Culture

Azemmour: Lalla Aïcha Bahria, la bien-aimée des célibataires

Par L'Economiste | Edition N°:1614 Le 02/10/2003 | Partager

. Des femmes à la recherche d'un mari investissent les lieux tout au long de l'année. L'histoire très populaire de ce marabout n'est pas, pour autant, répertoriée dans les livres d'histoire. Le rituel le plus important consiste à se baigner avec de l'eau salée tirée d'un puits Lieu d'occultismes et de légendes, Lalla Aïcha Bahria a une notoriété qui dépasse les frontières. Les 40 “hfids ou hfidas”, se disant les descendants de la sainte, ont pris sur eux la “lourde” tâche de veiller sur les lieux, se plaisent-ils à dire. Ces sortes de mqaddams et mqaddmas ne s'étonnent plus depuis longtemps de voir arriver en pèlerinage des personnes importantes outre les “petites gens”. Les visiteurs -en grande majorité des femmes-, sont de toutes les conditions sociales. Des femmes occupant des postes importants viennent accomplir le rituel à Lalla Aïcha Bahria. Leur but est de voir s'exaucer leurs vœux les plus inavoués, confie une Mqaddma. Des femmes abandonnées, répudiées, vieilles filles ou encore à la recherche de leur futur mari investissent les lieux tout au long de l'année. Elles viennent de différentes régions du Maroc, fondant leurs espoirs les plus fous sur la sainte. D'autres viennent pour guérir la stérilité ou se protéger contre le “mauvais œil” ou le mauvais sort. Il faut dire que le lieu, isolé, se prête à ce genre de culte. C'est sur la rive droite de l'embouchure de la rivière Oum Rabia, à quelques kilomètres de la ville historique d'Azemmour (80 km au sud de Casablanca) que se dresse le petit mausolée solitaire de Lalla Aïcha Bahria. . Une dizaine de restaurateursCe lieu saint est évoqué dans différents contes et de nombreuses chansons populaires comme étant un refuge pour les âmes en peine. Pour le pèlerinage, autrefois, on traversait la rivière en barque pour accéder au mausolée. Aujourd'hui, la rivière envasée rend la traversée périlleuse. A certains endroits, on traverse encore à pied malgré les travaux soutenus de la société Drapor, s'attelant à désensabler l'estuaire. En été, c'est la ruée de milliers de personnes vers Lalla Aïcha Bahria. Le reste de l'année, les gens y viennent surtout les week-ends. Une dizaine de restaurateurs, avec des baraques montées en carton, en bois et en zinc entourent le saint. Les murs de celui-ci, initialement peints en blanc, sont presque totalement recouverts d'inscriptions au henné. Des voitures arborant parfois l'opulence viennent vers la sainte, dévoilant l'importante activité qui règne sur place. Depuis un an, le bus accède à l'endroit malgré l'incommodité d'une piste s'étendant sur 2 km. Cependant, les femmes, pour bien marquer leur contrition, se déplacent vers Lalla Aïcha Bahria en carriole depuis Azemmour. Dans un modeste local, juste en face du mausolée, des femmes dépassant largement la trentaine se font tatouer la main au henné. De leurs discussions, il paraissait clair qu'elles venaient de faire connaissance durant le trajet. La quarantaine, l'une d'elles raconte avoir eu 3 grossesses avortées. Elle était venue pour “conjurer” le mauvais œil de sa belle-famille. Une Casablancaise vient mettre fin au mauvais sort, car elle a vu ses fiançailles se rompre plusieurs fois. Elle confie qu'elle est surtout venue de crainte de voir se “volatiliser” son nouveau fiancé.Le rituel de la visite diffère selon la requête. Le rituel le plus important consiste à se baigner avec de l'eau salée tirée du puits de la sainte. De bonnes affaires pour les hfids ou hfidas qui vendent 10 DH le seau d'eau froide et 15 DH l'eau chauffée dans une grande marmite noire de fumée. . Petit isoloirPour ceux qui veulent prendre un bain, 2 petits espaces ont été aménagés à côté du mausolée. L'un pour les hommes et l'autre pour les femmes. C'est dans ce petit isoloir que la femme stérile se déshabille et se couvre de henné puis se lave. Quand elle termine, elle doit laisser sur place quelques vêtements et ce qu'elle a utilisé pour se laver comme le peigne. Si la femme tombe enceinte, elle revient avec des présents et sacrifie un poulet, un mouton, parfois un bœuf selon l'importance du vœu exaucé. Les inscriptions au henné sur les murs du mausolée sont difficilement déchiffrables. Mais on arrive cependant à lire de temps à autre un nom féminin accolé à celui d'un nom masculin. Le visiteur ne peut s'empêcher de se laisser aller à la curiosité.


Record des marabouts

Les marabouts dans la province d'El Jadida sont nombreux. Près de 360 ont été recensés dans la région. A ce nombre s'ajoutent les 52 zaouias. C'est un record par rapport aux autres régions. La plupart d'entre eux étaient de redoutables combattants contre les invasions portugaises. Les moussems célébrés à l'honneur des saints ont pour objectif de perpétuer les traditions et le culte des lieux. Le moussem le plus connu est celui de Moulay Abdellah Amghar, avec 7 jours de festivités. Viennent ensuite Moulay Bouchaïb à Azemmour (3 jours de festivités du 4 au 6 octobre) et le moussem de Ben Yafou à Oualidia. D'autres saints ne sont fêtés qu'un jour. . La légende de Lalla Aïcha BahriaL'itinéraire de Lalla Aïcha Bahria est très peu connu. Son histoire, très populaire, n'est pas pour autant répertoriée dans les livres d'histoire, explique Mustapha Ouarab, journaliste et écrivain, auteur du livre en langue arabe: “Croyances et sorcelleries au Maroc”. Selon la légende, la sainte serait venue de Bagdad pour rencontrer le “Patron” d'Azemmour, Moulay Bouchaïb, qu'elle aurait connu par télépathie. Arrivée à l'embouchure de la rivière Oum Er-Rabia, elle meurt et devint une sainte qui guérit les femmes stériles. Non loin de là, se trouve aussi la rivale de Lalla Aïcha Bahria, Lalla Yatou, visitée par les grands spécialistes de la magie noire.Mohamed RAMDANI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc