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Ces managers qui montentCharafat Afilal, l'ingénieur rouge du CNESTEN

Par L'Economiste | Edition N°:1153 Le 28/11/2001 | Partager

. Appliquée, les premières notes lui seront toujours acquises durant son parcours scolaire . Son élection au sein du Bureau politique du PPS récompense un militantisme initié dès son plus jeune âge Proche de la trentaine, Charafat Afilal joue déjà dans la cour des grands. Elle est membre du Bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) et mène avec brio un combat quotidien sur plusieurs fronts. Son secret, la vivacité et la passion pour tout ce qu'elle entreprend.Charafat Afilal est née à Tétouan en 1972. Une ville dans laquelle elle passe toute son enfance. Sur les bancs de l'école publique, la jeune élève fait déjà montre de son éveil dès la première année de scolarisation. Appliquée et attentive, elle cumule les bonnes notes au grand bonheur de ses parents. La bonne étoile ne l'abonnera pas durant le reste de son parcours scolaire. Les premières notes lui seront toujours acquises. L'année du baccalauréat ne marque pas particulièrement ses souvenirs. Stress, angoisse, fatigue… Elle connaît le lot commun à tous les élèves. Les efforts sont néanmoins récompensés. Elle obtient son baccalauréat en sciences avec mention. Le choix de la filière scientifique n'a pas été une décision longue à prendre. «Les matières scientifiques me permettent de mieux satisfaire ma curiosité et répondent à mon caractère analytique», affirme-t-elle. Diplôme en poche, elle intègre la Faculté de Tétouan, le temps d'y préparer un DEUG en sciences. Lorsqu'elle réussit le concours d'entrée de l'Ecole Mohammadia des Ingénieurs en 1992, sa vie prend un nouveau tournant. Elle est contrainte d'abandonner sa ville natale et son milieu familial pour Rabat. Une rupture dont aujourd'hui encore elle se rappelle avec émotion. Pendant trois ans, Charafat travaille d'arrache-pied. Les études absorbent l'essentiel de son temps et laissent peu de temps aux loisirs. Seules des sorties au cinéma ponctuent les rares moments libres dont elle dispose. Une fois sur le marché de travail, Charafat adresse une demande à différentes sociétés et ministères. Parmi les propositions qui lui sont faites, elle optera sans hésiter pour le Centre National des Sciences et Techniques Nucléaires (CNESTEN). «En fin de compte, je ne voulais pas quitter Rabat, et le Centre correspondait aussi au profil des études que j'avais faite», explique-t-elle. Lorsqu'elle fait référence à sa profession, elle ne manque jamais de sourire. La plupart des personnes ont encore au Maroc une vision étriquée de l'emploi dans l'énergie nucléaire. L'allusion est systématiquement faite à l'usage militaire. La présence dans la capitale lui permettra aussi de maintenir le contact avec le milieu de la politique. En dépit des études ou de sa responsabilité dans le travail, elle a toujours conservé intact son intérêt pour l'activité partisane. . Baptême politique L'entrée en politique s'est faite de façon naturelle. Dès son enfance, Charafat baignait dans le bain grâce à son appartenance à l'Organisation Pionnière des Enfants du Maroc. Une association regroupant la jeunesse du PPS. Son contact ininterrompu avec l'esprit du parti fera d'elle une ardente militante. En 1989, l'effondrement du bloc communiste sonnera le glas de nombreux partis dans le monde. L'étudiante ne sera pas tentée par les sirènes de la transhumance. Si elle reconnaît avoir vécu durant cette période une réflexion intense quant au devenir du socialisme, sa conviction ne sera pas ébranlée. Selon sa conception, les pays de l'Est ne doivent pas être appréhendés comme un exemple absolu. Il est nécessaire que la doctrine socialiste puisse répondre aux exigences des valeurs de la société marocaine. «C'est d'ailleurs cette autonomie d'action qui a octroyé au PPS l'assise dont il jouit aujourd'hui», précise-t-elle. Sa conviction n'en sera que renforcée après un voyage à Cuba en 1997. A l'occasion du Festival mondial de la jeunesse, elle découvre un mode de vie qu'elle méconnaissait. L'atmosphère chaleureuse des rues de La Havane et la cordialité des habitants susciteront son émerveillement. Mais, le fait qui la marquera est sans aucun doute l'attachement de la population à son idéal politique, malgré la précarité du niveau de vie et les difficultés quotidiennes. Aussi anciens et forts que soient ses liens avec le parti, sa nomination au Bureau politique en juin dernier a été une véritable surprise. «Au début, j'ai été effrayée par cette nouvelle responsabilité. Mais, face à l'insistance de mes camarades, la décision n'a pas été longue à prendre». Quelques mois après, elle se déclare parfaitement intégrée au sein de l'instance décisionnelle du PPS. Les dossiers économiques et politiques commencent à avoir moins de secrets pour elle. Son constat de la conjoncture est sans équivoque. «Un changement progressif est en train de s'opérer au Maroc. Mais le chantier est loin d'être achevé. La phase de transition que nous vivons fait appel à la coalition de toutes les forces progressistes de la Nation». Les prochaines échéances législatives retiennent son attention. Au-delà des enjeux liés à l'issue du scrutin, elle désigne deux chantiers prioritaires. Le premier est la lutte contre la pauvreté. Il est urgent de réduire les disparités importantes qui existent au sein de la société. Les efforts doivent être multipliés en faveur de la population démunie. Le second, la réduction de l'analphabétisme. Le taux élevé d'analphabétisme que connaît le Maroc menace tout effort de développement. Féminité oblige, elle se penche avec grande attention sur le dossier de la femme. Selon sa conviction, «il ne peut y avoir de développement économique et social au Maroc sans la femme». Outre la réforme de la Moudouana, Charafat estime indispensable le changement de mentalités, car la femme ne doit plus être considérée comme un citoyen de seconde classe. Le PPS, de son avis, est le parti qui oeuvre le plus pour la parité entre hommes et femmes. Un quota de 5% est fixé pour toutes les instances dirigeantes. Loin de considérer le quota comme un acquis, elle le perçoit néanmoins comme une étape transitoire destinée à initier le chemin de l'égalité.La force de son engagement et la vivacité avec laquelle Charafat Afilal défend ses idées ne l'ont pas pour autant convaincu de se porter candidate lors des prochaines élections. Elle estime que le moment n'est pas encore venu de se lancer dans l'arène politique. Une éventualité qui ne sera pas exclue les années à venir. Battante, elle ne saura résister au défi indéfiniment.


Liberté de presse

Charafat Afilal se déclare être une lectrice assidue de journaux. L'Economiste et Al Bayane figurent parmi ses quotidiens favoris. Depuis sa nomination au Bureau politique, ses contacts avec les journalistes se sont multipliés. C'est avec curiosité qu'elle découvre un milieu dont elle ignorait jusqu'à présent le fonctionnement. Charafat Affilal voit d'un œil positif l'évolution de la presse durant ces dernières années. Les titres ont augmenté et l'expression libérée. Mais la qualité n'a malheureusement pas suivi. Un fait qu'elle attribue au manque de fonds dont souffre certains journaux, en particulier la presse partisane. Un fait qui ne peut pas cependant justifier l'absence de déontologie. Elle se déclare parfois choquée par le manque de rigueur dont font preuve certains journalistes. «Certains journaux créent un état de tension au sein de la société par les informations erronées qu'ils véhiculent». Si de tels agissements ne sont pas à son goût, elle n'en est pas pour autant partisane de l'interdiction. Elle pense que le secteur doit assurer son autorégulation. Un refus sans équivoque de la censure. Abdelfattah BERHIL

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