Enquête

Les livres d’éducation islamique complètement revus

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4792 Le 10/06/2016 | Partager
Objectif: expurger 32 manuels des idées incitant à la haine, au terrorisme et à la ségrégation
L’intitulé de la matière sera modifié
Les éditeurs attendent toujours les nouveaux cahiers des charges

Les manuels scolaires de l’éducation religieuse ne seront pas prêts à la rentrée. Les éditeurs du livre scolaire n’ont toujours pas reçu les nouveaux cahiers des charges. A l’origine de ce retard, l’instruction royale de revoir de fond en comble le contenu des manuels pour les expurger du discours haineux, incitant à la violence et à la ségrégation. Le chantier implique deux ministères à la fois, en l’occurrence ceux des Habous et de l’Education nationale. Ces derniers ont mis en place une commission qui devra définir les grandes lignes du contenu des manuels scolaires. «Le projet de refonte concerne environ 32 livres et 12 niveaux, primaire et secondaire. A l’évidence, les modifications seront profondes. C’est ce qui explique le retard pris dans l’élaboration des nouveaux cahiers des charges», explique Ahmed Filali Anssari, président de l’Association marocaine des éditeurs du livre scolaire. La profession s’attend à ce qu’elle soit fixée vers le mois d’août ou de septembre. Un long processus d’allers-retours entre les onze éditeurs concernés et la commission ministérielle aura lieu. En effet, après avoir reçu les cahiers des charges, les éditeurs devront faire appel à leurs auteurs pour réécrire les textes et concevoir les illustrations. Environ 200 auteurs seront mis à contribution, car il faudra compter 3 à 5 auteurs par livre scolaire en moyenne, recrutés parfois pour avoir déjà travaillé sur les mêmes textes. Ces auteurs feront ensuite une première proposition de corpus qui devra être homologuée par la commission ministérielle via des ulémas avant de faire l’objet d’un bon à tirer et d’un bon de commande. Ce qui augure d’un long retard dans l’édition de la version finale de la trentaine de manuels scolaires. «Depuis 2003, il a été convenu avec le gouvernement de diversifier les manuels. La mesure permettra aux élèves d’avoir plus de choix et d’utiliser les premiers livres à sortir des machines», précise le président de l’Association des éditeurs.
Bien évidemment, les professionnels ne sont pas encore informés de la nature des changements qui toucheront le contenu des livres en question. Mais une chose est sûre: l’on ne parlera plus d’éducation islamique comme programme, mais plutôt d’éducation religieuse. Le changement de l’intitulé de la matière en dit donc long sur la volonté du gouvernement d’éliminer tous les concepts appelant à la violence. Le rôle des éditeurs dans les changements reste minime, puisqu’ils devront appliquer les instructions du donneur d’ordre. Chaque éditeur dispose d’un comité d’auteurs, composé de linguiste, d’historien, de didacticien, d’enseignants…
Ils sont rémunérés par les éditeurs à hauteur de 10% du prix du livre multiplié par le nombre d’exemplaires vendus. L’impression des livres d’éducation religieuse est la seule à être en retard. Etant donné les délais serrés, ils devront certainement être imprimés à l’étranger. Le livre dédié à l’éducation religieuse représente environ 10% du chiffre d’affaires des éditeurs.

Ouverture sur les autres religions

Le gouvernement a développé une nouvelle politique pour l’insertion des immigrés de plus d’une centaine de nationalités différentes. Mais bien avant la mise en œuvre de la politique d’intégration, des étrangers de diverses confessions religieuses ont commencé à envoyer leurs enfants dans les écoles marocaines à défaut d’établissements dispensant le programme d’enseignement de leur pays d’origine. Par conséquent, la refonte des livres scolaires de l’éducation religieuse devra tenir compte de la diversité des élèves, dont certains pratiquent d’autres religions que l’islam.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc