Affaires

Assurances: «Notre secteur est surcapitalisé»
Entretien avec Mohamed Hassan Bensalah, président de la FMSAR (et président du Groupe Holmarcom)

Par L'Economiste | Edition N°:3206 Le 05/02/2010 | Partager

. Nous ne remettons pas en cause les règles de solvabilité. Assurance maladie: nos clients ne veulent pas changer de régime. Résultats financiers: L’obligataire a compenséContrat-programme, AMO, solvabilité, santé financière du secteur… Les assurances doivent négocier plusieurs rendez-vous décisifs pour l’avenir de l’activité. Dans cet entretien, Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance, analyse la portée de ces chantiers. - L’Economiste: Comment le secteur a accueilli le projet d’extension de l’AMO aux soins ambulatoires et quels aménagements souhaiteriez-vous dans le débat actuel?- Mohamed Hassan Bensalah: L’extension de l’AMO aux soins ambulatoires n’aura aucun impact sur les assurances privées puisque cette disposition ne concerne que la population déjà assurée auprès de la CNSS. Cela dit, je précise au passage que nous ne sommes pas contre le principe de l’AMO, qui reste, dans sa globalité, une bonne initiative. Ce que nous disons en revanche c’est qu’on doit également s’intéresser au Ramed (régime destiné aux populations les plus démunies) et aux 11 millions d’indépendants qui ne bénéficient d’aucune couverture médicale. Notre volonté c’est avant tout de développer le taux de couverture national, en maintenant une concurrence saine. Les compagnies d’assurances gèrent ce risque depuis plus de 60 ans et nos clients sont satisfaits de nos prestations. Nous avons d’ailleurs réalisé récemment un sondage auprès de 300 entreprises assurées et les réponses sont à cet égard éloquentes: le taux de satisfaction dépasse les 90%. Cela signifie clairement que cette population ne veut pas changer. De plus, je pense qu’on oublie un détail important, c’est que les compagnies d’assurances remboursent les frais sur la base des montants payés par les assurés et non sur la base des tarifs nationaux de référence tels que proposés par la CNSS. Nous avons également réalisé une simulation comparant la base de remboursement de l’AMO et celle des compagnies d’assurances. La CNSS ne rembourse que 2.500 médicaments sur 6.000. La question légitime c’est de savoir si ces clients voudront bien basculer vers un nouveau régime au risque de perdre en niveau d’indemnisation?- Est-ce qu’il y a eu une évaluation du manque à gagner du fait du basculement d’une partie de votre portefeuille vers la CNSS?- Si l’on doit compter le portefeuille des compagnies et des intermédiaires, cela nous coûterait plus d’un milliard de DH. Aujourd’hui tout le monde manque de visibilité. Lorsque nous demandons un délai supplémentaire de 5 ans, c’est pour pouvoir réajuster notre stratégie et combler les besoins en cas de nécessité. - Quelle tournure prennent vos discussions autour du contrat-programme? - Nous espérons concrétiser les choses d’ici fin février. C’est un chantier ambitieux qui demande une certaine transversalité. Il y a au moins une dizaine de ministères à consulter avec près de 70 mesures à mettre en œuvre. Deux types d’approches sont identifiés. D’abord une approche produit, autrement dit, ce que le secteur apporte aux assurés. Cela concerne principalement le débat autour de l’AMO et le maintien de l’AT au niveau des compagnies privées. Nous souhaitons également avec les pouvoirs publics pousser certaines assurances telles que l’AMI (Assurance maladie des indépendants), ou encore d’autres couvertures importantes comme la RC habitation, la RC professionnelle, la RC décennale... Ensuite, une approche institutionnelle, essentiellement fiscale. Le message important que nous véhiculons à ce niveau c’est de rappeler que notre marché s’inscrit naturellement dans une optique d’épargne long terme et par conséquent, il doit être accompagné. Nous proposons, par exemple, que la déductibilité fiscale de l’épargne-retraite passe de 6 à 20% pour les non-salariés. L’idéal aussi c’est de tenir compte des impératifs de gestion des positions long terme qui caractérisent la nature de l’activité. Il est regrettable de constater que la loi de finance ne fait pas de distinction entre l’investisseur court terme, spéculateur par essence, et l’investisseur long terme que nous sommes. - Justement, serait-ce manque de distinction de statut entre investisseurs qui explique la frilosité des assureurs sur la Bourse l’année écoulée?