique Internationale

Festival des Musiques Sacrées du monde à Fès : Le compte à rebours a commencé

Par L'Economiste | Edition N°:146 Le 22/09/1994 | Partager

Menée sous l'égide de l'Association Fès Saïs, la préparation de la première édition du Festival des Musiques Sacrées du monde de Fès se déroule selon les échéances prévues. Après l'opération de promotion menée à l'échelle internationale, la campagne d'information destinée au public marocain a commencé ces jours-ci.

Les murs du vieux Fès vont libérer leur silence pour vivre au rythme du Festival des Musiques Sacrées du monde (16 manifestations, du 8 au 15 octobre)(l). La médina et ses parages, au passé assez chargé, doivent s'attendre pour l'occasion à un public nombreux. Outre les nationaux qui jouissent de l'effet de proximité, les mélomanes de la musique sacrée viendront de l'Europe et des Etats-Unis.

Vivaldi dans la médina de Fès

Qu'ils soient de l'Inde, de la Turquie, du Pakistan, de France, d'Autriche, d'lrak ou du Maroc, les artistes invités présentent tous un caractère d'originalité. Leur musique, hautement esthétique, renferme une dimension d'intériorité, de silence et de profondeur assez puissante.

La promotion du Festival sur le plan mondial, effectuée davantage à travers les réseaux associatifs culturels qu'à travers les tours-opérateurs, s'est bien déroulée. M. Faouzi Skali, président du Festival, souligne que la manifestation de Fès a été "largement médiatisée en Europe". En France, par exemple, des articles d'information sont parus ou paraîtront dans la grande presse. De même, des émissions de radio seront diffusées par France-Culture et France-Inter. Par ailleurs, une chaîne espagnole de TV consacrera dans le cadre d'une de ses émissions une large place à la préparation du Festival. Il est prévu d'ailleurs qu'un avion-charter assure la liaison Madrid-Fès pour transporter le public espagnol.

D'un autre côté, un contrat d'exclusivité a été signé avec une agence de communication à Bruxelles pour la réalisation d'un 52 mn qui sera ensuite commercialisé auprès des chaînes de télé comme Arte. Enfin, El Sur, maison de disques basée à Paris et spécialisée dans les musiques du pourtour méditerranéen, produira un CD. Y figureront les meilleurs extraits des concerts qui auront lieu, indique Gérard Kurdjian, directeur de la programmation du Festival. Sur les 16 manifestations prévues, il y aura 11 concerts dont un est en réalité un concert commenté. En ouverture du Festival: James Bowman et l'ensemble baroque de Nice, samedi 8 octobre à 21h, salle de la Province de la médina. Ce soir-là, le public écoutera avec émotion le Britannique James, présenté comme étant "l'un des meilleurs contre-ténors au monde". Au programme: le registre sacré de Vivaldi et de Haendel. Dans l'après-midi du dimanche 9 octobre et dans le décor hispano-mauresque de Dar Batha, ancien ryad avec fontaine, marbre et jardin, les membres de la Schola Gregoriana Plagensis, venus d'Autriche, élèveront des chants grégoriens.

Imam reconverti en chanteur soufi

La nuit, à Dar Batha, la Française Esther Lamandier, grande cantatrice au regard profond, exécutera des chants araméens et bibliques. De la lointaine Inde, plus exactement du Bengale, le groupe des Baüls viendra à Fès pour plonger l'assistance du palais Dar Batha dans un recueillement musical. Rendez-vous: lundi, 10 octobre, 16h 30. Le soir, à partir de 21 h, c'est l'ensemble Kudsi Erguner qui fera partager au public les délices de la musique classique de l'empire ottoman, plus particulièrement celle des derviches tourneurs. Kudsi Erguner, joueur virtuose du Ney, a reçu son enseignement musical à Istanbul. Avec Yusuf Bilgin, ancien imam de mosquée reconverti en chanteur, Keyvan Chemirani et Mehmet Ayas (tous deux percussionnistes), Erguner forme un ensemble homogène, réputé mondialement .

