Courrier des Lecteurs

Charles Dallara, directeur de l'Institute of International Finance : Les banques doivent se pousser vers le futur

Par L'Economiste | Edition N°:251 Le 24/10/1996 | Partager

L'association des grandes banques et institutions financières mondiales surveille de près les marchés émergents. Le directeur de l'IIF est optimiste sur la situation du Maroc et veut en attirer les banques.


«LES banques marocaines apprennent à peine à marcher dans la concurrence. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'elles courent». C'est le jugement de Charles H. Dallara, directeur de l'Institute of International Finance.
Pour les aider à entrer dans l'ère de la globalisation, il est même venu leur proposer de rejoindre l'association, qui regroupe 225 banques et grosses entreprises opérant dans la finance, l'investissement ou le trading, l'objectif étant d'une part la défense de leurs intérêts communs vis-à-vis des banques centrales, de la Banque Mondiale ou du FMI, et l'étude des marchés émergents. C'est un peu un GPBM international.
La visite de M. Dallara intervient après la publication par la presse d'un rapport sur le Maroc «une coïncidence, affirme-t-il, mon voyage est programmé depuis longtemps. Quant au rapport, destiné à nos membres, son utilisation est partielle, il ne reflète pas nos opinions positives sur le Maroc».

Ainsi, les banques marocaines, «les plus fortes du monde arabe» sont jugées solides. Elles ont eu la chance d'être en grande partie privées, et l'Etat ne les a pas pompées pour ses besoins au point de les affaiblir, contrairement à ce qui s'est passé dans bien des pays pauvres et même moyennement avancés. Elles doivent cependant se pousser vers le futur, accélérer la compétition interne pour mieux s'affronter à la concurrence internationale. Il s'abstient de tout jugement sur le niveau et l'homogénéité des taux d'intérêts. Puis, diplomate, il précise que l'IIF a décrit les mécaniques des taux d'intérêt et des taux de change, mais n'a jamais dit qu'elles sont un problème.
Le cadre libéral et les outils mis en place par le gouvernement lui semblent donc satisfaisants, mais il reste aux banques de les utiliser. Il appartient aussi aux entreprises de faire jouer la concurrence entre les banques pour un crédit, mais aussi entre crédit bancaire et bourse pour leur financement.

Le grand chantier est le développement d'un marché obligataire et le renforcement de l'épargne nationale, qui viendrait couronner le processus de libéralisation.
«Nous applaudissons l'effort d'ouverture et de libéralisation d'autant plus qu'il n'a pas été interrompu par les difficultés économiques et sociales créées par la sécheresse», affirme le directeur de l'IIF. Il aurait été tentant de l'interrompre. M. Dallara souhaite l'accélération de la privatisation et plus de flexibilité dans la législation du travail qui permettrait une «meilleure allocation des ressources.

Un Forum


Le Maroc n'a le choix que d'accélérer le processus. Car il est lui-même en concurrence avec près de 50 pays en transition qui veulent attirer les capitaux. Le flux de l'investissement mondial privé est aujourd'hui évalué à 225 milliards de Dollars par an, dont 60 millions seulement viennent des banques. Le reste est véhiculé aujourd'hui par les sociétés de gestion de portefeuille, ou directement par les fonds de pension. C'est sans doute pourquoi l'IIF les a admis comme «membres associés», à côté des grandes banques commerciales du G7, et de plus en plus, de celles des pays émergents. Les 225 membres et associés versent une cotisation proportionnelle à leur chiffre d'affaires et se réunissent 23 fois par an, au printemps et à l'automne, avant les réunions du FMI et de la Banque Mondiale. Ils reçoivent les études et les analyses «objectives» sur visites des pays et compilation des données», rassure M. Dallara. Car l'enjeux est l'investissement et le risque encouru par les membres. Les rapports par pays sont établis de 1 à 3 fois par an en fonction de l'intérêt pour les investisseurs. L'IIF établit aussi des notes de conjonctures, des statistiques comparées sur les pays emprunteurs, des analyses de la dette mondiale.
L'IIF sert aussi de forum à la communauté internationale des finances privées et peut servir d'instrument de lobbying vis-à-vis des autorités nationales et internationales.

Khalid BELYAZID.


Sur les marchés émergents

LA croissance des marchés émergents dans les années 1990 offre, selon l'IIF, des opportunités aux membres dans les domaines suivants:
- des prêts à court et moyen termes pour le financement du commerce international;
- des prêts pour des projets financiers à moyen et long termes;
- la syndication financière;
- la garantie des obligations;
- l'intervention sur les marchés secondaires incluant les dettes intérieures et extérieures;
- le management des fonds d'investissement;
- le conseil du «corporate» et des clients de banques;
- le support aux investissements directs des clients, les joint-ventures et les acquisitions.
Pour toutes ces opportunités, IIF évalue le risque, identifie les tendances, les opportunités et les conséquences des divisions économiques dans la solvabilité, la dette.


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