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mercredi 23 avril 2014,
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Dons d'organes: Les contraintes juridiques

   

La communauté médicale veut une législation plus ouverte en matière de prélèvement d'organes sur les cadavres. Le développement de la transplantation au Maroc en dépend. La vie de nombreux malades aussi.


Pouvoir prélever des organes sur des cadavres, c'est la mesure à laquelle appelle la communauté médicale, l'objectif étant de développer la transplantation d'organes au Maroc. La vie de nombreux patients en dépend, en particulier les personnes souffrant d'insuffisance rénale. Pour ces malades, la greffe signifie, non seulement une qualité de vie meilleure, mais aussi des chances plus grandes de survie. A Casablanca, entre 1986 et 1996, 23 Marocains ont pu se faire transplanter un rein. Les frères et les soeurs ont été les donneurs dans la plupart des cas. La solution du donneur vivant pouvant présenter des risques de complications pour celui-ci, le meilleur scénario reste celui du donneur décédé. En France, plus de 90% des transplantations rénales ont pu être effectuées au cours des deux dernières années grâce à des prélèvements sur des cadavres.
La population marocaine semble favorable à une telle mesure. Pour preuve, les résultats de l'enquête menée par le Dr Driss Zaid, professeur de néphrologie et enseignant-chercheur au CHU Ibn Rochd sur un échantillon de 1.000 personnes. Cette étude a révélé que 92% des personnes interrogées sont prêtes à faire don de leurs organes en cas de mort accidentelle. La même étude a montré que 74% de la population était contre la vente d'organes. Des médecins déclarent par ailleurs qu'il y a peu de risque de voir le Maroc devenir une plate-forme pour des réseaux de trafic d'organes. Toujours est-il que le prélèvement, s'il concerne des personnes décédées, doit intervenir dans le respect des libertés individuelles.

«Le prélèvement d'organe doit reposer soit sur le principe du consentement préalable, soit sur celui de l'opposition préalable. Or au Maroc nous n'avons ni l'un ni l'autre», explique M. Ali Belhaj, député UC et président de l'Association 2020.
Dans la première situation, le donneur consent par écrit à autoriser le prélèvement d'organe à sa mort. Dans le second cas, le donneur qui s'oppose au prélèvement doit le faire savoir expressément de son vivant. S'il ne le fait pas, le prélèvement sera permis. Un projet de loi qui prévoit un ensemble de dispositions en matière de prélèvements d'organes a été déposé par M. Belhaj au Parlement depuis plus de deux ans. La concrétisation du projet tarde à voir le jour. Le gouvernement n'a même pas entamé les discussions, indique M.
Belhaj.
En fait, le problème de la pénurie d'organes à prélever n'est pas spécifique au Maroc. Les Marocains désireux de se faire transplanter en Europe, en particulier en matière de greffe rénale, en savent quelque chose. La France par exemple a décidé de rationaliser au mieux les ressources disponibles, l'objectif étant de limiter l'impact de la pénurie. Parmi les mesures prises figure notamment la réduction du quota qui était réservé aux étrangers. La décision est intervenue dans le cadre des nouvelles dispositions prises en matière de préférence européenne. Les Marocains, dont un bon nombre partaient se faire transplanter là-bas, ont été les premiers à en faire les frais.

Mort cérébrale

La solution du donneur décédé reste très contraignante du point de vue technique. Les précautions à observer commencent bien avant que le donneur n'arrive à l'hôpital. «La qualité du ramassage de la personne décédée conditionne la qualité de l'organe à greffer et donc la réussite de la transplantation», indique le Dr Abdesslam Harti, professeur d'anesthésie-réanimation. Les donneurs sont le plus souvent des accidentés de la voie publique.

Avant de procéder au prélèvement de l'organe à transplanter, les médecins s'assurent au préalable que le diagnostic de la mort cérébrale est établi. Le coma dépassé (ou mort cérébrale) est un état qui définit actuellement la mort d'un patient en pratique médico-légale. Le diagnostic repose sur des critères cliniques, et surtout encéphalographiques: électro-encéphalogramme (EEG) plat(1). Il s'agit d'un tracé représentant l'activité électrique du cerveau. Le donneur (cadavre) doit être en bon état. Les morts suspectes sont écartées. Autre contrainte médicale: la détermination du statut sérologique du donneur. Il doit intervenir dans les heures qui suivent le diagnostic de la mort. «Cet examen est important, car le risque serait de prélever un organe à partir d'un donneur contaminé par des virus HIV ou hépatite par exemple, et de contaminer le receveur», indique le Dr Amal Bourquia, professeur de né-phrologie.

Mohamed BENABID

(1) Un tracé plat ne signifie pas nécessairement une mort cérébrale. Dans certains cas d'intoxications, les malades peuvent présenter des tracés plats.