Politique Internationale

Dernier symbole chrétien dans une ville carrefour : JC d'Essaouira: Un curé gentleman-farmer

Par L'Economiste | Edition N°:78 Le 06/05/1993 | Partager

La silhouette fragile et austère, le Père Jean Claude Gons marque l'Eglise Notre-Dame de l'Assomption, à Essaouira. Entre une messe en solitaire et un tour au poulailler, le Père J.C. fait sonner les cloches tous les dimanches pour briser le silence monacal.

Un soleil timide, un matin humide, comme jadis ceux de Mogador et aujourd'hui ceux d'Essaouira. La ville semble oubliée par le temps, se recroquevillant dans son silence. Un subtil parfum d'argan embaume l'espace.

La grande mosquée de Sidi Ben Youssef attire le regard. C'est la limite entre la Kasbah et la médina. A gauche du minaret jusqu'au port, c'est Essaouira du 18ème siècle. A droite de ce même minaret jusqu'à Bab Doukkala, c'est Essaouira du 19ème siècle. Tout ce qui est en dehors des remparts date du 20ème siècle.

L'église catholique d'Essaouira se trouve à quelques mètres des remparts, dans une rue en face de la plage. Elle a été construite en 1936, et baptisée Eglise Notre-Dame de l'Assomption en "l'honneur de l'élévation miraculeuse et de la présence corporelle de la Vierge au ciel après sa mort". Elle a été dirigée par des pères espagnols jusqu'à l'arrivé du père Jean-Claude en 1981.

Très fréquentée à ses débuts, l'Eglise Notre-Dame de l'Assomption s'est vidée, au rythme des départs de populations européennes. Aujourd'hui, elle est devenue un espace privilégié de passages et de rencontres. Il y a certes une dizaine de familles chrétiennes à Essaouira, mais c'est surtout des gens de passage que le père J.C. reçoit encore. La ville est réputée pour être un carrefour culturel. Beaucoup de touristes et surtout d'artistes y viennent chaque année. Certains d'entre eux connaissent bien le père J.C., et ne manquent pas de venir lui rendre visite à chaque passage.

Une longue barbe et un grand tablier

Avec plus d'un quart de siècle au Maroc, dont douze ans à Essaouira, le père J.C. parle volontiers de son expérience. Le sourire malicieux, le regard vif, le père J.C. cache bien ses 57 ans derrière une longue barbe aux reflets châtains et un grand tablier de jardinier.

Toujours disponible, "au service de Dieu et des hommes ", le père J.C. est tout d'abord un actif; car, dit-il, "il y a toujours quelque chose à faire, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'église".

A son arrivée à Essaouira, le père J.C. s'est d'abord attelé à rénover un peu l'édifice. Le mobilier intérieur a lui aussi été rénové; et un honneur particulier a été rendu à l'artisanat local. La majeure partie du mobilier est en bois de thuya, matière première privilégiée des artisans souiris.

Le père J.C. est fier de montrer l'autel lisse et vernis, et l'oratoire, et la belle croix accrochée au mur; tous réalisés par des "maalems" de la ville. La créativité qui se trouve dans la marquetterie souirie a trouvé ici un autre espace d'expression.

Pour la Semaine Pascale, le père J.C. a sorti ses tapis dont il a recouvert le sol du grand vaisseau. De jolis tapis "Chiadma" ou "Haha" que le père a achetés à la "joutia" d'Essaouira, à des prix souvent dérisoires. Le père J.C. n'a pas de secrets; il explique que beaucoup de vieux commerçants de la "joutia" le connaissent très bien, et gardent souvent de belles pièces spécialement pour lui.

Les rosiers et les cailles

A l'intérieur de l'église, le père J.C. a aménagé une petite chapelle pour prier quand il est seul. Dans cette petite chapelle, il a construit un tabernacle, incrusté dans le mur. Il explique que le Christ avait dit "ceci est mon corps, ceci est mon sang", en parlant du pain et du vin. Aussi la présence du pain azyme à l'intérieur de l'église symbolise la présence du Christ. Le père J.C. conserve donc l'eucharistie dans le tabernacle, car pour lui, croire en cette présence est un acte de foi important.

La présence du Christ reste symbolique, mais la présence des paroissiens se fait de plus en plus rare. N'empêche, le père J.C. fait son office régulièrement, même seul. Les cloches continuent à sonner tous les dimanches. D'ailleurs, le père explique avec fierté que c'est la seule église où les cloches continuent à sonner pour annoncer la messe dominicale.

Entre l'office et les visites d'amis ou de touristes, le père trouve toujours le temps pour s'occuper de ses rosiers. Des rosiers qui ont du mal à s'adapter au vent humide et salin d'Essaouira. Comme le père J.C. tient à ses rosiers, il a construit une serre avec armature métallique pour mieux protéger les roses. L'espace libre dans le jardin qui jouxte l'église a permis au père de concevoir une serre assez grande, car il tient aussi à cultiver ses propres légumes.

En fait ce n'est pas un jardin que le père J.C. a aménagé derrière l'église, mais une véritable petite ferme aux résultats étonnants. Dans les clapiers spécialement conçus, les lapins atteignent jusqu'à 4 Kilos. Les poule élevés au grain côtoient quelques canards "col-vert" et un joli canard d barbarie; mais ce qui attire le plu c'est la centaine de cailles qui se bousculent dans des cages posées à côté d la couveuse.

Car le père J.C. vient d'acquérir une couveuse électrique pour la reproduction de cailles et de poulets de chair. Les résultats obtenus sont d'ailleurs impressionnants.

Avec beaucoup d'amour dans la parole et dans le geste, le père occupe bien ses journées. Entre l'église, le poulailler et les rosiers, le père trouve toujours du temps à consacrer au visiteurs.

Pour cet été, le père J.C. va célébrer un événement important. Un couple de jeunes Casablancais vont s'unir par les liens du mariage selon les principes de la foi chrétienne. Pour la cérémonie, ils ont choisi l'église catholique d'Essaouira.

Pour l'instant, le père J.C. évite d'en parler. Il sourit, et attend l'été.

Najib TADLI

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