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Intelligence économique
Le Maroc convoité comme hub vers l’Afrique

Par Jihad RIZK | Edition N°:4786 Le 02/06/2016 | Partager
Des assises ce vendredi à Casablanca
Des initiatives localisées ces dernières années mais la mise en musique manque toujours
Les PME/TPE oubliées de l’IE
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 Asmâa Morine Azzouzi  est présidente de l’AFEM et VP du club marocain de l’intelligence économique  (Ph. AMA)

- L’Economiste: Pourquoi des assises africaines de l'intelligence économique?
-Asmâa Morine Azzouzi:
La question qu’il faut se poser c’est pourquoi l’institut de l’intelligence économique, haut lieu de l’intelligence économique française a pris l’initiative d’organiser des assises africaines de l’intelligence économique et pourquoi a-t-il choisi d’en organiser la première édition au Maroc? La réponse est édifiante car les promoteurs de l’idée qui sont des experts et spécialistes dont la compétence est largement reconnue ont compris que le continent africain est potentiellement un vecteur de croissance et un marché d’ouverture pour l’Europe en général et la France en particulier. Sa structure démographique, la richesse de son sol et la tendance irréversible de son développement social, économique et même politique en font une sorte d’Eldorado alors que les perspectives de croissance en Europe à moyen terme restent limitées. Choisir le Maroc pour cette première édition est une reconnaissance de son positionnement stratégique réussi depuis une dizaine d’années sur le continent africain.

- Cela fait maintenant plus de 10 ans que l'on débat de l'IE au Maroc. Comment évaluez-vous l'état d'avancement du chantier?
- L’histoire du Maroc avec l’intelligence économique n’est pas récente car en termes d’utilisation des outils et de la démarche, la majorité des grands groupes marocains, quelques départements ministériels ont tout à fait compris l’intérêt et la puissance de la veille stratégique, l’analyse des informations et les vertus de l’anticipation. Rétrospectivement, Il y a eu la création du centre de veille stratégique (CVS) en 2006, l’IRES en 2007, le CESE, le CNCE, l’Association marocaine d’intelligence économique, la création de think tanks comme Amadeus ou l’IMRI et puis tout récemment en 2015, la création du club marocain de l’IE.
Le Maroc, et au plus haut niveau de l’Etat, a compris les vertus du Soft Power et déploie à ce titre une démarche IE dont on voit déjà les fruits et que l’histoire retiendra comme tournant stratégique de l’émergence d’une puissance régionale au nord de l’Afrique en ce début du 21e siècle.
Il y a néanmoins un bémol à la pratique de l’IE au Maroc dans la mesure où les gouvernements successifs ne prenant pas toujours la mesure des enjeux, vont dans des stratégies sectorielles qui se téléscopent les unes les autres avec un manque d’harmonie évident. Résultat: le secteur privé a des difficultés à saisir les tenants et aboutissants, ne possède pas d’éléments d’analyse probants et n’a pas une grille de lecture claire.
Par ailleurs, et sur un plan purement micro-économique, les PME n’ont toujours pas le réflexe d’installer une culture de l’IE en leur sein ou à défaut de recourir à des services d’IE auprès de cabinets spécialisés.

- Si l'on devait parler d'une école marocaine de l'IE, comment la qualifieriez-vous?
- Il n’y a malheureusement pas encore à ce jour de création de contenu en IE ou des voix clairement identifiées faisant autorité mis à part peut-être Abdelmalek Aloui qui compte à son actif des ouvrages traitant de thématiques IE. Tous les spécialistes que nous avons à ce jour en intelligence économique au Maroc ont acquis ce savoir à l’étranger. Nous avons également besoin d’une volonté politique pour impulser une stratégie nationale de l’IE qui englobe toutes les forces vives de la nation, implique les régions, les collectivités locales, car la bataille quotidienne se joue à ce niveau pour permettre au Maroc de décoller définitivement et jouer son rôle désormais assumé d’acteur majeur du continent africain, de hub incontournable aussi bien pour l’Europe, pour l’Asie que pour le continent américain.
Propos recueillis
par J.R

 

 

 

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