Economie

Eau: Pénurie générale en 2020

Par L'Economiste | Edition N°:1021 Le 21/05/2001 | Partager

. L'Association Marocaine de Prospective déplore l'absence d'un cadre juridique et le manque de volonté politiqueL'eau se faisant de plus en plus rare, il est plus que temps de la gérer d'une manière intégrée et dans le cadre d'une vision de développement durable. C'est le constat qui ressort des travaux du colloque organisé les 19 et 20 mai à Ifrane par l'Association Marocaine de la Prospective (AMP). Le temps pluvieux qui a enveloppé l'Atlas pendant trois jours n'a pu faire oublier aux participants que le Maroc vit une pénurie d'eau, qui sera généralisée en 2020. Seuls deux bassins sur les huit que compte le pays seront en mesure de maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande dans 20 ans (voir tableau). L'offre générale serait de 16,8 milliards de m3 pour une demande de 17,6 milliards. C'est dire l'importance d'une action urgente. D'autant plus que le Maroc se trouve aujourd'hui déjà à la limite du stress hydrique avec seulement 950 m3 par habitant en 2020.Selon M. Tawfik Mouline, président de l'AMP, il est inconcevable de penser le développement du Maroc sans réflexion sur l'eau. Cela revient à intégrer cette composante dans toutes les politiques sectorielles. C'est valable en premier lieu pour l'agriculture, le secteur qui consomme le plus d'eau au Maroc (90%). Une remise en cause des cultures fortement consommatrices d'eau et dont la rentabilité dépend des subventions, de protection tarifaire et d'une tarification avantageuse pour l'eau s'impose. Autre secteur concerné, le tourisme. Avec l'objectif d'accueillir 10 millions de touristes en 2010, le Maroc devra tenir compte de la limite de ses ressources en eau et de leur coût réel.Mais l'élément sur lequel les participants ont mis l'accent, c'est la nécessité de gérer la demande face à une offre qui n'est pas extensible. Ceci passe par la rationalisation de l'utilisation de l'eau pour l'irrigation, le traitement des eaux usées, la lutte contre le gaspillage et les pertes, etc. Cela passe également par l'encouragement d'une nouvelle citoyenneté de l'eau à travers l'implication des usagers dans sa préservation.Toutes ces actions ne peuvent cependant être entreprises efficacement sans un cadre juridique cohérent. La loi sur l'eau de 1995, pourtant adoptée à l'unanimité au Parlement, est restée lettre morte pour des raisons inconnues. Elle introduit pourtant des principes novateurs tels la police de l'eau et “les pollueurs-payeurs”. Elle prévoit par ailleurs, et c'est son plus grand apport, une gestion intégrée de la ressource au niveau des agences de bassins. Actuellement, une seule agence, sur six prévues, a vu le jour. La gestion de l'eau continue de payer le prix de la pluralité de ses acteurs et de leur manque de coordination.L'assainissement, un aspect particulièrement défaillant au Maroc, était également au coeur des débats. Le désengagement de l'Etat et la défaillance de gestion des collectivités locales sont à l'origine d'un désastre: 540 millions de m3 d'eaux usées sont déversés chaque année dans la nature à l'état brut. Dans 260 villes intérieures, ce rejet touche des milieux très sensibles telles les rivières. Les stations d'épuration se font très rares (5 ou 6 selon les services du Ministère de l'Intérieur) et ne concernent que moins de 8% de la population. Bref, une bombe à retardement. Pour la désamorcer, il est nécessaire de dépenser plus de 60 milliards de DH sur les 20 prochaines années. Une somme colossale que les collectivités locales, qui ont la charge de l'assainissement, ne peuvent supporter. Mais ce chiffre astronomique ne devra pas rester indéfiniment l'alibi pour ne pas s'attaquer à un problème qui tient l'avenir hydrique du pays en otage. L'AMP a tracé des pistes de réflexion telle l'élaboration d'une loi-cadre pour les concessions. Face à l'impératif de recourir de plus en plus au secteur privé, il n'est plus possible de laisser les collectivités locales face aux puissants groupes internationaux. Une proposition de création d'un organe national d'accompagnement des collectivités a été faite. Sa tâche sera de porter conseil aux communes qui veulent déléguer la gestion de l'assainissement au privé.Autre besoin exprimé, la nécessité de réglementer les rejets industriels. Les expériences citoyennes en la matière existent, mais sont rares. C'est le cas par exemple de l'OCP (14% de toute la consommation industrielle en eau), qui a engagé de lourds investissements de manière volontaire. Cette approche fait aujourd'hui que 97% de ses eaux utilisées proviennent de la mer. Mais en matière de gestion de l'eau, il ne faut pas toujours s'attendre à des initiatives citoyennes. Il faut réglementer.Omar MAKHFI

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