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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mardi 22 juillet 2014,
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Face à la crise économique mondiale, inertie des partis d’opposition et des syndicats
Par Younes Hadioui, universitaire

   
La véritable épreuve pour toutes les forces vives d’une nation survient incontestablement au moment où la situation est la plus difficile.Elle l’est à un moment, justement, où s’installe à l’échelle internationale une crise mondiale aux dimensions multiples avec une récession économique de plus en plus généralisée: baisse de l’activité, baisse de la consommation, une envolée des faillites des entreprises et des licenciements. Au point que certains économistes ont estimé que cette crise mondiale porte en elle le risque de devenir une tragédie sociale d’ampleur.Globalisation des échanges oblige, les retombées de cette crise économique ne manqueront pas de se manifester au Maroc. Il n’a pas fallu longtemps pour que des signes annonciateurs se fassent sentir. Déjà, l’année 2008 a été marquée par une aggravation du déficit de la balance courante qui a atteint plus de 4,5% du PIB, les revenus du tourisme ont fléchi de 3,5%, les recettes des investissements et prêts privés étrangers ont vite commencé à se tarir enregistrant une baisse de 20,3% et les transferts des Marocains résidents à l’étranger ont décrû d’environ 2,5%.
Réponses conjoncturelles
Néanmoins, l’économie marocaine a fait preuve d’une bonne résistance aux turbulences qui ont marqué l’économie mondiale en 2008. La flambée des cours mondiaux du pétrole et des produits agricoles a été contrée par les mesures prises visant à améliorer les revenus des fonctionnaires et des salariés du secteur privé en vue de préserver leur pouvoir d’achat. Pour sa part, le système financier national était immunisé et reste globalement solide et robuste alors même que cette crise financière s’est transformée en véritable récession économique chez nos principaux partenaires économiques.Nous sommes donc à un moment où il appartient aux dirigeants, aux partis politiques et aux organisations de la société civile et syndicales de faire preuve d’imagination et de détermination. Ils doivent apporter et proposer des réponses conjoncturelles ou structurelles et pourquoi pas des idées de mesures qui conviennent aux répercussions de la crise en termes de croissance économique et d’emploi. Sans cela il sera impossible de relever les défis à venir et les choix difficiles à opérer pour faire face à la crise qui ira en empirant.
Mesures d’urgence
C’est à ce titre que s’inscrivent les seules propositions de plans anticrises comptabilisés à ce jour. Le plan de mesures anticrise immédiatement opérationnel proposé, avec un schéma défini de financement, par l’alliance des économistes et financiers, démembrement du Parti de l’Istiqlal, ou celui avancé par le centre pro-USFP, le centre marocain de conjoncture, «le pacte national de la croissance» dont les traits convergent vers certaines propositions contenues dans «le mémorandum» de la Koutla de 1992. Ceci, en l’absence totale de pensées ou de réflexions engagées ou propositions parvenant d’autres partis politiques, notamment d’opposition, censés défendre les intérêts des citoyens ou d’organisations syndicales. Le rôle des syndicats, rappelons-le, n’est pas de se lamenter tout le temps mais d’être une force de proposition et, de par leur essence, être à l’écoute des besoins exprimés des travailleurs qui sont les premiers directement touchés par les retombées négatives de la crise économique.Face à cette inertie manifeste au niveau de ces organisations, le gouvernement, laissé seul face à la crise, a créé un «comité de veille stratégique» composé de plusieurs membres du gouvernement et des directeurs d’établissements publics, en plus des représentants du secteur privé. Ce comité est chargé de suivre et d’analyser les répercussions de la crise mondiale sur l’économie nationale et, surtout, de proposer au gouvernement les mesures d’urgence destinées à atténuer les impacts possibles de la crise.Les pouvoirs publics, en partenariat avec le secteur privé, ont mis en place un dispositif anticrise contenant des mesures d’aide et d’accompagnement pour préserver l’emploi, soutenir l’activité liée à l’exportation, limiter les risques de contamination du repli de l’activité économique et maintenir en activité les petites et les grandes entreprises qui ont vu leurs commandes rétrécir en raison de la récession déclarée surtout chez les pays de l’Europe.La priorité a été donnée à l’amélioration de la trésorerie des entreprises, au financement de l’exploration commerciale et à l’allègement de la masse salariale supportée par les entreprises en difficulté au niveau notamment des secteurs du textile et de l’automobile.Puisqu’une mesure n’est rien tant que ses effets ne se font pas sentir clairement sur le terrain, le gouvernement a paraphé, avec les professionnels du monde des affaires, un contrat-programme en vue de répondre concrètement à la crise, de concentrer les moyens sur ceux qui en ont besoin et d’éviter les saupoudrages des crédits budgétaires d’une part, et pour que le dispositif sert le mieux les entreprises en difficulté et atténue l’impact de la crise sur les secteurs les plus exposés d’autre part. Les professionnels sont les plus proches de la réalité du terrain et sont les plus impactés par les retombées de la crise. Certes, ce dispositif est une réponse conjoncturelle aux premiers signes de la crise. Mais, il gagnerait à être enrichi par des mesures visant notamment la fluidification du processus de la dépense publique, l’accélération du déblocage des créances des entreprises au titre des marchés publics ainsi que la mise à niveau des compétences et la valorisation des ressources humaines.A côté de ce dispositif ainsi mis en place, des réponses structurelles pour préparer l’après-crise ont été déjà mis en oeuvre. Le lancement du pacte national pour l’émergence industrielle constitue évidemment une première réponse structurelle, prompte et appropriée au défi du repli de l’activité économique.D’autres réponses structurelles plus globales et non sectorielles pourraient s’avérer nécessaires dans un futur proche. A cet effet, une force de proposition attestant l’implication de toutes les instances nationales est nécessaire pour mettre au point des plans de soutien qui requièrent l’adhésion de toutes les sensibilités politiques et de tous les opérateurs sociaux et économiques. Une coordination responsable essentiellement avec les organisations syndicales devra se baser sur une hiérarchisation réelle des priorités nationales. Enfin, une gouvernance participative mettant à contribution les opérateurs économiques est une condition sine qua non pour la réussite de la mise en œuvre des plans de soutien à l’économie nationale.
Syndicats: Réfléchir autrement

Malheureusement, les syndicats restent largement cantonnés dans la défense des intérêts des fonctionnaires de la fonction publique, omettant ainsi les travailleurs du secteur privé qui commencent à perdre leur emploi. Les syndicats restent scotchés à des idées et des cahiers de revendications complètement déphasés par rapport à la réalité. Et surtout à une situation économique internationale marquée par des licenciements massifs dévastant de larges secteurs économiques, des travailleurs qui sont plus que jamais menacés par le chômage. Réfléchir autrement s’impose aujourd’hui.