Affaires

«Bourse: Il faut respecter la puissance du marché»
Entretien avec Thami Kabbaj, enseignant et ancien trader

Par L'Economiste | Edition N°:3279 Le 19/05/2010 | Partager

. «Je suis sceptique sur l’immobilier» . Le trading, c’est comme un sport de haut niveau: sans effort on n’évolue pasAuteur des ouvrages «Psychologie des grands traders», «L’art du trading» et «Investir sans criser», Thami Kabbaj, professeur agrégé d’économie et de gestion à Paris Dauphine et ancien trader, intervenait lors du cycle de conférences organisé par l’APSB sur le monde des finances et du trading. Entretien- L’Economiste: Comment jugez-vous le marché financier marocain?- Thami Kabbaj: C’est un marché en pleine expansion. Le Maroc est un pays émergent ce qui suppose que le potentiel de développement de son système financier est encore important. A mon sens, cela ne peut être que positif pour l’avenir. Maintenant, il ne faut pas négliger la conjoncture internationale. Les pays européens et les Etats-Unis traversent une crise assez importante et cela ne peut qu’influencer le marché marocain à court terme. Mais je pense qu’il faut résolument avoir une vision de long terme sur le marché et privilégier les investissements porteurs. Il va falloir être quelque fois sélectif.- D’après vous quels sont ces investissements porteurs?- Je suis un peu sceptique sur l’immobilier. Par contre, j’ai de bonnes convictions sur des secteurs comme les nouvelles technologies. Le Maroc a un avantage indéniable dans ce domaine et cela ne peut que se développer. Il y a véritablement de belles marges de manœuvre.- Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut à la Bourse de Casablanca pour être aussi compétitive que les Bourses du Caire et surtout de Johannesburg?- Déjà il est nécessaire d’avoir une meilleure animation du marché. Il faut également favoriser et créer une culture de marché, qui n’est pas encore présente, mais qui commence à se développer. Quelques actions sont entreprises jusque-là, notamment la caravane de la Bourse, il faut y ajouter aussi des débats et des rencontres pour créer une dynamique autour de la Bourse. C’est un travail de longue haleine, mais important pour l’essor de la place casablancaise.- La crise a projeté sur le devant de la scène le métier de trader. Dans l’un de vos ouvrages vous avez traité «l’art du trading». Quelle est votre perception du trader marocain?- Au départ, c’était un amateur, un boursicoteur qui utilisait quelques techniques rudimentaires. Aujourd’hui, le marché dispose de spécialistes de l’analyse technique, des personnes qui commencent à analyser la psychologie. Cela traduit une certaine maturité du marché, d’autant plus que nous avons de nouvelles techniques et divers moyens d’investissements qui commencent à se développer.- Est-ce qu’il y a un état optimal pour opérer sur les marchés?- Le trading, c’est comme le sport de haut niveau. Si on ne fait pas des efforts on n’évolue pas. Beaucoup de jeunes boursicoteurs arrivent sur le marché avec plein de rêves et ils pensent tirer le gros lot rapidement. La probabilité de réussite d’un débutant est limitée, voire nulle. Les marchés financiers ont la capacité de brouiller l’esprit d’un trader et l’acculer à prendre des décisions irréfléchies. Il faut avoir du sang froid pour exercer ce métier. - Et encore?- Il ne faut pas non plus surestimer ses capacités. L’ego touche un nombre important de traders novices qui croient comprendre les marchés financiers. Ils s’estiment capables d’anticiper les mouvements à court terme. Ce phénomène est à l’origine de plusieurs faillites retentissantes. Il s’agit d’être humble et de gérer de manière stricte son risque.- Comment voyez-vous l’évolution du métier de trader?- A l’étranger, le métier sera concurrencé par les machines, notamment les robots. Cette situation obligera les traders à recourir de plus en plus à des systèmes automatisés pour opérer sur les marchés. Il y aura néanmoins un mélange de l’algorithmique (système mathématique) et du trading classique (l’intuition et le discrétionnaire). Au Maroc, le métier de trader ne peut que se développer parce que la Bourse est à ses débuts.


Humilité

LA crise financière a eu comme effet de propulser sur le devant de la scène le métier de trader qui, aujourd’hui, fait un peu polémique. Dans quel état agissent ceux qui sont parfois comparés à des joueurs de casinos sur le marché? Selon Kabbaj, «il est dangereux d’arriver sur le marché avec des certitudes. Il faut accepter la toute puissance du marché. Il a toujours raison».Propos recueillis par Franck FAGNON

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc