Tribune

De Paris à Marrakech
Retrouver l’universalisme

Par Driss EL YAZAMI | Edition N°:4744 Le 05/04/2016 | Partager

Driss El Yazami est président du Conseil national des droits de l’Homme  (Ph. Mofik)

Adopté sous les ovations, l’accord de Paris constitue d’évidence un tournant dans la longue bataille contre les effets des changements climatiques. En effet, quelles que soient les réserves exprimées par certains, la communauté internationale dispose enfin d’un cadre multilatéral accepté par des Etats aux intérêts clairement divergents sur le moyen terme, avec des objectifs y compris financiers, même s’il reste à leur donner un contenu précis et à tracer les étapes d’évaluation et de révision. Rien n’est évidemment définitivement acquis. Le processus de signatures de l’accord sera à cet égard révélateur. Néanmoins, avec le cadre légal acquis à Paris, une réelle dynamique semble avoir été enclenchée.
Plus significatif à mes yeux est l’esquisse d’une mobilisation universelle que nous avons perçue avant, durant et après le Sommet de Paris.

De nouveaux acteurs entrés en résistance

Porté depuis des années, principalement par des scientifiques, les organisations non gouvernementales environnementalistes et quelques figures politiques internationales, le combat pour une réelle transition énergétique semble avoir gagné de nouveaux alliés et ce mouvement semble incontestablement s’étendre. Aux côtés des «experts» historiques, de nouveaux acteurs sont en effet entrés en résistance ou sont de plus en plus actifs dans l’innovation, tels les ONG de développement, les entreprises, les collectivités territoriales, les mouvements impliqués dans les divers forums sociaux, etc. Leur implication croissante, bien que parfois difficile à articuler, témoigne d’une prise de conscience universelle des dangers pour l’humanité toute entière des changements climatiques, et de l’absolue urgence d’adopter une véritable politique alternative, commune à tous (Etats, acteurs sociaux, économiques, etc.), respectueuse de leur diversité, mais agrégeant au final tous leurs efforts et réflexions.

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C’est l’ensemble de la vie sur terre qui est menacé et le salut exige une réaction commune de chacun, pays, régimes politiques, tous types d’acteurs confondus. Aucune partie du monde ne peut plus se suffire à elle-même pour éviter la catastrophe (Ph. AFP)

C’est à mes yeux une très bonne nouvelle, riche de promesses. Cet intérêt croissant pour la problématique du climat et la conviction de la nécessité d’une réaction commune à tous les hommes intervient en effet dans un monde qui semble, un peu partout, tourner le dos à l’universalisme. Dans toutes les régions du monde, les tenants de «la spécificité» culturelle, religieuse ou nationale semblent avoir le vent en poupe. Quelle que soit la particularité de l’histoire nationale des pays, «les ancêtres redoublent de férocité» (Kateb Yacine) et «les racines» sont mises en avant au détriment des valeurs universelles des droits de l’Homme et du mouvement qui les porte depuis, notamment, la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors qu’elle semblait irréversible, la mondialisation des droits de l’Homme est taraudée et minée de toute part. Partis populistes en Europe exigeant la préférence nationale et la fermeture face à l’autre, instrumentation du référent religieux dans le monde musulman mais aussi dans les Amériques et en Inde, tenants de «la pureté» ethnique un peu partout… l’origine mythifiée est glorifiée contre la nécessaire fraternité humaine et l’exigence d’une solidarité universelle, ouverte aux plus faibles d’entre les peuples et les individus.
C’est à cet égard que la mobilisation contre les changements climatiques et l’intérêt croissant pour les enjeux environnementaux sont plus que bienvenus.
Cette mobilisation n’est évidemment pas la première du genre. De grands mouvements internationaux rassemblant les foules en différents points du globe autour d’une cause unique ont déjà eu lieu ou sont  encore actifs aujourd’hui. L’internationalisme n’est pas né avec cet élan sur le climat. Mais, dans ce moment historique particulier, c’est l’objet même de cette mobilisation qui semble à la fois inédit et prometteur.

Ce «socle indérogeable de droit»

C’est en effet l’ensemble de la vie sur terre qui est menacé et le salut exige une réaction commune de chacun, pays, régimes politiques, tous types d’acteurs confondus. Aucune partie du monde ne peut plus se suffire à elle-même pour éviter la catastrophe. Même si les responsabilités historiques et les effets à venir sont inégalement répartis, c’est bien ensemble que nous nous devons de réagir. L’urgence climatique exige de nous en quelque sorte de «refaire l’humanité».
Surmonter ce défi suppose bien évidemment d’amplifier la prise de conscience populaire, de négocier des accords (tel celui de Paris), de définir les modalités de mise en œuvre et enfin, de mobiliser les acteurs dans leur diversité. Mais il exige aussi et surtout un socle de valeurs communes, qui transcende les égoïsmes nationaux et les tentations de repli de toutes sortes. Face aux différentes formes de relativisme, il nous faut retrouver ce «socle indérogeable de droit» (Mireille Delmas-Marty), qui fournirait aux mobilisations en cours sur le climat un fondement universel et ouvrant, en même temps, un espace inédit d’action pour l’universalisme des droits de l’Homme.

 

 

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