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BTP: Le «nouveau» contrat-programme
Bouregreg, TangerMed...
Le LPEE sur tous les fronts

. Le laboratoire mêlé à la «guerre des ingénieurs» . Des salaires peu attrayants contre la sécurité de l’emploi. Prêt à relever le défi de la réalisation du TGVA l’instar de l’ensemble de la chaîne de prestataires du bâtiment et des travaux publics, le carnet de commandes du LPEE (Laboratoire public d’essais et d’études) déborde. De TangerMed au tunnel du Bouregreg, en passant par les routes et les chantiers d’autoroutes, l’établissement public est sur tous les fronts avec en prime une santé financière nonchalante. De quoi donner des idées au gouvernement qui avait envisagé sa privatisation. L’accélération des réalisations des infrastructures exige des ressources supplémentaires, matérielles et, surtout, humaines à l’établissement. Sur ce dernier point, le LPEE est en compétition avec le secteur privé sur le «marché» des ingénieurs. Et il faut rivaliser en termes de rémunération. Face à la surenchère, l’organisme opte pour la formation par la «reconversion» de divers profils. Entretien avec Ahmed Mghizou, directeur du pôle recherche et développement du LPEE. - L’Economiste: Quels sont les chantiers d’envergure sur lesquels est engagé le LPEE actuellement?- Ahmed Mghizou: Sans minimiser les autres, les deux très grandes opérations sur lesquelles nous travaillons actuellement sont les sites de «TangerMed» et le tunnel du Bouregreg dans le cadre du projet de la vallée éponyme. Mais nous sommes également présents sur d’autres chantiers importants, la voie ferrée Taourirt-Nador, toutes les voies autoroutières depuis et vers Tanger et, enfin, le barrage Oued Ram dans la région de Tanger. En parallèle, le LPEE continue à travailler pour des centaines de projets de dimension beaucoup moins importante que ceux que j’ai mentionnés plus haut. Cela nous impose une mobilisation constante et un redimensionnement de nos ressources. - En parlant de ressources, comment faites-vous pour attirer des ingénieurs en génie civil? Arrivez-vous à rivaliser avec le privé sur le plan de la rémunération?- Effectivement, la demande est actuellement exponentielle concernant notre secteur, et nous commençons sérieusement à ressentir la pénurie de candidats qualifiés. Concrètement, nous disposons actuellement de 600 collaborateurs, dont seulement 120 ingénieurs. Ce qui reste infiniment peu au regard de l’évolution de notre carnet de commandes. Pour combler ce déficit, nous recrutons des «profils ingénieurs» d’horizons divers (électriciens, informaticiens, chimistes...) que nous formons nous-mêmes à nos métiers. Car, il ne faut pas se leurrer, nous avons vraiment du mal à recruter les «bons profils» qui, idéalement, pourraient être opérationnels tout de suite.- Est-ce que le LPEE ne sera pas trop juste pour des projets gigantesques tels que le TGV? Il faudra peut-être s’ouvrir sur des partenaires internationaux…- Toutes les pistes sont ouvertes. Je vous rappelle que nous travaillons déjà, et ce depuis des années, avec des partenaires étrangers tels que le Laboratoire français de géotechnique. Vous seriez surpris d’apprendre que nous sommes bien plus médiatisés et référencés en Europe qu’au Maroc!Dans le cas concret du futur TGV Casablanca-Tanger, nous sommes d’ores et déjà invités par les donneurs d’ordre à participer à la construction de ce gigantesque projet. Techniquement, notre rôle consistera essentiellement en des travaux d’excavation, de terrassement et de sondage du sous-sol. Sachant que la vitesse «commerciale d’exploitation» est de 320 km/h, il s’agit pour nous de vérifier la réaction des éléments géologiques sur le futur tracé Casablanca-Tanger.- Peut-on considérer aujourd’hui que le contrôle du bâtiment est relativement assaini? Il paraît que les «marchands» d’attestations continuent à sévir. - De ma position, il m’est impossible de vous le confirmer. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est qu’aujourd’hui, les donneurs d’ordre appliquent la démarche «qualité travaux». Ils s’assurent, dans le moindre détail, des capacités et de la qualité de tous les prestataires. Cette démarche est une sorte de label qui garantit la qualité du contrôle. Il est vrai qu’il y a quelques années, on assistait à un certain nombre de dérives, dues essentiellement au fait qu’un certain nombre d’entreprises disposaient de leurs propres laboratoires d’études. Tout le processus de contrôle se trouvait donc dans un schéma d’auto-contrôle qui coûtait cher à l’entreprise. Pour des raisons d’éthique et de rentabilité, les entreprises ont commencé, à partir de l’année 2004, à sous-traiter leur activité de contrôle.


«Développement et recherche»

Tout projet de BTP, d’ouvrages d’art ou d’infrastructure intéresse directement le pôle «recherche et développement». L’expertise du LPEE intervient au niveau du sondage et de l’analyse du sol et du sous-sol. Concrètement, cela consiste à utiliser des «sondeuses» type forage pétrolier (dont le coût varie entre 2 et 4 millions de dirhams!) pour procéder à l’analyse du sous-sol.Pour résumer le pôle «recherche et développement», je dirai simplement qu’avec les prouesses technologiques actuelles en matière de BTP, on peut faire ce qu’on veut où l’on veut, mais tout se joue au niveau du coût. Plus les travaux sont difficiles (comme le métro casablancais où il faudra creuser dans un sous-sol rocheux et aquatique) plus la note sera salée! La mission de la direction de recherche et développement consiste donc, non seulement dans l’analyse, le sondage et la prospection du sous-sol, mais surtout dans l’assistance technique. Exemple: si on se rend compte qu’un béton n’est pas conforme à la qualité requise, il ne suffit pas de s’arrêter au constat, précise Ahmed Mghizou. Nos équipes doivent aller dans l’explication: «Que faire et pourquoi ce béton n’est pas bon?».Ce sont là les véritables compétences requises au niveau du pôle «recherche et développement». Cette connaissance vient de l’expertise qu’il faut bien sûr mettre à jour, car les compétences et le savoir en matière scientifique évoluent très rapidement. Propos recueillis par Firas ADAWI-ADLER

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