- En réalité, si nous devons parler de frilosité c’est essentiellement par rapport à la performance de la place casablancaise. Celle-ci ne peut se mesurer que par rapport aux volumes engagés. En termes d’investissement, nous avons été effectivement moins présents. N’oublions pas que la Bourse a subi une correction après 4 années de hausse successive. C’est désagréable, mais c’est normal! - En matière de règles de provisionnement, il y a visiblement toujours une ambiguïté pour le ratio de couverture des 130%.- C’est une mesure que nous jugeons excessive. Les 130% correspondent à une couche supplémentaire de provisionnement. Les compagnies couvrent déjà largement, et en dehors de ce dispositif, leurs engagements. Même la DAPS reconnaît que les 130% doivent être revus à la baisse. Nous avons d’ailleurs étayé nos arguments par deux études, et il me semble que vous en avez fait écho récemment sur votre support. Ces études, qui ont été réalisées sur la base des particularités du marché marocain et plus spécialement du marché financier et ses aléas, ont démontré que notre secteur est surcapitalisé. Aujourd’hui, des discussions sont en cours avec la DAPS pour revoir ce ratio à la baisse.- Pensez-vous qu’il faille amender ou assouplir les règles de solvabilité ainsi que les standards comptables?- Le marché s’oriente de plus en plus vers un système de contrôle plus performant. Ceci dit, je précise qu’en dehors de la mesure des 130%, nous ne remettons pas en cause les règles de solvabilité. Le livret 3 a introduit des règles prudentielles plus importantes. Quelque part, c’est une bonne chose pour notre secteur.- Quel bilan 2009 le secteur affiche-t-il sur le plan des rendements financiers et techniques?- Il est clair que les résultats financiers seront moins bons dans la mesure où la Bourse a enregistré une baisse importante en 2009. Les performances du secteur ont néanmoins été compensées par l’obligataire qui s’est bien comporté. Pour les résultats techniques en revanche, il est encore trop tôt pour nous prononcer. Toutefois, nous savons que le chiffre d’affaires du secteur au titre du premier semestre 2009 a enregistré une croissance de plus de 11%.- La montée de la sinistralité automobile inquiète beaucoup d’opérateurs dans votre secteur. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de retomber dans les travers des années antérieures? - Il est vrai qu’à partir de 2008/2009, nous avons constaté un changement de tendance avec une fréquence de sinistres à la hausse contrairement à la période antérieure à 2007. Je pense qu’il faut maintenir le forcing en matière de sensibilisation contre les accidents de la route. Le bilan, vous le savez, est effarant. Ce qui est paradoxal dans notre pays, c’est que même la conduite en ville, c’est-à-dire dans des situations où la vitesse est limitée, est à l’origine d’accidents souvent meurtriers.Je rappelle que les assureurs sont l’un des principaux bailleurs de fonds du comité national de prévention contre les accidents de la circulation qui fait, je l’avoue, un travail remarquable mais qui reste malheureusement insuffisant. Pour ce qui est de notre activité en tant qu’assureurs, nous devons continuellement trouver des solutions qui favorisent les bons conducteurs et pénalisent les mauvais. C’est d’ailleurs l’objectif du système du bonus-malus en vigueur. - Il y a tout de même une branche qui demeure sous tarifée, le TPV?- C’est indiscutable. Le TPV subira obligatoirement un rééquilibrage des tarifs. Mais notre souhait, c’est d’abord que la sinistralité baisse. D’où, là aussi, l’importance des campagnes de prévention. - Est-ce que cette situation n’obère pas les finances des deux compagnies qui gèrent ce risque, CAT et MATU?- Ces deux compagnies gèrent un risque qui n’est pas des plus rentables. Les deux entreprises se trouvent en revanche dans des situations différentes. La CAT est une entreprise qui a appliqué les règles de bonne gouvernance et qui est sortie de son plan de redressement en 2008. Pour la MATU, il y a encore du travail. - Le marché se fait écho d’une relance de la course à la prime pour certaines branches, la vie notamment?