Economie

Economie de la santé : Le corps médical s'implique dans la réflexion

L'émergence d'une réflexion sur l'économie de la santé doit prendre en compte les expériences des autres pays ainsi que leurs dérapages afin de mettre au point un système qui soit performant et adapté au Maroc. Cette réflexion a été entamée dans le cadre de la préparation et du déroulement du 13ème Congrès Médical National tenu du 2 au 4 décembre à Agadir et dont le thème principal n'était autre que l'économie de la santé. Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi, ce Congrès a été organisé, comme chaque année, par la Société Marocaine des Sciences Médicales (SMSM). "Longtemps à l'écart d'une réalité censée animer l'ensemble des activités de la société, le corps médical devrait désormais s'impliquer dans une réflexion et une action économiques", déclare le Pr Ahmed Iraqui, président de la SMSM et du Congrès. L'économie de la santé est un concept qui a pris naissance dans les pays développés depuis près d'un demi-siècle, donnant lieu à diverses politiques, ayant instauré un système propre aux sociétés dans lesquelles elles s'appliquaient.

Cette prise de conscience s'impose face à l'état de santé de la population, et à une dilapidation de ressources limitées.

Depuis la fin de l'année 1993, plusieurs commissions de la SMSM, supervisées par le Pr Iraqui, ont effectué des travaux préliminaires, élaborant des documents de base devant servir aux études d'une économie de la santé. Ainsi, un travail de recherche a permis de rendre compte du système de soins du pays, résumé et visualisé dans une carte "top mapping". "Ce n'est pas une carte exhaustive, dit le Pr Iraqui, mais elle met en valeur un grand nombre de dysfonctionnements du système et les missions à accomplir ". Notamment, elle fait apparaître un manque de coordination entre les divers intervenants de la santé: les secteurs public, privé, militaire, l'industrie pharmaceutique, les pharmaciens qui prodiguent des soins, la médecine traditionnelle. "Le Ministère de la Santé Publique, qui théoriquement joue un rôle central, se trouve coupé du secteur semi-public par le Ministère du Travail, et du secteur privé par le Secrétariat Général du Gouvernement, affirme le Pr Iraqui. Quant à l'enseignement médical, il est contrôlé en grande partie par le Ministère de l 'Education Nationale". Un autre document, "Les indicateurs de santé au Maroc", résultant du travail des commissions, rassemble les résultats d'enquêtes portant sur la démographie, sur les ressources sanitaires, la production des soins et l'état de santé de la population.

Durant le Congrès, le thème principal de l'économie de la santé a occupé une grande partie du temps. En premier lieu ont été abordés des sujets d'ordre général, comme les progrès techniques, la croissance des besoins et l'équilibre financier des systèmes de santé développés par des intervenants français, puis des sujets portant sur la gestion et l'organisation hospitalière. Ensuite d'autres débats ont été menés au sein de 4 commissions. La première s'est intéressée aux aspects économiques de l'assurance-maladie, la seconde à la problématique de santé face à l'économie de la santé, la 3ème a traité de la décision médicale dans le contexte de l'économie de santé, enfin la 4ème a examiné les questions de la formation et de la recherche.

"Les pays qui ont investi dans la santé, depuis le siècle dernier; sont aujourd'hui les pays dominants de la Terre. Les concepts de l'économie de la santé proviennent de ces pays, mais cela n'empêche pas qu'ils recèlent des contradictions et font l'objet de plusieurs versions, c'est pourquoi nous devons les analyser à la loupe, affirme le Pr Iraqui. Il existe en fait plusieurs économies de la santé. A nous de trouver un système en fonction de la réalité de notre pays, qui ne dépense en soins de santé que 40 Dollars par habitant et par an et qui a encore d'importants problème; a résoudre".

B. L.

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