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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

mercredi 23 juillet 2014,
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Conseil Supérieur de l'Eau: un plan intégré pour l'aménagement des eaux du Sebou, du Bou Regreg et de l'Oum Rebia

   

Le Conseil Supérieur de l'Eau a tenu sa 6ème session les 22 et 23 Janvier 1992 à Rabat. Deux rapports ont été soumis à son examen. Le premier concerne le plan directeur intégré d'aménagement des eaux des bassains du Sebou, bou Regreg, Oum Errabia. Le deuxième traite de l'économie de l'eau dans le secteur de l'irrigation.


LE plan directeur intégré d'aménagement des bassins du Sebou, Bou Regreg et Oum Errabia couvre une zone de 95.000km2 (13% de la superficie du Maroc) qui englobe trois grands bassins hydrologiques comportant 50% du potentiel national en ressources en eau cette zone abrite 60% de la population du pays.
Les potentialités actuelles de la zone se présentent ainsi:
Les ressources en eau mobilisées permettent évidemment d'approvisionner en eau potable les populations. En outre, d'importantes ressources en eau souterraines permettent en grande partie de satisfaire les besoins en eau potable et industrielle de grandes villes telles Fes, Kénitra et Meknès.
Tenant compte de la croissance démographique, de l'amélioration du niveau de vie et du développement industriel, le plan prévoit de faire face jusqu'en l'an 2020 aux besoins évalués à plus de 10 milliards de m3 dont 25% pour l'alimentation en eau potable et industrielle, 73% pour l'irrigation et 2% pour la préservation de la qualité de l'eau en aval des bassins.
Toutefois un déficit de 300 Mm3 apparait en confrontant les besoins aux ressources en eau disponibles. Ce déficit, principalement repéré dans la zone côtière Casablanca-Mohammédia est le fait du développement socio-économique de cet axe. Le plan prévoit dans ce sens de transférer massivement l'eau avant 2010 à partir du bassin du Sebou (excédentaire) vers la zone de Casablanca (déficitaire).

Un ouvrage de transfert d'eau de 250km


Les principales réalisations pour le développement des ressources en eau que propose le plan sont les suivantes:
- la réalisation de 31 grands barrages (1 barrage par an jusqu'en l'an 2020);
- la réalisation d'un ouvrage de transfert d'eau Nord-Sud sur plus de 250km destiné essentiellement à la satisfaction des besoins en eau potable et industrielle de la région côtière;
- l'équipement de près de 378.500 HA supplémentaires;
- la construction et l'équipement de 25 usines hydro-électriques associées aux barrages du plan.
Ainsi ce plan permettrait d'atteindre les objectifs suivants:
- l'approvisionnement en eau potable et industrielle d'une population totale de 23,7 millions d'habitants;
- l'irrigation de près de 856.000 HA. Ce qui permettrait d'atteindre les objectifs nationaux en matière d'auto-suffisance alimentaire. En effet, ces périmètres irrigués produiront annuellement près de 11 millions de quintaux de céréales, 1,5 million de tonnes de sucre, 2,5 millions de tonnes de lait, 2,8 millions de tonnes de maraîchages et 1,2 million de tonnes d'agrumes;
- la protection de la plaine du Gharb contre les inondations par la réduction des volumes des débordements de plus de 95% en moyenne, ce qui permettra d'éviter des dégâts annuels moyens de près de 270 millions de Dirhams;
- enfin, la production de 3.640 millions de Kwh/an permettant une économie de combustible de 910.000 tonnes/an.
La mise en place du plan directeur doit être accompagnée d'actions destinées à lever les contraintes liées à la pollution des cours d'eau, à l'érosion dans les bassins versants en vue de protéger les retenues contre l'envasement, et à doter le pays d'une législation efficace de façon à permettre d'atteindre les résultats économiques et sociaux escomptés.
Au niveau social le plan permettra de créer d'importantes possiblités d'emploi dans le secteur agricole et dans les activités amont et aval générées par sa mise en oeuvre.

