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Anti-Atlas: Les igoudars, greniers du passé

Par | Edition N°:1817 Le 22/07/2004 | Partager

. Ces greniers collectifs se comptent par centaines dans l’arrière-pays du Souss. Ils pourraient constituer une niche touristique à exploiter Igoudars, pluriel d’agadir, qui veut dire grenier en berbère, sont un phénomène marquant de l’anti-Atlas. Dans l’arrière-pays du Souss, ces vestiges d’antan, dont les premiers remontent au XVIIe siècle environ, sont comptés par centaines. Toutefois, ce patrimoine, qui pourrait constituer une niche touristique à exploiter, est aujourd’hui menacé en raison de son état d’abandon et doit être réhabilité. Les rares igoudars qui résistent encore actuellement risquent de tomber en ruines sous peu si une sauvegarde immédiate n’est pas envisagée. Au départ d’Agadir, plusieurs sont facilement accessibles après moins d’une heure de voiture grâce à des routes bétonnées. C’est après avoir parcouru une quarantaine de kilomètres sur la route de Aït Baha, à travers un paysage d’arganiers, souffrant de l’aridité et des carrières de graviers en exploitation, que l’on peut atteindre les igoudars du village d’Immchguiguen. Dans ces lieux témoins d’un passé lointain prospère, des notables de la ville d’Agadir conservent encore leur grenier, usage traditionnel presque inaltéré. Dès l’arrivée sur le site, une forteresse, aux couleurs ocres et aux formes majestueuses, surplombant le village, est la première vue auquelle le visiteur à droit. Première frontière avant d’y pénétrer, des rangées de cactus, semblables à un ruban vert qui rehausse la beauté du monument. A l’intérieur, malgré son état désert et d’abandon, le lieu captive le visiteur et un silence étrange l’enveloppe pendant que, à travers les formes architecturales fignolées de l’édifice et son agencement, il plonge dans le passé. Tout raconte encore dans ces lieux les usages et les pratiques des siècles écoulés ainsi que le rôle de ces dépôts collectifs. Pas difficile de déceler que les maîtres jadis de la forteresse aimaient la sobriété. Les techniques architecturales et les matériaux utilisés sont locaux et s’intègrent harmonieusement dans le paysage. Toitures des greniers réalisées à base de tiges en bois d’arganier, portes en bois de thuya ou de chêne, tronc d’arbre pour pilier… rien ne laisse indifférent. En raison de ces caractéristiques, l’oeuvre, considérée autrefois surtout pour sa fonctionnalité, constitue aujourd’hui une véritable curiosité et école architecturale. C’est par une entrée en chicane que celle-ci s’ouvre au visiteur. Après le passage d’une cour et de deux autres portes, c’est la découverte de ce qui peut s’apparenter dans le temps à une chambre forte. Tout au long d’une allée, près de 200 entrepôts numérotés, pour la plupart cadenassés, sont rangés horizontalement, répartis de part et d’autre sur trois étages, gardés par deux tours. Ces dernières, en effet, servaient pour le guet. Aujourd’hui, seul un gardien veille sur les lieux. Quelques familles tentent de maintenir les traditions en y déposant leur récolte de blé. Mais l’agadir n’est plus fonctionnel tel qu’il l’était auparavant. Plus aucune richesse n’est déposée dans le site, mais la richesse de ces entrepôts fortifiés du passé n’est pas celle que l’on croit.


Un peu d’histoire

Les greniers-citadelles de l’anti-Atlas où certaines tribus emmagasinaient les denrées essentielles à la vie naguère ainsi que les armes et les munitions avaient également une fonction politique, religieuse et juridique. Expression d’une société très archaïque, l’agadir était aussi un siège de justice et droit coutumier. Ainsi, ces structures étaient gérées sur la base d’une charte, inspirée du célèbre code de la forteresse Ajarif, implantée dans la région et disparue de nos jours. Dans ces lieux qui assuraient la survie économique de la tribu et jouaient également l’entretien des sciences profanes et religieuses, les plus grandes décisions étaient prises. Aujourd’hui, après plusieurs années de sécheresse, beaucoup d’ayants droit ont abandonné la pratique de l’entreposage et préfèrent stocker leurs maigres récoltes dans leurs domiciles. C’est ainsi que les igoudars ne sont plus entretenus. Bien qu’il semble appartenir à la langue berbère, ce terme pourrait être également punique. On le retrouve en effet dans la forme ancienne du nom de la ville de Cadix que les latins appelaient Gadès et les Grecs Gadeira. Les textes classiques révèlent que ce mot en punique veut dire enceinte. Parlait-on berbère à Cadix ou bien le terme serait-il d’origine punique? Difficile de trancher sur la question.


Collection de photos

C’est une véritable collection de photos des igoudars que l’artiste photographe, Saïd Aoubraim, a constitué ces dernières années. Des œuvres que le touriste peut découvrir au musée de la ville d’Agadir. «En visitant les igoudars, j’ai été subjugué par la splendeur de ces lieux photogéniques, un coup de coeur», indique-t-il. Outre la photo, il nourrit aujourd’hui l’ambition de réhabiliter l’igoudar de Tisslane, à proximité du village d’Azour n’Ali (sur la route d’Ida Ougnidif et Aït Baha), dont il est originaire. Pour cela, il a constitué une association.


Des femmes architectes au chevet des igoudars

Il suffit de visiter un seul igoudar pour que ces vestiges suscitent l’intérêt. Les femmes architectes du Sud, constituées en association, (ASAS, association solidaire des architectes du Sud), en font même leur priorité. Le projet actuellement à l’étude est de réhabiliter ces édifices. L’objectif dans un premier temps est de choisir un site-pilote. Reste aujourd’hui à trouver le financement. De notre correspondante, Malika ALAMI

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