Enquête

Oriental: Comment le découpage administratif a tué le patrimoine archéologique

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:4797 Le 17/06/2016 | Partager
Les sites auparavant gérés par une seule commune se retrouvent éparpillés sur plusieurs
Absence totale de vision intégrée, les sites et l’infrastructure à vau-l’eau
Une décision au lourd impact, qui a favorisé l’exode rural et aggravé les taux de pauvreté
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La localité de Taforalt est célèbre par ses magnifiques paysages naturels, l’abondance de ses sources d’eau et la variété de son couvercle végétal. Elle est mondialement connue grâce à son site archéologique, la grotte aux pigeons  (Ph. AK)

Pourquoi le mur d’Hadrien, ou n’importe quel autre site historique ou archéologique sont plus célèbres, et surtout plus visités que notre propre patrimoine? Simple, les autorités en charge de ces monuments respectent ces lieux chargés d’histoire et savent leur rendre hommage. Chez nous, l’affaire est tout autre, en tout cas dans l’Oriental, région du Maroc, qui regorge de sites naturels pouvant devenir, outre leur poids archéologique et historique, de véritables leviers de développement. Or, ils sont tout bonnement négligés, peu valorisés et mal exploités. Un cas patent, celui du site archéologique de Taforalt à la beauté idyllique situé au coeur de la chaîne montagneuse des Bni Znassen. Un site naturel victime d’une absence de vision intégrée de développement touristique et valorisation des ressources naturelles.
Et pourtant, la localité de Taforalt est célèbre par ses magnifiques paysages naturels, l’abondance de ses sources d’eau et la variété de son couvercle végétal. Elle est mondialement connue grâce à son site archéologique, la grotte aux pigeons. Et si, aujourd’hui, ce site s’est passablement dégradé, frisant le délabrement, c’est à cause d’une décision administrative au lourd impact et qui a fragmenté la zone en plusieurs communes. Et là, c’est la dérive. Laquelle de ces communes serait le gestionnaire de ces lieux d’histoire?
Si actuellement, Taforalt est le chef-lieu de la commune du même nom, rattachée à la province de Berkane, cela n’était pas le cas auparavant. Au début des années 1990, les choses ont changé. Les pouvoirs publics ont porté le nombre des communes, au niveau national, de 850 à 3.000 avec des objectifs précis: rapprocher l’administration du citoyen, approfondir la démocratie locale tout en initiant un développement économique et social plus équilibré et harmonieux. La commune-mère de Taforalt fut ainsi scindée en trois communes pour une population de moins de 12.000 âmes: Tafouralt, Sidi Bouhouria et Rislane, implantées dans un périmètre de moins de 5 km. À ces trois communes s’ajoute celle de Zegzel, créée ultérieurement.
«Les répercussions de cette décision étaient lourdes pour l’avenir de l’ensemble de la région», expliquent les membres de l’Association «Les amis de Taforalt». Ils ajoutent que ce découpage est inadapté car il a divisé un espace homogène. C’est le cas pour la grotte du chameau qui a été annexée à la commune dont le siège est situé 20 km plus bas. Alors qu’elle se situe exactement à 5 km de la grotte des pigeons. De tout temps, les deux grottes dites «jumelles», se situant toutes les deux dans la vallée du Zegzel, ont constitué un ensemble harmonieux, et gérées en tant que sites archéologique (grotte des pigeons) et géologique (grotte du chameau) par une seule commune. Il faut rappeler qu’en 1952, puis en 1953, la grotte des pigeons et la vallée du Zegzel ont été classées sites protégés et de surcroît gérés par une seule entité.

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Les montagnes et la vallée de Taforalt offrent un circuit naturel aux multiples atouts. Elle est même célèbre sur le plan international pour ses trésors archéologiques, la grotte des pigeons et la grotte des chameaux qui toutes deux n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Le contrat programme lancé dernièrement propose des packages attractifs pour valoriser les potentialités touristiques et scientifiques du site. Reste à diversifier les offres et motiver les professionnels pour s’affranchir de la saisonnalité (Ph. A.K)

Tout le reste trinque

Ce découpage a impacté négativement la sédentarité et la densité démographique. Selon les données du Haut commissariat au plan, en 20 ans (1994-2014), les communes de Rislane, Sidi Bouhouria et Taforalt ont perdu plus de 26% de leur population. Ces taux figurent parmi les plus élevés de la province de Berkane. «Cet exode expliquerait, en partie, le surpeuplement de certains quartiers de la ville de Berkane», précise Ramdane Ouassini, président de l’association «Les amis de Taforalt».
Sur le plan social, en 2004, et à titre d’exemple, la commune de Taforalt a enregistré un taux de pauvreté de plus de 39%, le plus fort de la province, et un taux de mortalité de 84,3 pour mille, l’un des plus élevés au niveau national. À remarquer que ce dernier taux, très «surveillé» par les organisations internationales, comme le Pnud, est à moins de 25 pour mille sur le plan national.
En matière de désenclavement et communication, la route principale 607 El Ayoun- Berkane, qui traverse le centre de Taforalt, connaît un important trafic, particulièrement après l’ouverture de l’autoroute (Oujda – Fès). Durant la période estivale et les week-ends, la localité est totalement engorgée, causant un grand embarras de circulation. Idem pour la route reliant Berkane à Zegzel qui mérite une attention particulière à cause de son importance touristique. «Pis encore, le territoire rural est un simple réduit montagneux, enclavé, sans ressources», regrettent plusieurs habitants de cette localité. Et ce malgré les travaux de réfection qui ont touché des tronçons de la route de Zegzel.
Le centre de Taforalt, autrefois célèbre par le charme et la splendeur de ses espaces fleuris et verdoyants, a été totalement altéré et «bidonvillisé» par des mesures aux conséquences néfastes. «C’est le cas de l’ancienne esplanade, aggravé par l’implantation d’un abattoir à proximité des lieux d’habitation, avec les inconvénients qui en résultent pour la santé et la quiétude des habitants», précisent les amis de Taforalt. Ils proposent comme alternative la mise en place d’une nouvelle carte territoriale et l’élaboration d’un programme de mise à niveau compte tenu de la faiblesse des indicateurs sociaux (pauvreté, mortalité infantile, etc.).

Zegzel: La vallée aux néfliers magiques

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La vallée de Zegzel et les localités de Tazaghine, Ouawlout et Taqarbousste sont réputées pour la qualité de leurs nèfles. A elles seules, elles assurent 82% de la production nationale. Pour cette année, la récolte s’annonce bonne même si les rendements ne peuvent égaler ceux de la saison 2013 avec 5.600 tonnes. Un manque en productivité qui sera équilibré par les prix de vente. Selon les services de l’Office régional de mise en valeur de la Moulouya, les recettes estimées graviteront autour de 30 millions de DH
Le savoir-faire des agriculteurs et cultivateurs ainsi que l’accompagnement assuré par les services du département de l’Agriculture commencent à donner leurs fruits. Les résultats sont apparents depuis que les nèfles de cette zone ont été classées produit du terroir et bénéficient du label Signe distinctif d’origine et de qualité. Un atout qui a poussé les agriculteurs à adapter leurs techniques culturales aux quatre variétés produites: La Navela (ou beldi), le Muscat (nèfle piriforme), le Mkarkabe (type rond) et la Tanaka (type japonais). Ces variétés du néflier sont cultivées sur 370 ha (dont 220 en grande hydraulique au niveau du périmètre irrigué de la Moulouya). La densité d’arbres par hectare est de 150 néfliers.

 

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