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Fès/Restauration de la médina: Le musée vivant ressuscité

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4794 Le 14/06/2016 | Partager
La cité idrisside a retrouvé son lustre d’antan à l’initiative du Roi
Médersas, foundouks, souks… 26 monuments restaurés à l’identique
Une visite royale attendue
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Foundouk El Kettanine, datant XIXe siècle à l’époque du Sultan My Hassan 1er, abrite une centaine d’ateliers pour artisans. Sa restauration, comme celle des tanneries, n’était pas une mince affaire. Parce qu’il fallait convaincre les artisans de s’approprier le projet et les indemniser. Finalement, à l’issue de cette réhabilitation, ils ont été émerveillés par le résultat (Ph. YSA)

Dar Lazrak, Dar Dmana, Dar Moukit, médersas Seffarine et Al Mesbahia, hammam Ibn Abbad, ex-agence Bank Al-Maghreb, foundouks et bien d’autres édifices parmi les 26 monuments historiques (MH) de la médina de Fès, fraîchement restaurés, rouvriront leurs portes cette semaine. Dimanche, à l’heure où nous mettions sous presse, les responsables de l’Agence régionale de développement et de restauration (Ader-Fès) mettaient les dernières retouches, avant l’inauguration royale prévue le lundi 13 juin en soirée, après la prière des «Taraouih». La veille, la mobilisation des agents de l’autorité locale était palpable. Fouad Serrhini, directeur de l’Ader, le pacha de la médina et plusieurs caïds et moqaddems ont dû passer une nuit blanche. Ils ont battu le pavé afin de préparer la visite du Souverain, tant attendu, par habitants et commerçants.
Côté travaux, les dernières retouches consistaient en l’installation de quelque 500 nouvelles portes de commerces en bois de cèdre peint à l’huile de lin, en remplacement de

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Logé au fond du quartier El Kettanine, en médina, hammam Ibn Abbad est un bain maure datant du XIVe siècle. Il s’agit là d’un véritable chef-d’oeuvre de la construction arabo-mauresque. Après sa restauration, il devrait accueillir des touristes en quête de moments de détente dans la pure tradition andalouse, comme il se faisait dans le temps (Ph. YSA)

celles en fer ou encore la rénovation et le décapage d’anciennes portes en bois. L’idée étant d’avoir une seule identité visuelle au niveau de tous les commerces de la médina, du pont «Lakhrachfiyyine» à Bab Boujloud, en passant par Bab Sid El Awwad, Terrafine, Bab Sensla, Rass Cherratine, El Mechatine, El Kettanine, Sagha et bien d’autres souks et marchés. Lesquels mettent en valeur désormais la noblesse du bois et matériaux utilisés.
Dans le cadre de ce programme également, près de 300 auvents traditionnels ont été posés pour des commerces, les murs peints, les lumineuses installées, et les toitures en bois posées. Ceci, afin d’améliorer l’environnement des MH de la médina, et d’en faire «un musée vivant» qui permet le voyage dans l’histoire. Un voyage devenu possible à l’initiative du Souverain qui a veillé à la mobilisation des fonds nécessaires à la refondation de la cité idrisside, classée patrimoine universel de l’Unesco depuis 35 ans.
En fait, tout a commencé le 5 novembre 2014 quand le Roi constate, à Borj Sidi Bounafae, que le programme de réhabilitation des MH de Fès, bénéficiant d’un budget global de 285 millions de DH, avance à pas de tortue. 19 mois après son lancement, le taux de réalisation ne dépasse pas les 6%. La raison? «Ce programme, supposé être appuyé par plusieurs départements ministériels (Intérieur, Finances, Affaires islamiques, Habitat,  Artisanat et Culture), la wilaya et la commune de Fès, souffrait de carences multiples, dont principalement le manque de moyens financiers».

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La médersa Al Misbahia est l’oeuvre du Sultan Abou El Hassan, en 1346. Elle fait partie des plus grandes médersas de Fès. Elle est également appelée médersa Rokham, du marbre, ou médersa Khassa, de la vasque. Elle doit son nom à Misbah El Yaslouti, premier théologien qui y enseigna, et sa restauration au Roi Mohammed VI (Ph. YSA)  

 

Après le passage du Souverain, des instructions fermes ont été données aux ministres pour mobiliser les fonds nécessaires. En plus, il n’est plus question d’achever ce programme en mars 2017 comme le prévoyait l’engagement initial. Le Roi a fixé un délai d’une année (novembre 2015) pour livrer tous les monuments restaurés à l’identique, et avec l’intégration, pour certains (médersas), de quelques commodités (réfectoires, cuisines, bibliothèques…). Aujourd’hui, les travaux de restauration des MH sont finalisés. Et Fès a récupéré un patrimoine inestimable. Il s’agit, entre autres, de Dar Lazrak, une vieille demeure datant du XVe siècle, le foundouk El Kattanine ou encore la médersa Al Mesbahia. En plus de permettre aux visiteurs de remonter dans le temps, la restauration de ces sites est également productive pour l’économie de la médina car créatrice de nombreux emplois (220.000 journées de travail). La réhabilitation de la médina a ainsi permis de donner du travail aux jeunes. Au total, elle a entraîné la création de pas moins de 1.200 emplois et en a mobilisé 1.000 autres en régime de croisière. Une aubaine pour l’économie locale. Et pour que cela continue, ces monuments devraient être exploités comme musées, espaces d’expositions, ou espaces d’animation socio-culturelle.

