Enquête

Manuels scolaires
147 imperfections relevées

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4792 Le 10/06/2016 | Partager
Les corrections opérées sous l'oeil vigilant d'une commission des droits de l'homme
Des Libanais et Egyptiens à Boukmakh... flash back
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Fouad Chafiqi, directeur du curricula au MEN et professeur de l'enseignement supérieur (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Le ministre Belmokhtar a annoncé en avril dernier le «nettoyage» de 390 manuels. Avez-vous saisi les éditeurs pour les corrections?
- Fouad Chafiqi:
Les corrections sont introduites et les nouveaux manuels seront entre les mains des élèves et des enseignants à partir de la rentrée prochaine.   La commission chargée des corrections a nettoyé exactement 364 manuels sur les 390 annoncés par le ministre, et a relevé 147 «imperfections». Nous avons envoyé un courrier aux éditeurs concernés pour qu'ils introduisent les corrections nécessaires, sous peine  d'être privés du troisième avenant, sachant que le contrat liant les deux parties s'étend sur 3 ans. Et une clause subordonne le déblocage de cet avenant à l'introduction des corrections demandées. Une majorité des éditeurs a répondu à la demande du ministère, seule une dizaine n'a pas réagi. Les corrections sont passées avant leur validation et la signature du bon à tirer (BAT) sous l'œil vigilant de la commission centrale des droits de l'homme et de la citoyenneté au MEN.  Nous avons signé quelque 350 avenants. Rappelons que 40 maisons d'édition se partagent le marché des manuels scolaires. Un marché évalué à 400 millions de DH.

- Ce nettoyage s'est imposé donc, pourquoi?
- Ce nettoyage est nécessaire. Vous n'êtes pas sans savoir qu'on est à l'ère de l'institutionnalisation des connaissances acquises et ce, depuis la fin des années 1980.  On est passé à un type nouveau d'école, où  l'institution scolaire n'est plus le seul lieu de dispense des connaissances. Ces dernières deviennent à la portée de tout le monde avec la multiplicité des moyens de communication et de transmission du savoir (télés, radios, internet…). En classe, on fait le tri de ces connaissances et l'on débat de sujets complexes qui agitent le pays et le monde, comme le choix ou non des OGM dans l'agriculture, ou encore quel type d'électricité utiliser, celle basée sur l'énergie hydraulique, solaire ou nucléaire, pour ne citer que ces exemples. L'école d'aujourd'hui a pour mission de participer à l'éclosion de la société démocratique où l'on interpelle chez l'élève, comme on dit en psychologie, sa personnalité invisible. L'école ne dispense plus les connaissances, qui sont désormais à la portée de tout le monde, mais son rôle est de choisir celles acceptées par les sciences et la société en général. Ce changement doit être intégré dans la famille, dans le corps enseignant, et chez l'intelligentsia d'une façon générale. Le manuel scolaire doit se décliner dans cette approche.

- Encore faut-il que la formation des enseignants suive…
- Si les enseignants ne sont pas préparés à jouer ce rôle d'institutionnalisation des connaissances, on verse dans la médiocrité et la superficialité. Comme celles d'une certaine presse, d'une chaîne télé ou radio, d'une vidéo sur internet, qui véhiculent quotidiennement des informations superficielles. Institution sociale par excellence, qui interagit avec la société, l'école doit suivre cette transformation, et tout le statut de l'enseignant doit changer. Autrement, l'école est condamnée à se fossiliser.
- Certains regrettent les livres signés Boukmakh qui ont formé toute une génération d'élèves…
- Après l'indépendance, le manuel scolaire existait sous forme importée, on n'y trouvait aucune expertise. C'étaient les Libanais et les Egyptiens qui écrivaient et illustraient le livre scolaire. Il y avait en effet Boukmakh, on s'en rappelle, qui a marqué toute une génération d'élèves marocains. Il s'agit d'initiatives privées, et ces auteurs disposaient d'une liberté totale dans la confection de ces livres. Pas de cahier des charges et l'Etat n'intervenait que pour donner son sceau au manuel. On passe, aux années 1970, aux manuels scolaires faits exclusivement par le ministère de l’Education nationale (MEN), avec une dose toute relative de liberté donnée aux auteurs. A la fin de la décennie 1970, c'est l'ère où le ministère de tutelle est le responsable unique du livre, les noms des auteurs n'y figuraient même pas. C'est la Charte d'éducation-formation qui met fin, à partir des années 1999, au monopole du manuel unique. Elle a eu le mérite d'inciter à l'ouverture d'un système scolaire sclérosé, où l'intervention de l'enseignant se limitait à recopier sur le tableau ce qui était dans le manuel, sous l'œil vigilant d'un appareil sécuritaire tatillon. A la moindre incartade, dans l'énoncé d'un examen par exemple, c'est l'enseignant qui en payait les frais. La première génération de réforme des manuels scolaires consécutive à la Charte d'éducation a donc commencé en 2002-2003. Ce programme s'est étalé sur quatre ans soit jusqu'en 2007. La production se fait par le biais d'un cahier des charges global pour l'ensemble des livres et spécifique pour chacun de ces manuels. Maintenant il y a  la Constitution de 2011, et il a fallu intégrer cette donne dans la confection du livre scolaire.  Et n'oubliez pas que le ministère, avant même cette date, s'employait à rectifier le tir chaque fois que les circonstances l'imposent, ça a été le cas après l'adoption du code de la famille en 2005, ou encore après  le dernier recensement de 2014.
 Propos recueillis  par
 Jawad Mdidech

 

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