- Les chiffres doivent être analysés lucidement. Si la croissance est aussi importante, cela est dû essentiellement à la branche vie qui reste un moteur de développement très puissant pour notre marché. Ce dynamisme s’explique essentiellement par le développement de la bancassurance. Pour les autres branches, tout risque de course à la prime peut dégrader les résultats techniques avec les conséquences que l’on connaît. - L’accident du travail est déficitaire. Que propose votre groupement pour redresser la situation? - L’AT fait partie des principaux chantiers que nous avons inscrit dans le cadre du contrat-programme. Nous insistons au préalable sur la refonte du cadre réglementaire, notamment du dahir du 6 février 1963 car il y a des gisements d’amélioration au niveau des procédures d’indemnisation et d’expertise médicale. Il y a, à vrai dire, deux manières de corriger une branche déficitaire, soit par les tarifs, et ce, n’est pas ce que nous souhaitons, soit par la prévention et je pense que c’est la formule qu’il faut encourager. Il y a parfois des mesures simples, sans investissements importants, à adopter en entreprise et qui peuvent éviter à la fois des drames et des coûts économiques importants. Par exemple, produire des fiches de fonction claires, imposer le port de casques, des bottes,… Il faut en outre que les déclarations de personnel se fassent en temps et en nombre de manière exacte. Enfin, la déclaration du sinistre doit se faire de façon directe à la compagnie d’assurances ou à l’intermédiaire et non pas aux autorités locales comme c’est le cas actuellement. - Est-ce qu’il y a encore de la place pour une nouvelle compagnie d’assurances? - Plus on est de fous, plus on s’amuse (rires)... A vrai dire, il y a toujours de la place. N’oublions pas que notre secteur s’est beaucoup ouvert. Le Maroc a signé des accords de libre-échange. Du coup, toutes les candidatures doivent être examinées et, dans l’avenir, elles le seront par la future autorité de régulation. Si ces éventuels nouveaux opérateurs proposent une valeur ajoutée, qu’ils soient les bienvenus. - Pourquoi à ce niveau le secteur empêche la BCP d’avoir sa société captive?- Pour répondre à votre question, le conseil consultatif des assurances n’a jamais été saisi officiellement pour le dossier de la BCP. Cela devrait donc couper court à toutes les rumeurs. - Cinq compagnies concentrent plus de 80% du marché. Est-ce qu’il n’y a pas risque de cartellisation...- Je ne pense pas que les assurances soient les mieux loties en matière de concentration. D’autres secteurs le sont avec deux opérateurs seulement... Le risque de cartellisation n’a d’intérêt que sur un marché qui ne croît pas. Or, au Maroc, le taux de pénétration de l’assurance est à peine de 20%. De plus, ces groupes, lorsqu’on analyse leurs profils, opèrent avec des logiques différentes. - Est-ce que le marché est assez écouté pour le projet d’autorité de régulation?- C’est un projet dont la mise en place ne va pas tarder à se faire. Notre profession se déclare favorable à un tel projet qui, nous l’espérons, contribuera à préserver les acquis du secteur et pérenniser son équilibre. Pour répondre à votre question, nous avons été consultés et associés dans l’intégralité du processus de définition des modalités de constitution et de fonctionnement de cette nouvelle autorité.


Risque catastrophe: Vigilance

Les derniers dégâts provoqués par les intempéries ont remis sur la table la question de la couverture du risque catastrophe. Le projet est pour l’heure au secrétariat général du gouvernement pour sa promulgation. Pour le groupement, c’est là aussi l’un des chantiers prioritaires à la lumière notamment de plusieurs événements survenus ces dernières années (inondations, tremblement de terre, attentats terroristes). La FMSAR émet néanmoins quelques réserves. «Il faut que nous soyons vigilants sur la formulation de la loi car il n’est pas question de faire prendre à nos compagnies d’assurances des risques démesurés. Un événement à forte intensité peut ruiner le secteur si celui-ci porte ne serait-ce qu’une partie du risque directement au niveau de son bilan», souligne Mohamed Hassan Bensalah. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle la réassurance nationale à travers la Société centrale de réassurance sera amenée à jouer un rôle majeur, notamment à travers la création d’un fonds de solidarité des risques catastrophiques. Celui-ci sera alimenté par une taxe prélevée sur toute prime d’assurance en marge d’autres sources de financement.Propos recueillis par Mohamed BENABID

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