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De l’accès R’cif en passant par Bab Sid El Awwad, le pont Lakhrachfiyyine, Bab Sensla, etc. le visiteur de la médina de Fès peut désormais remonter l’histoire de ce musée vivant, vieux de 12 siècles. Ceci a été possible grâce à la mobilisation de quelque 285,5 millions de DH et des travaux intenses pendant plus d’un an (Ph.YSA)

 

A cet effet, la moitié des monuments (pont historique, pont commercial, tanneries traditionnelles, hammams…) ne posent pas de problème en termes d’exploitation. Par contre, les medersas, les belles demeures et autres lieux d’artisanat verront leurs fonctionnalités améliorées selon des propositions bien réfléchies. Ainsi, des étudiants marocains et étrangers devront reconquérir l’école Mohammedia et la medersa Seffarine. On y découvrira notamment un centre de la culture maroco-andalouse, un institut des sept psalmodies du Coran, un espace d’exposition de la mosquée Al Quaraouiyine, outre des centres d’activités touristique, gastronomique, sociale, et culturelle. Le but est de revitaliser l’image de Fès comme cité internationale du savoir qui jadis accueillait des savants et des étudiants venant des quatre coins du monde.

Maisons menaçant ruine

S’agissant de la réhabilitation des bâtiments menaçant ruine, le programme s’étend jusqu’en 2017 et son impact social est important. Il concerne le traitement de près de 4.000 bâtisses dans la médina. L’opération est dotée d’un investissement de 330 millions de DH, à parts égales entre l’Intérieur, l’Habitat et les Finances. Elle porte sur la démolition de 143 bâtisses et le traitement de 1.286 édifices répertoriés comme dangereux (1er degré). En outre, l’intervention sur le parc de deuxième degré et troisième degré concerne près de 1.937 bâtisses. Elle consiste en la mise en place d’une veille et de mesures préventives (contrôle et suivi des dégradations, études, intervention d’urgence, accompagnement social et juridique). Ceci, afin d’assurer l’accompagnement des ménages cibles. A la date d’hier, les différentes opérations ont permis la sécurisation de plus de 2.000 ménages ainsi que la création de travaux à haute intensité de main-d’œuvre assurée par 71 entreprises (dont 22 créées depuis mars 2013).

Médersa Seffarine

La médersa Seffarine (dinandiers) est située sur la place du même nom, où retentit inlassablement le bruit du métal que l’on façonne. Proche de la mosquée Al Quaraouiyine, cette medersa, très sobre et bien décorée, a été construite par le Sultan mérinide Abou Youssef en 1280. Sa salle de prière est déboîtée du patio. Ce fut le premier collège de ce genre fondé au Maroc. Aujourd’hui, elle est dotée d’un réfectoire, de douches, une cuisine, une télévision, outre un réseau wifi. Bref, des annexes de confort dont les étudiants du 13e siècle ignoraient l’existence. L’idée est de montrer que la médina préserve son patrimoine historique et se projette aussi dans l’avenir avec tout ce que demandent les générations actuelles comme moyens de formation dans l’ère du temps. Faut-il rappeler que le système éducatif qui a marqué les 12 siècles d’histoire de la médina est vital pour sa survie. Après l’inauguration royale, des étudiants marocains et étrangers devront reconquérir l’école Mohammedia et la médersa Seffarine. Le but est de revitaliser l’image de Fès comme cité internationale du savoir qui jadis accueillait des savants et des étudiants venant des quatre coins du monde.

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À partir de ce mardi 14 juin, le voyage dans l’histoire offerte par la vieille médina est désormais possible. Pour ceux qui veulent les visiter, les monuments restaurés sont:
- Les ponts Lakhrachfiyyine et Terrafine, datant respectivement du Xe et XIe siècles
- Les borjs Sidi Bounafae, Boutouil et Neffara (dar Mouakkit), ce dernier a été élevé sous le règne du Sultan mérinide Abou Inan pour contrôler la carte astronomique du ciel pour des raisons liées au  calcul du temps
- La bibliothèque Al Quaraouiyine
- Sahrij
- Le mausolée Sidi Harazem, datant du XIIe siècle
- Les murailles de Bab Makina, de Jnan Drader
- Les foundouks Achich, Kettanine et Sagha,
- Les tanneries d’Ain Azliten, de Sidi Moussa (remontant à l’époque idrisside au IXe siècle) et Dar Dbagh Chouara, visitée par 90% des touristes de Fès
- Les demeures Dar Lazrak et Dar Dmana, datant du XIVe et XVe siècle
- Sebbaghine (souk de teinturiers), datant du Xe siècle
- Hammam Ibn Abbad, datant du XIVe siècle,
- Al Kawkab
- L’ex-agence Bank Al-Maghrib, datant du début du XXe siècle
- Les médersas de Sbaiyine, Al Mesbahia, Mohammadia, et Seffarine, dont certaines édifiées au XIIIe siècle.
- Kissariat Alkifah, datant de l’époque idrisside et rénovée au début du XXe siècle, est le 27e MH qui n’a pas pu être restauré à temps. Les travaux devront démarrer en septembre prochain pour 4 mois. 

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

 

 

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