Economie

Devant la Chambre de Commerce Internationale : Omar Kabbaj expose les conditions d'une croissance forte

Par | Edition N°:150 Le 20/10/1994 | Partager

Le secteur privé est appelé à jouer un rôle moteur pour la réalisation de l'objectif de croissance forte. L'amélioration de l'environnement de l'entreprise devrait cependant être accélérée de manière à favoriser l'investissement.

Après le rétablissement des équilibres macro-économiques, les pouvoirs publics ont ouvert un nouveau chantier social portant notamment sur l'amélioration du niveau de vie de la population et la réduction substantielle du chômage. Cela suppose une croissance forte, un objectif autour duquel est bâtie la politique économique, actuellement mise en oeuvre. Au cours du déjeuner-débat organisé par le Comité National Marocain de la Chambre de Commerce Internationale sur le thème "Les perspectives à moyen terme de l'économie marocaine", M. Omar Kabbaj, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de l'Incitation de l'Economie, a d'ailleurs mis en exergue cet aspect, précisant qu'une "croissance forte et soutenue constitue le principal préalable à la réalisation des objectifs en matière d'emploi et de satisfaction des besoins essentiels de la population". Pour améliorer la situation du marché de l'emploi, le Maroc ne peut en effet plus se contenter d'une croissance modérée de 4,5% en moyenne par an pour le reste de la décennie.

Le rôle du secteur privé

Dans ce scénario de croissance modérée, l'investissement serait de plus de 24% du PIB en moyenne, au lieu de 22% durant ces dernières années. Cette croissance modérée repose également sur des conditions climatiques relativement favorables ainsi que sur la poursuite de l'amélioration de la conjoncture internationale. En ce qui concerne l'épargne nationale, elle atteindrait en moyenne près de 22,5% du PIB et le besoin de financement national serait de plus de 6 milliards de DH en moyenne par an.

Toujours suivant ce scénario de croissance modérée établi par le Ministère de l'Incitation de l'Economie, le déficit global du Trésor serait d'environ 2,5% du PIB en moyenne sur la même période. Son financement devrait cependant lourdement peser sur les ressources disponible, ce qui "risque de créer un effet d'éviction des autres agents économiques", souligne M. Kabbaj. Dans le second scénario de croissance forte (taux moyen annuel de 6,5 à 7% d'ici à l'an 2000), qu'il a présenté, les secteur privé est appelé à occuper une place importante pour la relance de la croissance. Dans cette optique, le ministre a insisté sur l'amélioration rapide de l'environnement de l'entreprise de manière à créer un climat propice pour les investissements. L'Etat, tout en veillant à l'équilibre budgétaire, devrait toutefois continuer à orienter l'action économique, à accompagner le secteur privé, à répondre aux besoins sociaux et à assurer le développement de l'infrastructure de base.

Investissement: 26,5% du PIB

La croissance forte tient compte de plusieurs paramètres.

Pour atteindre cet objectif, la croissance moyenne du secteur primaire serait de 4,5% par an. Outre des conditions climatiques favorables, ce niveau de progression suppose des ressources suffisantes pour assurer l'aménagement de l'espace agricole et la mise en oeuvre de plusieurs mesures.

Celles-ci concernent l'encouragement à la création d'exploitations agricoles viables et le renforcement du rôle du secteur privé qui permettra de faciliter le développement de l'agro-industrie tournée notamment vers des marchés nouveaux. Quant au secteur secondaire, il progresserait à un rythme moyen annuel de 7%. Ceci devrait être provoqué par une nette relance des activités industrielles, relance essentiellement basée sur une importante expansion des exportations.

Pour ce faire, il s'agit d'augmenter la productivité et la capacité de production installée, de diversifier les produits et de prendre pied sur de nouveaux marchés dont l'accès devrait être largement facilité par les investissements directs étrangers. En ce qui concerne le secteur tertiaire, les services du Ministère de l'Incitation de l'Economie évaluent à plus de 7% le taux de croissance qu'il devrait atteindre dans le scénario de croissance forte.

Dans l'ensemble, l'investissement global nécessaire devrait atteindre, en moyenne, 26,5% du PIB et devrait donc passer de 22% à plus de 29% en l'an 2000. La part du Trésor à cet effort d'investissement se situerait à près de 4,5%.

Sur la même période, le taux d'épargne national serait de plus de 24% du PIB en moyenne et le besoin de financement extérieur de près de 11 milliards de DH par an.

Le budget devrait par ailleurs tendre à l'équilibre, alors que le déficit prévu dans le scénario de croissance modérée est arrêté à 2,5% du PIB, un niveau autour duquel devrait tourner le déficit courant de la balance des paiements. Cependant, il est à noter que ce gap serait progressivement réduit en dépit de l'accroissement des importations (8% en moyenne annuelle). Cette tendance est en fait favorisée par l'accroissement des exportations des biens et services selon un rythme de près de 8% par an. Le service de la dette, dont la réduction constitue un second facteur d'amélioration de la balance courante devrait passer de 35% des exportations à près de 24% en l'an 2000.

Tout ce scénario de croissance forte est intimement lié au dynamisme du secteur privé, un point plusieurs fois évoqué par M. Kabbaj. Ce secteur réclame cependant davantage de mesures incitatrices pour relever le défi. Ses problèmes restent pratiquement les mêmes. Ils concernent entre autres le financement, les lenteurs des procédures administratives, la cherté du coût des facteurs de production (énergie notamment) et les incidences négatives de la contrebande sur l'industrie locale. Le ministre mise sur la déprotection pour juguler ce phénomène. Mais, du point de vue d'un industriel, la relation directe entre le taux de protection et la contrebande n'est pas vérifiée. Et d'ajouter que le mal est plutôt entretenu par le blanchiment de l'argent de la drogue.

Alié DIOR NDOR

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