Economie

Intelligence économique
L'Afrique veut structurer sa démarche

Par Ayoub IBNOULFASSIH | Edition N°:4788 Le 06/06/2016 | Partager
Coordonner les initiatives pour mieux négocier l'information stratégique
Amener états et entreprises à mieux travailler ensemble
Une carte à jouer pour le Maroc

L’intégration des spécificités culturelles est une condition sine qua non pour assurer une intelligence économique efficace. C’est l’un des constats réitérés lors des premières assises africaines de l’intelligence économique, organisées par l’Institut de l’IE, vendredi  3 juin à Casablanca. «La plupart des initiatives africaines sont souvent calquées sur le  modèle métropolitain. Or, l’intelligence économique devrait se nourrir de la culture  locale», lance d’emblée François Jeanne-Beylot, secrétaire général de l’Institut de l’IE. Ce  rendez-vous a connu la participation de figures emblématiques de la veille et de l'IE tant  du côté français avec le célèbre député du Tarn, Bernard Carayon, auteur du rapport éponyme,  Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre économique (EGE), que du côté marocain,  avec Driss Guerraoui, Secrétaire général du CESE, Mohamed Benabid, administrateur de l'Association marocaine d'intelligence économique (AMIE) (et Rédacteur en chef de L'Economiste),   Asmâa Morine Azzouzi, présidente de l'AFEM ou  encore Mounir Rochdi, ex Cybion et actuel président de Thinktankers.
Pour tout acteur économique, gagner en efficacité et en compétitivité requiert à la fois la  maîtrise et la protection de l'information stratégique. Cette rencontre s’est fixée pour  principal objectif de dresser l’état d’art de la discipline sur le continent. L’intelligence  stratégique peut être définie comme l’ensemble des actions coordonnées de recherche et  traitement de données, visant à mieux appréhender son environnement concurrentiel. Ce  concept se décline en 3 volets: la veille, la protection des actifs et l’influence (lobbying). Pour ce qui est du lobbying, l’approche africaine est jugée «soft» par certains  intervenants européens. «La plupart des acteurs opérant en Afrique font un travail  remarquable en terme de veille mais s’arrêtent là où commence le lobbying», analyse Alexandre Medvedowsky, PDG de ESL Agence Publics Maroc. Il va sans dire que le lobbying est  perçu comme une démarche péjorative en Afrique contrairement à l'Europe ou l'Amérique où ces  pratiques sont de plus en plus répandues et sont mêmes intégrées aux  stratégies de compétitivité. La notion même de «guerre économique» est employée pour décrire  sous une dimension plus agressive l’environnement hyper concurrentiel où évoluent les entreprises.
Les Assises de l’IE ont permis de fédérer l’ensemble des experts africains autour d’une même vision stratégique à défaut de présence d’une volonté politique. L’absence de pilotage institutionnel a d’ailleurs été pointée du doigt par la plupart des acteurs ayant pris part à l’événement. «L’Etat a un rôle fondamental à jouer au niveau de l'architecture institutionnelle de l’intelligence économique. Il peut aider les entreprises à mieux décrypter le monde et éviter les erreurs tactiques», soutient Mohamed Benabid. Même si les initiatives sont éparpillées, le Maroc a incontestablement une carte à jouer  sur le continent, a estimé Benabid: «Il faut capitaliser sur le potentiel géostratégique, les institutions fortes ainsi que les tournées royales au niveau international, lesquelles ont donné de la crédibilité à la démarche du Maroc». L’histoire du Maroc avec l’intelligence économique ne date pas d’hier. De nombreuses initiatives, émanant des secteurs privé et public, ont compris l’intérêt de la veille intelligente et les retombées sur l’activité économique des entreprises.  «Le champ de l’intelligence économique au Maroc a connu 3 phases. Actuellement, nous sommes au stade de foisonnement et début de maturité», relève Driss Guerraoui.

Les dates-clefs de l’IE au Maroc

2004: Sous le haut patronage du Roi, colloque de l'intelligence économique à Tétouan, lequel est considéré pour beaucoup comme l'acte fondateur de l'IE

2006: Création de l'Association marocaine d'intelligence économique à l'initiative de Driss Alaoui Mdaghri et d'un groupe de pionniers dont notamment Ahmed

Azirar, Driss Guerraoui, Mohamed Benabid, Larbi Belarbi, Mounir Rochdi,Mohamed Ourdeddine

2006: Le gouvernement Jettou lance le Centre de veille stratégique (CVS). Celui-ci est alors logé au sein de la Direction des investissements gérée par Hassan Bernoussi. Deux jeunes se voient confier la structure: Karim Benjelloun et Saâd Salhi

2007: Création de l’Institut royal des études stratégiques (IRES)

2007: BMCE Bank lance son centre d'intelligence économique

2009: Le HCP crée le Centre national de documentation (CND), un service public d’information à but non lucratif

2008: Maroc PME (ex-ANPME) lance un bulletin de veille mensuel

2009: L’Agence de développement de la région de l’Oriental, l'une des plus mobilisées dans le domaine grâce à l’activisme de son DG, Mohamed Mbarki, tient les premières journées sur le thème de l’Intelligence économique régionale

2009: Le gouvernement Abbas El Fassi met en place un comité de veille stratégique pour faire face aux impacts de la grande crise financière internationale

2011: Ahmed Reda Chami lance pour son ministère de l’industrie des observatoires sur: l’Industrie, les Technologies de l’information et de la communication, le Commerce et la Distribution.

2011: Création du Conseil économique, social et environnemental

2013: L'AMIE sous l'ère de son nouveau président Abdelmalek Alaoui, propose une feuille de route en 16 recommandations

 

 

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