Enquête

Abdellah Souîdi, directeur de la prison locale Oukacha: «Nous avons 400 employés pour 8.000 détenus»

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4807 Le 01/07/2016 | Partager
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Abdellah Souîdi, directeur de la prison locale Oukacha (Ph. JM)

- L’Economiste: Vous vous plaignez d’une surpopulation dans votre prison et d’un déficit en ressources humaines. Comment vous gérez ces contraintes?
- Abdellah Souîdi:
La surpopulation est le grand problème de nos prisons, et pas uniquement ici à Oukacha. Le déficit en moyens humains que vous évoquez rend notre tâche encore plus difficile. Nous avons 400 employés dans cette prison sur 8.000 prisonniers. C’est un ratio très loin de la norme, il nous faudra au moins le triple pour nous acquitter convenablement de nos tâches. Dans certains pays, dans les quartiers de haute sécurité où il y a des détenus dangereux, il y a un gardien pour un prisonnier, voire plus. Un déficit en ressources humaines qui ne nous permet pas d’assurer nos missions comme il se doit. La première et la plus importante est d’assurer la sécurité. Or, il y a risque en ce domaine si l’on ne dispose pas d’assez de moyens. Deuxième défi, mener nos programmes socioculturels et éducatifs (école, formation professionnelle, alphabétisation, sport…) dans de bonnes conditions. La réinsertion du prisonnier une fois libre passe par là.
Entre ces deux défis, nous préférons plus la sécurité, et cela passe obligatoirement au détriment des activités socioéducatives. Nous avons 7.000 sorties de prisonniers par an (hôpital, tribunal…), il faudra bien des surveillants pour les accompagner. Pour l’organisation des visites et le contrôle des couffins qu’apportent les visiteurs chaque jour, il nous faut une cinquantaine de gardiens, sachant qu’on reçoit en moyenne 1.400 visiteurs par jour. D’autant que les visites se passent sans dispositif de séparation et le risque est grand de voir des choses interdites nous passer sous le nez. Sans parler aussi des parloirs des avocats où des gardiens doivent être mobilisés quotidiennement lors des visites.

-Tous les rapports parlent de la promiscuité dans cette prison et de cellules avec un taux d’occupation exagéré…
-Nous disposons de 490 cellules, grandes et petites, pour 8.000 prisonniers… Faites le calcul. Une surpopulation exagérée, je vous l’accorde, mais l’on doit se débrouiller avec ce que nous avons. J’espère que les nouvelles prisons qui vont ouvrir pourront contribuer à décongestionner les prisons actuelles, dont la nôtre. Il n’y a pas de mystère, le Maroc se doit d’instituer des peines alternatives à la prison ferme, et cela est en cours d’adoption.

- On parle aussi de sévices et de cachots pour les indisciplinés…
- Il y a un quartier de contrôle rapproché, mais il n’y a pas assez de places pour y mettre tous les indisciplinés, tellement ils sont nombreux! On peut débusquer des prisonniers avec des téléphones cellulaires, qui sont interdits à l’intérieur de la prison, comme on peut débusquer des entrées de drogue. Mais on ne peut pas mettre dans ce quartier des prisonniers ou leur infliger une sanction sans être passé par une commission de discipline que je préside moi-même. Le prisonnier accusé d’indiscipline a le droit, lui, du soutien d’un avocat. C’est cette commission qui détermine la sanction à infliger. On ne peut passer outre que dans des cas extrêmes, et seulement lorsque la sécurité de l’établissement est en danger. Il y a une loi de fonctionnement des prisons qui encadre tout cela et que nous devrons appliquer. La mise en cellule disciplinaire, à titre d’exemple, ne peut pas dépasser 45 jours et nous l’appliquons dans les conditions fixées par cette loi.

- Quid du droit aux rapports sexuels en prison. Certains se plaignent d’en être privés…
C’est une disposition qui ne figure pas dans la loi, mais que nous avions appliquée quelque temps, c’est vrai. Mais le prisonnier peut être autorisé, dans certaines conditions (fêtes religieuses, familiales…) à aller chez lui voir son épouse…
Propos recueillis par
Jaouad MDIDECH

 

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