L'après-midi du mercredi 12 octobre, Dar Batha vibrera au rythme des chants liturgiques de l'Eglise orthodoxe russe, exécutés par le Quatuor Vocal Russe. Le chant liturgique est une des formes les plus marquantes de la musique sacrée de l'église chrétienne du Moyen-Age. A noter que Fairouz. la grande chanteuse libanaise, s'inspire fortement du registre liturgique oriental dans certaines de ses chansons à succès.

Pour le public, le soir de ce mercredi 12 octobre devra constituer un des moments forts du Festival: le maître des noubas andalouses, Tazi

Massano, sera SUI scène à Dar Batha. Disciple du théologien et musicien Al Faqih Lamtiri, Tazi Massano jouit d'une réputation mondiale. Il est profondément attaché au sens sacré de la nouba. Encore enfant, il participe aux chants mystiques de la Burda et la Hamziyya, dans l'intérieur du sanctuaire de Moulay Idriss . Ce sera pour lui l'occasion de rencontrer les maîtres du Sama', ce chant soufi qui pénètre les tréfonds de l'âme et la secoue. La soirée du maître Tazi Massano comprendra deux volets. En première partie, le prestigieux artiste joue les registres sacrés de ramlmaya et d'isbahan avant d'être joint, en seconde partie, par dix membres de la confrérie religieuse des Sadqiyyin, pour une séance de Sama'.

Autre moment exceptionnel en perspective, le soir du jeudi 13 octobre à Dar Batha: le luthiste irakien Mounir Bachir et le guitariste américain Gérard Edery donneront un concert placé sous les thèmes de "méditation" et "d'improvisation" . Mounir Bachir, appelé l'Emir du 'Oud, maîtrise à la perfection la science des maqams. Ce qui lui permet d'une part d'improviser avec aisance et d'autre part d'explorer la sonorité du luth dans ses limites les plus poussées.

Dar Batha bouclera sa série de concerts avec la prestation du groupe de Sama' de Fès, prévue pour l'après-midi du vendredi 14 octobre. Le soir, en plein air et dans l'immense esplanade de M'sala, la voix des Sabri Brothers du Pakistan résonnera au rythme du Qawwali, ce chant soufi, surgi de la ville de Khorrassan. Les murs antiques de Fès porteront alors l'écho de cette voix jusqu'aux maisons secrètes et silencieuses de la vieille cité.

Abdelkhalek ZYNE

(1) C f L'Economiste du 7 juillet 1994.
Le Festival prévoit des concerts, des conférences et des projections de films.

200 DH/concert

Le cycle des conférences et films qui auront lieu lors du Festival de Fès se propose justement d'explorer les lignes du sacré. Côté conférences, André Chouraqui, Juif né en Algérie en 1917 et actuellement établi à Jérusalem animera une conférence sur "les Textes Révélés". (Dar Moqri, 11 octobre, 11h) Expert en Judaïsme, Chouraqui est présenté comme "un homme de dialogue ". L'écrivain Christiane Singer donnera pour sa part une conférence fort prometteuse sous le thème: "Aux sources de la Parole". (Palais Dar Moqri, 9 octobre, 11h). Anthropologue et grand amoureux de Fès, Faouzi Skali présentera une conférence sur "les saveurs du sacré". (Dar Moqri, 14 octobre, 11h). Enfin, un concert commenté sur la musique classique indo-musulmane sera présenté par un duo: Alain Panteleimonoff et Gérard Kurdjian. (Dar Moqri, 11 octobre, 11h). Côté films, le Festival de Fès connaîtra la projection de deux films présentés par leurs propres réalisateurs: "Les soufis d'Afghanistan" d'Arnaud Des jardins (Dar Moqri, 10 octobre, 11h) et "Moussems" d'lzza Genini (Dar Moqri, 13 octobre, 11h).

Au niveau des tarifs, les organisateurs ont prévu plusieurs formules. Un forfait de 2 000 DH donne droit à toutes les manifestations du Festival. Par concert, le prix est de 200 DH. Mais pour les étudiants, un tarif spécial de 40 DH/concert a été arrêté. Il leur permet d'assister également aux films et aux conférences.


  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc