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Emploi & Carrièr
Premier symposium OSI-Maroc
Responsabilité sociale: Des patrons témoignent

Par L'Economiste | Edition N°:1750 Le 19/04/2004 | Partager

. Les cas Lafarge, Shell et OCP. L'ouverture sur l'environnement, un gage de réussiteBien des conflits peuvent être évités grâce une relation saine avec les partenaires sociaux. Des cas d'exclusion et de marginalisation sont en effet susceptibles d'être éliminés par une ouverture plus active de l'entreprise sur son environnement et un engagement social. Des expériences existent. Certes, elles sont limitées à quelques grandes structures ou filiales de multinationales mais elles ont le mérite d'exister et d'avoir valeur d'exemple. Quelques-unes ont été présentées lors du premier symposium de l'Observatoire social international (OSI) section Maroc, sur la mise à niveau sociale, qui a eu lieu le 14 avril à Casablanca (www.leconomiste.com). La rencontre était gracieusement animée par Nadia Salah, rédacteur en chef de L'Economiste.C'est Lafarge qui a ouvert le bal en rappelant son opération de restructuration lors de la fermeture de sa cimenterie de Tétouan et l'ouverture de celle de Tanger (www.leconomiste.com). Obligée de se séparer d'une grande partie de ses effectifs (sur les 195 personnes travaillant à Tétouan, seules 48 devaient être gardées pour Tanger), l'entreprise devait faire des choix stratégiques. L'objectif étant de mener à bien l'opération et en faire une réussite aussi bien pour elle que pour son personnel. Sa recette: anticipation, communication efficiente et écoute des concernés. Mais aussi association du partenaire social, en l'occurrence l'UMT. «Nous avons demandé à notre partenaire social de jouer le jeu avec nous pour réussir la démarche», indique Jean-Marie Schmitz, administrateur- directeur général de Lafarge Maroc. Résultat: «L'usine de Tétouan a continué à servir les clients jusqu'au 31 octobre 2003. Sans aucun jour de grève». Une partie du personnel (10 employés) a été aidée pour trouver un autre emploi dans la région, mais la plupart des employés ont été encouragés à monter leur propre affaire. Soutien technique et aide financière leur ont alors été consentis. Sans compter les indemnités de départ qui, si elles avaient été fiscalisées, n'auraient pas permis la réussite de l'opération, selon Schmitz.Lafarge a déboursé 11 millions de DH, à raison de 98.000 DH par projet. Une contribution que le cimentier n'a accordée qu'à ceux qui s'étaient engagés à apporter une partie du capital. L'entreprise supportait 60% du coût du projet si celui-ci garantissait la création de 1 à 2 emplois, et jusqu'à 80% au-delà mais dans la limite de 120.000 DH. Aujourd'hui,10 personnes se sont reclassées dans des entreprises de la région et 111 ont créé leur microactivité. Mais le résultat le plus spectaculaire, selon Schmitz, est que ces 111 microprojets sont devenus des générateurs d'emplois: 266 postes ont ainsi été créés”. L'expérience de l'OCP est un bel exemple de transfert de la «pédagogie de responsabilité». Inscrit dans une logique de gagnant-gagnant, le groupe a mis en place des opérations de suivi et d'accompagnement de ses sous-traitants. «Nous voulions que nos fournisseurs deviennent des partenaires à part entière», souligne Abdelhafid Rerhrhaye, secrétaire général de l'Office. Pour lui, la mise à niveau sociale est freinée au Maroc par deux grands obstacles. Le premier réside dans le «comment» de la mise à niveau et le second dans sa pérennisation, c'est-à-dire encore une fois, «comment» continuer en dépit des difficultés. Les deux expériences présentées par Rerhrhaye illustrent comment le groupe a pu à chaque fois rectifier le tir et aller de l'avant. La première, “le programme fournisseurs” qui a été mené par l'Institut OCP, est fondée sur une démarche simple d'accompagnement progressif vers l'assurance-qualité puis la certification ISO. «Très rapidement, nous nous sommes rendus compte que très peu de nos sous-traitants pouvaient aller vers l'assurance qualité», souligne Rerhrhaye. D'où une révision du programme permettant d'identifier trois catégories de fournisseurs, selon leurs aptitude et compétence et de réadapter le suivi en conséquence. A la première, il était demandé juste qu'elle s'acquitte correctement des basiques en matière d'assurance-qualité (les 5 S japonais), explique Rerhrhaye. Pour la deuxième catégorie qui regroupe des structures plus développées, un accompagnement vers l'assurance-qualité était possible. La troisième, plus performante, pouvait aller jusqu'à l'ISO. Le programme, mené avec le concours de l'OFPPT, prévoyait des prix tout au long de la démarche. La deuxième expérience, menée à Ben-Guérir avec l'Université Cadi Ayyad et la Chambre de commerce et d'industrie de Kelaât Sraghna, est présentée comme un bon exemple d'ouverture du groupe sur son environnement et d'association des différents partenaires. Elle consiste à aider des diplômés à créer des entreprises liées à l'activité de l'OCP. “Nous apportons l'offre en assurant la canalisation d'emplois périphériques (entretien, habitat, petite maintenance…) et le suivi par un accompagnement en formation”. Là aussi, l'OFPPT a mis la main à la pâte. Résultat: Une centaine d'emplois et une vingtaine d'entreprises ont été créés. «A l'issue de cet accompagnement, qui s'est déroulé sur 3 ans, les apprentis-entrepreneurs doivent devenir des partenaires à part entière», est-il indiqué. Le principal obstacle rencontré, et qui est aujourd'hui surmonté, était de développer chez ces entrepreneurs en herbe une force managériale et le sens de la gestion. Un autre exemple est fourni par Shell dont l'enjeu est de développer la culture de la sécurité et de la protection de l'environnement auprès de ses sous-traitants. «Nous sommes dans un secteur dangereux où nous manipulons des produits explosifs», souligne Michel Faure, PDG de Shell Maroc. “Et dans un pays qui se développe, comme le Maroc, il n'est pas toujours facile d'appliquer les standards de sécurité”, ajoute-t-il. D'où l'idée de faire profiter la plupart de ses sous-traitants de l'expertise de conseillers. Par ailleurs, l'entreprise qui dit demander à ses fournisseurs de respecter l'environnement, mène aussi une opération de sensibilisation de ses partenaires à la qualité d'une ressource qui se fait de plus en plus rare: l'eau. A cet effet, une analyse est effectuée systématiquement avec les gérants des stations-services pour vérifier l'impact de leurs opérations sur la nappe phréatique, explique Michel Faure. Shell se positionne aussi sur un autre registre: la lutte contre les accidents de la route. Elle travaille avec ses transporteurs routiers pour s'assurer qu'ils respectent les standards de sécurité. L'entreprise les accompagne dans la manière de gérer la rémunération de leurs chauffeurs. «Il ne faut surtout pas que celle-ci soit calculée sur la base des kilomètres parcourus», avertit Michel Faure, sans donner de détails.Khadija El HASSANI

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