Politique

Dans les arcanes du «Labour party» marocain

Par L'Economiste | Edition N°:2491 Le 23/03/2007 | Partager

. Le parti cible «40.000» adhérents en 2007. Un travail d’image basé sur «la rupture». Une ascension qui parasite la gauche?«Pas question de faire de la simple figuration aux prochaines législatives», martèlent d’emblée les travaillistes. A peine créé, le 34e parti politique du Maroc affiche des ambitions d’une formation «majeure». Premier objectif: atteindre «40.000 adhérents d’ici fin 2007 sans pour autant essayer de recruter dans les autres partis!» A ceux-là devraient s’ajouter des milliers de sympathisants qui peuvent voter pour le parti sans pour autant y adhérer. Aujourd’hui, la formation revendique exactement «15.600 adhérents». Dans un premier temps, le Bureau politique a lancé un package de 20.000 cartes d’adhérents. C’est peu, diraient certains! Mais le parti n’a que 15 mois d’existence, soit un recrutement d’un peu plus d’un millier d’adhérents mensuellement. Au PT, l’on se vante d’une “démarche innovante et un travail de profondeur sur le terrain: l’on cible principalement le créneau de tous ceux qui, pour une raison ou une autre, boudent la politique et le militantisme”, avance Benatiq. Sur ce registre de mobilisation, le parti a fait ses preuves. D’ailleurs, en décembre 2006, les travaillistes ont pu réunir 8.000 jeunes à Rabat. Pas plus tard que dimanche dernier, la formation a accueilli exactement 6.700 sympathisantes dans son premier meeting de 2007: un rassemblement 100% femmes. Le message véhiculé dans les meetings est le suivant: “Votez pour qui vous voulez, mais votez propre quand même”. Une manière de couper l’herbe sous les pieds à l’achat des voix. “Si le nombre de participants au vote est élevé en 2007, cela permettra à coup sûr de contrer le recours à l’argent”, estime Benatiq. Des associations ou encore des partis montent depuis peu au créneau. Ils dénoncent une précampagne électorale. D’autres encore se demandent comment font les travaillistes pour mobiliser autant de monde, alors que tous les sondages martèlent, à qui veut l’entendre, que les Marocains boudent… la politique. Les travaillistes, eux, sont conscients qu’ils dérangent. Le QG du parti de Benatiq rétorque qu’il ne laisse pas indifférent dans le milieu politique: “Tout le monde en parle, mais nous avons un projet de société qui sort du schéma classique et nous dérangeons surtout les tenants du statu quo”. Et le premier bilan, le parti compte le dresser en 2012. Les législatives de 2007 devront leur permettre de se positionner et s’imprégner de la culture d’une large consultation électorale. Pour prouver sa force de mobilisation, «le parti compte faire dans la transparence et publier les listes de l’ensemble de ses adhérents dans la presse», annonce Abdelkrim Benatiq, secrétaire général du Parti travailliste (PT). Trois week-ends sur quatre, les dirigeants se déplacent dans les différentes régions du pays. Le parti se fait relayer et accompagner par des structures locales, des ONG et des associations de quartiers pour une meilleure adhésion, la vulgarisation et l’assimilation de ses concepts, mais aussi pour gagner en notoriété. «L’objectif est surtout de tenir des rencontres informelles pour défendre le projet de société du parti, recruter et développer l’écoute des bases», précise Mohamed El Ouchari, membre dirigeant et l’un des fondateurs du parti. Le constat des travaillistes sur les lieux visités est affligeant: «Il y a un vide sur le terrain», lâche Benatiq.. Programme électoral Aux yeux des travaillistes, le paysage politique se caractérise par deux tendances fortes: d’une part, les adeptes du statu quo et de l’achat des voix qui ont des marchés électoraux acquis et qui déplorent le militantisme dans une logique de vision. De l’autre, un courant idéologique qui sensibilise par des moyens autres que politiques. Allusion faite à l’instrumentalisation du vote par l’idéologie et la religion notamment. “A côté de ces deux pôles, il y a les autres, ceux qui boudent la politique”, avance Benatiq. Et c’est là où se trouve notre coeur de cible en dehors de l’argent et de l’endoctrinement», ajoute le leader des travaillistes. Hormis la prospection, le «Labour party» finalise actuellement son programme électoral. Le Bureau politique en coordination avec les différentes structures et antennes du parti travaillent en forums. La mouture finale sera prête vers fin mai, annonce-t-on. Les premières synthèses, secteur par secteur, seront rendues publiques à la veille de l’été. Globalement, le programme des travaillistes sera décliné via 3 grands axes: Un forum économique animé par des chefs d’entreprise, des industriels… et qui devra sortir par des recommandations en coordination avec le patronat. «Ce sera un volet pragmatique et très réaliste ramené à des chiffres et axé essentiellement sur les limites des secteurs-clés de l’économie sous un aspect économique mais avec des retombées politiques», annonce le chef du parti. Autre volet du programme électoral, un forum sur la «Citoyenneté». Le troisième axe portera sur le «Savoir». Il s’agit d’un forum avec «des choix de société clairs tels que la culture, la formation de demain et l’éducation dans une logique prospective basée sur les besoins du monde de demain, la notion de gouvernance…», souligne le secrétaire général.


