Politique Internationale

Cinéma: “Enfance volée" de Hakim Noury : Le martyre de R'Kia, bonne à tout faire

Par L'Economiste | Edition N°:116 Le 10/02/1994 | Partager

Après "Le Marteau et l'enclume", Hakim Noury revient avec "L'Enfance volée", film qui remet sous les projecteurs le phénomène de l'exploitation des enfants. Sujet d'actualité. l'histoire aurait mérité d'être mieux travaillée.

Réalisé par Hakim Noury, "l'Enfance volée" retrace l'itinéraire d'une petite servante depuis son départ de sa campagne natale jusqu'au jour où, à l'âge adulte, elle décide de prendre sa vie en main. Petite fille, R'kia commence son existence de bonne dans une famille de la grande bourgeoisie casablancaise. Elle découvre le luxe, mais se rend vite compte qu'il lui est farouchement interdit. Dix ans plus tard, R'kia, qui n'a plus aucune ressemblance avec la petite fille, essuiera mésaventure sur mésaventure et décide là de prendre son destin en main...

L'histoire de "L'Enfance volée" est sous-tendue par le ressort dramatique un peu éculé, et remis sous les feux de la rampe, des petites bonnes battues et victimes du système social. Hakim Noury n'a pas su dépasser les conventions et récupérer les clichés à son avantage. Il arrive toutefois à installer une ambiance assez convaincante sur la vie des servantes exploitées. On regrettera cependant certaines scènes comportant une surenchère de sentiments dramatiques et des effets de style.

Dérapages

De ce sujet terrible, Hakim Noury réussit à tirer un film moyen, mais avec quelques dérapages.

En effet, les seconds rôles, particulièrement celui du fiancé de R'Kia, ne paraissent pas à l'aise et ont des comportements "empruntés". Le fiancé, notamment, se contente de faire acte de présence et débite son dialogue (peu riche) avec un manque d entrain consternant.

Pour les principaux rôles, Fairouz (la baby-sitter de la TVM) est parfaite en blonde évaporée et maîtresse de maison jusqu'au bout de ses ongles rouges. Mostafa Zaâri demeure toujours égal à lui-même.

Pour un premier rôle, la petite bonne, incarnée par Fadela Masrour, excelle dans son jeu et toute l'émotion du film passe par son regard.

Dommage, "L'Enfance volée" souffre d'une qualité de son ainsi que d'une image médiocres. Concernant ce dernier point, "lors du développement des pellicules au centre cinématographique une couleur a été carrément oubliée et c'est ce qui nous a donné cette qualité d'image désastreuse. Comme pour la télévision, il existe trois couleurs fondamentales: le rouge, le bleu et le vert. Une fois développée, l'image est fixée et donc aucune erreur ne peut être rattrapée", explique M. Sarim Fassi-Fihri, PDG de la société MPS productrice du film.

Pour "L'Enfance volée", poursuit-il, "nous espérons bénéficier du phénomène Tazi qui a su réconcilier le public avec le cinéma marocain, et par là une fidélisation d'une partie de cette clientèle. Un film est une alchimie et personne ne peut prévoir à l'avance l'accueil qu'il recevra, quel que soit le budget, quelle que soit la qualité".

3 millions de DH

Hakim Noury est un jeune réalisateur marocain ayant déjà à son actif notamment "Le Facteur" en 1979 et "Le Marteau et l'enclume" en 1989.

Ayant bénéficié d'une aide, qualifiée d'insuffisante, du Centre Cinématographique Marocain d'un million de DH, Hakim Noury s'adresse à la société MPS (Moroccan Productions Services) qui accepte de produire le film et d'y apporter un complément de financement. Le budget d'investissement total, estimé à 3 millions de DH, englobe les décors, les comédiens, l'équipe de techniciens, les moyens de transport, la musique du film, la caméra louée à l'étranger....bref "tout ce qui est nécessaire pour la fabrication d'un film", explique M. Sarim Fassi-Fihri. Le tournage a duré cinq semaines. La sortie du film est prévue tout d'abord à Casablanca à partir du 16 mars prochain.

Un second film est en cours de préparation, avec le même réalisateur, Hakim Noury, et s'intitulera "Le Voleur de rêves". La société envisage de faire appel à des co-producteurs ou des financiers en terme de fonds d'aide au cinéma Le scénario est actuellement à la réécriture et rédigé par Farida Benlyazid.

Parmi les projets de MPS figurent "Marie de Nazareth" qui démarre en avril prochain et dont 4.000 costumes ont déjà été créés, ainsi qu'un projet sur la vie de Rimbaud.

Meriem OUDGHIRI

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