Coût du plan 62 milliards de DH


Enfin en termes économiques aux conditions de 1990, le coût du plan s'élève à 62 milliards de Dirhams. Il génère un bénéfice économique annuel net de plus de 11,6 milliards de Dirhams.
Actuellement plus de 850.000 Hectares sont irrigués au Maroc de façon pérenne. L'objectif visé est d'étendre l'irrigation sur l'ensemble du potentiel irrigable en eaux pérennes, estimé actuellement à 1.300.000 Hectares.
Pour poursuivre l'effort de mobilisation des ressources en eaux et d'aménagement hydro-agricole, une stratégie, doit être menée en matière de gestion de l'eau. Elle doit intégrer «recherche, développement, protection et usage rationnel». L'économie de l'eau spécialement dans le secteur de l'irrigation (principal consommateur) constitue un élément fondamental de cette stratégie. Deux notions fondamentales sous entendent l'économie de l'eau: l'usage rationnel et la valorisation économique. L'importance des volumes d'eau réservés au secteur agricole, le coût de l'eau, la protection de l'environnement contre les effets néfastes de l'excédent d'eau constituent quelques raisons de ce programme. Il s'agit donc de renforcer les mesures existantes, de développer les activités menées jusqu'à présent et d'imaginer des systèmes performants en matière d'économie de l'eau pour que l'agriculture irriguée puisse connaître un développement permanent lui permettant de faire face aux besoins alimentaires et à la compétitivité internationale. Un intérêt doit être porté particulièrement sur la nécessaire cohérence des investissements publics en matière de mobilisation des ressources et de leur utilisation, sur le développement de la recherche agronomique et technologique, sur la protection du patrimoine et de la ressource en eau, sur une meilleure adaptation des aspects législatifs et réglementaires touchant à l'usage de l'eau et enfin sur une plus grande implication des usagers.


Une tarification pour impliquer l'usager
dans l'économie de l'eau


DANS un entretien accordé à l'Economiste, M. Driss Mriouah chef de la division planification et gestion de l'eau au ministère des travaux publics, précise que la mise en place du plan nécessite une mobilisation importante des ressources financières. «L'irrigation de 380.000 Hectares de plus nécessite de gros investissements». Ce qui implique que des grosses sommes vont être déboursser. Il en est de même pour l'eau potable. «Sa distribution et son entretien coûtent très chers». Une plus grande implication des usagers et un système de recouvrement performant deviennent une nécessité. «L'Etat ne pourra à long terme supporter le coût de l'eau. Elle doit être prise en charge par les usagers qui ne la paient pas actuellement a son prix de revient» une grande quantité d'eau est gaspillée et sous utilisée. La tarification actuelle «n'incite nullement à économiser de l'eau». Ainsi un système de tarification et de recouvrement adéquat permettrait, à l'usager de prendre conscience de la valeur réelle de l'eau en tant que ressource rare et coûteuse, et de faire disposer à l'état des ressources. Le financement des grandes réalisations hydrauliques du plan est assuré par l'état avec l'apport des concours extérieurs des organismes financiers internationaux. Une approche de l'impact des barrages sur l'environnement social et naturel constitue une condition essentielle de l'octroi des ressources de financement par les bailleurs de fonds.

«Tout dossier de financement d'un barrage doit s'accompagner de sa justification économique et de son impact social».
M. Mriouah précise que le plan directeur a des conséquences fâcheuses sur l'environnement qui devraient être considérées lors de son exécution. Parmi ces conséquences, il faut noter les incidences des aménagements hydro-agricoles, sur la qualité des eaux souterraines et les inondations provoquées par les barrages qui entraînent des déplacements de la population.
La réalisation de divers aménagements et programmes de mise en valeur prévus par le plan directeur nécessite de mettre en place des mesures d'accompagnement dans différents domaines. «Il y a une nécessité de mener un projet intégré il ne suffit pas uniquement de faire des barrages». la préservation de la qualité de l'eau, la valorisation des eaux usées, la minimisation de l'impact négatif sur l'environnement doivent, faire entre autres, partie intégrante des projets.

Nabil CHAKOR

Le Conseil Supérieur
de l'Eau


LE Conseil Supérieur de l'Eau créé en 1981 par Sa Majesté Le ROI, est chargé de définir les orientations générales de la politique de l'eau du Maroc et de donner son avis sur les grands projets.
Le Conseil rassemble des responsables politiques, des experts, des représentants des administrations, des collectivités locales et des usagers de l'eau.
Il émet, après chaque session des recommandations issues des concertations et échanges de points de vue entre ses membres qui ont tous, pour principal objectif, la préservation des ressources en eau, par une utilisation rationnelle. Plusieurs actions et réalisations ont été menées à la suite de ces recommandations, dont principalement:
- la réalisation de dizaines de barrages collinaires de taille de plus en plus importante pour satisfaire les besoins en eau des populations rurales,
- l'institution d'une taxe sur chaque mètre cube d'eau consommé pour faire face aux besoins d'investissement des petits centres, en matière d'alimentation en eau potable,
- la réalisation de plusieurs expérimentations en matière de réutilisation des eaux usées,
- la sensibilisation des populations à l'économie de l'eau au moyen de séminaires, conférences et campagnes publicitaires.