Une CDT bis?

Hors du parti, les critiques fusent de toutes parts. D’aucuns estiment que la formation de Benatiq est une centrale syndicale bis. «Le Parti travailliste est venu surtout parasiter l’aile gauche du paysage politique, notamment l’USFP et le PPS. La culture travailliste n’y est pas. C’est plutôt une structure hétéroclite basée sur la surenchère syndicale et sur fond de discours revendicatifs: Une CDT bis», analyse un politologue. Pour bien assimiler l’origine de ce modèle, ajoute-t-il, il faut revenir à la CDT du temps de la scission avec l’USFP. Benatiq, rappelons-le, est à l’origine un syndicaliste CDT. Autre critique, «le parti ne reflète pas un projet de société ni un discours politique élaboré par un noyau dur homogène», estime Mohamed Darif, universitaire et politologue. Selon ce dernier, «il y a un décalage entre le référentiel du parti et la composition de la société marocaine». Les travaillistes, eux, s’en défendent. Ils ne veulent pas être catalogués à «tort».  Benatiq pousse un peu loin la réflexion. Selon lui, la sociologie politique veut que chaque formation soit assez représentative du tissu social avec ses différentes composantes.


Financement

Il est révolu le temps où les partis vivaient uniquement des cotisations de leurs adhérents. Au Parti travailliste, un débat est mené sur les modalités de financement des formations politiques. Selon Benatiq, “la loi sur les partis a omis de stipuler que les subventions publiques doivent également bénéficier aux partis politiques qui se mobilisent sur le terrain. Elle favorise les partis uniquement sur la base des suffrages obtenus”. En procédant ainsi, ajoute le SG, le Maroc a reconduit le modèle français de Mitterrand qui a montré ses limites. Ces limites s’expliquent surtout, selon Benatiq, par le fait de lier le financement aux élections seulement. “En dehors de la campagne électorale, il n’y a pas de subvention”. Or, un parti doit encadrer, mobiliser ses troupes au quotidien, organiser des meetings en permanence et pas uniquement à la veille des élections. “La formule de financement actuelle favorise plutôt les grandes formations qui ont le monopole”, estime le PT. Les dirigeants fustigent aussi la sélection par l’âge des partis. Les petits partis pâtissent d’une appellation aberrante selon les travaillistes qui se disent catalogués à tort. “Un grand parti l’est par sa force de propositions, ses idées et sa mobilisation sur le terrain, mais jamais sur la base du nombre d’années d’existence”. Pour tirer son épingle du jeu, le Parti travailliste compte sur la «générosité de son réseau relationnel», dont on prend bien soin de taire l’identité, en dehors du monde politique, des “sympathisants et amis du parti”, dit-on. Mais rien ne filtre sur le montant de ces aides. “Aucune aide internationale ne contribue au financement du parti”, ajoute catégorique Benatiq qui dément certaines rumeurs selon lesquelles le parti serait aidé par des fonds étrangers. Les dons des sympathisants sont généralement en nature, et se résument à de la logistique lors de meetings, rencontres organisées par le parti.Quant aux cotisations des adhérents, elles sont entre 30 et 60 DH chacun. Pour leur part, les cadres et membres dirigeants contribuent chacun selon ses moyens.Amin RBOUB

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