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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

samedi 20 décembre 2014,
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Emploi & carrière
Retraite anticipée
Le Maroc rame à contre-courant

   
. L’Europe prolonge au maximum la durée de vie active. Le texte d’application de la mesure devrait être publié bientôt. La prime exigée par la CNSS rend la mesure inapplicable
Partir à la retraite anticipée dès 55 ans est possible mais, au préalable, il faut obtenir l’accord de son employeur. Le décret d’application est prêt et devrait être prochainement publié au BO. C’est une autre philosophie qui a entouré la mise en place de cette disposition. Les partenaires sociaux l’ont validée parce qu’elle est censée «faciliter la réorganisation des entreprises et la mise à niveau des effectifs». La retraite anticipée est même préconisée pour remplacer la formule des départs volontaires. Cette mesure a été adoptée même si elle est jugée «risquée» pour la CNSS. Elle va même à contre-courant si l’on considère que beaucoup de grands pays développés encouragent dorénavant l’activité des «seniors» et repoussent l’âge de la retraite. Les préretraites ont été, pour ces économies, un lourd fardeau pour les comptes sociaux.Rien de tel n’arriverait chez nous, assure la CNSS. «L’équilibre sera sauvegardé à travers les modalités fixées pour pouvoir en bénéficier». Deux conditions sont ainsi nécessaires. La première concerne le salarié. Ce dernier doit justifier d’un minimum de 3.240 jours d’assurance et avoir l’accord de son employeur. Lequel doit par ailleurs verser en une seule fois la prime à la CNSS. «Celle-ci est fonction de l’âge de l’assuré à la date de liquidation de la pension». L’âge légal de départ à la retraite étant fixé à 60 ans, cette prime constitue une compensation du manque à gagner par la sécurité sociale pour les départs anticipés. «Elle a été calculée de manière à sauvegarder la neutralité du régime. La pension servie sera équivalente à celle que le salarié aurait reçue s’il avait bouclé ses 60 ans», indique Larbi Ziani, directeur du pôle Métiers à la CNSS. Autrement dit, le coût du programme sera pris en charge par l’employeur et non par la Caisse. Ce qui, de l’avis de plusieurs chefs d’entreprise, rend cette mesure difficilement applicable. Lors du dernier conseil d’administration de la CNSS, la CGEM avait d’ailleurs émis des réserves. Aïcha Daoudi, présidente de la Commission Entreprise et Relations professionnelles à la Confédération patronale considère que «le ticket exigé risque de bloquer l’application de cette mesure surtout pour les PME».«Nous pensons que les conditions financières sont peu incitatives pour l’entreprise», estime de son côté Karim Tazi, président de l’Association marocaine de l’industrie textile et habillement (AMITH). Or le besoin de rajeunissement de l’encadrement s’impose, surtout dans des secteurs comme le textile où la main-d’oeuvre doit être qualifiée pour accompagner le plan de relance du secteur décliné récemment (www.leconomiste.com). Pour Hamad Kassal, président de la Fédération des PME/PMI, «cette mesure est importante puisqu’elle permettra d’injecter du sang neuf dans l’entreprise». Mais elle reste difficilement applicable aux petites structures. Deux raisons sont avancées: la moyenne d’âge de 30 à 35 ans, et la prime élevée pour celles qui désireraient se séparer de quelques salariés. Face à cette contrainte, les licenciements peuvent paraître beaucoup plus intéressants. Dans son dernier rapport sur la réforme des retraites(1), la Banque mondiale relève «qu’il n’est pas clair si le coût du programme pour les entreprises est moindre que les indemnités actuelles de licenciement». L’Institution internationale estime «que si le taux d’annuité n’est pas ajusté, ce programme générera des incitations pour la retraite plutôt que pour le travail» (www.leconomiste.com).Selon les estimations de la CNSS, 34.000 personnes sont éligibles au départ à la retraite anticipée. Le risque pour le régime général de sécurité sociale est que les entreprises ne procèdent pas aux remplacements, surtout que les études actuarielles ont été réalisées sur cette base. L’article 528 du code du travail qui impose à l’employeur le remplacement de tout salarié mis à la retraite est rarement respecté.
Prolonger la vie active, selon l’OCDE

Le vieillissement accéléré de la population des pays industrialisés a remis en question la notion même d’âge obligatoire de départ en retraite, estime l’OCDE dans un récent rapport. L’Organisation de développement et de coopération économiques rappelle que le vieillissement de la main-d’œuvre fait que le départ en retraite obligatoire pourrait ne plus être supportable économiquement. Il représente une lourde menace pour la capacité de croissance des pays avancés et leurs finances publiques. Si aucune mesure n’est prise, la proportion des personnes âgées inactives par travailleur va doubler d’ici 2050 dans la zone OCDE. Selon l’Organisation, cette proportion passera de 38% à plus de 70% en 2050. «La seule solution pour éviter ce déclin économique et la faillite concomitante des systèmes de retraite consiste à prolonger la vie active».Cette mesure est encouragée par l’allongement de l’espérance de vie. Le temps passé à la retraite a bondi entre 1970 et 2004. Il est passé de 11 à 18 ans pour les hommes et de 14 à 23 ans pour les femmes.Khadija MASMOUDI---------------------------------------------------------------------------(1) Les retraites au Maroc: Vers une stratégie de réforme intégrée.