Société

Diabète: Un inquiétant tableau de bord

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4746 Le 07/04/2016 | Partager
Deux millions de marocains atteints selon les estimations officielles
Les habitudes alimentaires mises à l'index
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La lutte contre le diabète doit d’abord être menée au niveau de la prévention primaire, liée à un meilleur encadrement de la publicité et de la commercialisation des produits alimentaires à haute teneur en sucre  (Source OMS)

Ce n'est pas un hasard, si l'OMS se soucie très sérieusement du cas marocain. Avec deux millions de personnes âgées de plus de 20 ans atteintes, le diabète mérite largement son statut de grave problème de santé publique.
La situation épidémiologique pourrait même être beaucoup plus grave que cela. «Ce sont des informations minimalistes, dans la mesure où il s’agit uniquement des données du secteur public, qui ne prennent pas en compte les informations détenues par les médecins privés», a mis en garde Jaâfar Heikel, président du Collège national des médecins nutritionnistes.
Pas un Marocain qui ne compte pas dans son entourage  ou ses connaissances une personne atteinte, avec souvent des complications invalidantes: néphropathies (atteinte des reins), rétinopathies (atteinte des yeux pouvant conduire à la cécité), maladies cardiaques et vasculaires, amputations... Bien évidemment face à la gravité de la situation, les pouvoirs publics sont les premiers à être interpellés.
Pour l’instant, le ministère de la Santé s’est contenté d’avancer ces chiffres et d’annoncer le lancement d’une campagne de sensibilisation en partenariat avec l’ANAM et la CNOPS, en plus d’une opération de dépistage qui va concerner 500.000 personnes à risque. Pas assez face à l’ampleur du phénomène. La moitié des personnes atteintes l’ignorent, de l’avis même de Louardi et histoire de remuer le couteau dans la plaie, la crise du diabète, c'est aussi sa facture: «La prise en charge du diabète coûte 11 milliards de DH à l’Etat au moment où le budget du ministère de la Santé ne dépasse pas 14 milliards», confie Heikel. D’où la nécessité, selon lui, d’agir en priorité au niveau de la prévention primaire. L'appel lancé par l’OMS à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la santé va dans le même sens. Margaret Chan, son DG, estime que «nous devons repenser notre mode de vie quotidienne, afin d’avoir une alimentation saine, d’être actif et d’éviter la prise de poids excessive». Oui, l'une des préoccupations connexes au problème du diabète, c'est la question du surpoids: 80% des cas de diabète au Maroc sont de type 2, c'est-à-dire lié à l’obésité et au mode de vie. Les données sont alarmantes: «Au Maroc 55,1% de la population est en surpoids et 21,7% est obèse», a fait savoir Yves Souteyrand, représentant de l’OMS au Maroc (voir aussi sa tribune en page 28). L’appel de l'OMS est sans équivoque: «les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les populations puissent faire des choix sains».  L’essentiel des efforts est orienté vers la sensibilisation ou la prise en charge des patients. L’OMS préconise plutôt de «prendre les mesures nécessaires notamment en termes de développement des environnements favorables à la santé et de réduction des facteurs de risque comme la sédentarité et la mauvaise alimentation».
Une situation qui interpelle le gouvernement. Certains scientifiques n’hésitent pas à comparer les risques que représentent les produits à base de sucre, particulièrement le fructose, aux dangers de l’alcool et du tabac. Aujourd’hui, les enfants ont accès libre aux friandises et autres produits alimentaires à haute teneur en sucre rapide. Une menace aggravée par «des publicités mensongères concernant l’apport calorique de certains produits», a déploré Heikel, également doyen de la faculté des sciences médicales à l’Université internationale de Casablanca. Sur ce point, il a appelé le gouvernement à prendre des mesures pour mieux encadrer les publicités relatives à ces produits sur la télé. «Il ne s’agit pas de bannir ces publicités comme c’est le cas pour l’alcool ou les cigarettes, mais plutôt de fournir aux consommateurs des informations correctes et fiables», a-t-il expliqué. Une pratique qui doit également toucher les emballages de certains produits alimentaires où «les étiquettes nutritionnelles sont soit fausses, soit incomplètes», a-t-il dit. Les producteurs sont aussi appelés à se greffer à ces efforts de prévention du diabète. «Les pâtissiers par exemple doivent être obligés d’afficher la teneur en sucre rapide des gâteaux et autres produits qu’ils commercialisent». A l’international, des experts appellent à une forte taxation des produits alimentaires contenant de grandes quantités de sucre. Une pratique qui peut être dupliquée au Maroc, selon des spécialistes, mais en l’adaptant au contexte national. «Il ne s’agit pas de détruire cette industrie mais de trouver une mesure juste, notamment une forme de taxation qui permet de financer la prévention et l’éducation pour la santé», a expliqué Heikel.

Chez les assureurs, alerte rouge aussi

LES données du département de la Santé montre que le diabète est la première affection de longue durée des assurés de la CNOPS et de la CNSS, avec respectivement 40% et 29%. D’où «l’importance de renforcer la cohérence des programmes intersectoriels du gouvernement», selon Jaâfar Heikel. Le combat contre cette maladie doit être mené dans une approche transversale, avec l’implication de plusieurs départements, dont ceux du Commerce, de l’Education nationale, de l’Intérieur. Mais cet effort, «doit être orchestré par le ministère de la Santé, qui doit prendre le leadership et tirer la sonnette d’alarme concernant les dangers de cette maladie», selon ce professionnel de la médecine nutritionniste.

 

 

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