Evénement

Big bang chez les producteurs de tabac

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:4733 Le 21/03/2016 | Partager
La SMT réduit drastiquement son sourcing local
Un plan d’accompagnement sera proposé aux tabaculteurs
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La part de marché des cigarettes marocaines

En 2016, les importations de cigarettes ont atteint 42% contre 2,7% cinq ans plus tôt, soit environ 2,5 milliards de DH

Les temps sont durs pour l’industrie des cigarettes. La Société marocaine des tabacs (SMT) est décidée de revoir de fond en comble sa politique de sourcing. A partir de la campagne 2016-2017, qui démarre en septembre prochain, elle rompra son contrat d’approvisionnement en tabac auprès des producteurs locaux. Plus d’un millier de personnes sont concernées. Au total, la SMT s’approvisionne auprès de 3.500 tabaculteurs des régions El Hajeb, El Gharb et Ouezzane, la région la plus démunie des trois. Les producteurs dont les contrats ne seront plus reconduits se trouvent dans cette région. Ils sont environ 1.200 à produire du burley. Les 2.300 autres se positionnent sur le tabac oriental.

La SMT est en train de peaufiner un plan de reconversion au profit des tabaculteurs concernés. Le dispositif prévoit un accompagnement technique déployé par des ingénieurs de concert avec les associations s’activant dans le domaine du tabac. L’objectif étant d’identifier les cultures de substitution offrant le même niveau de rentabilité que le tabac. Parmi les cultures envisagées, figurent l’oignon, la pomme de terre et les céréales. Le plan de reconversion prévoit également un soutien financier pendant les premières années. Pour le moment, le schéma définitif n’a pas encore été arrêté. La culture intensive de tabac épuise les sols. Mais dans le cas des producteurs concernés, l’on a opté pour un système de rotation. Ce qui permettra de basculer rapidement vers d’autres cultures. Mais la principale difficulté à laquelle seront confrontés les tabaculteurs, c’est la recherche de clients après avoir été longtemps habitués à la formule de la garantie d’achat par la SMT.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette décision. Le premier porte sur le recul de la consommation de tabac qui a baissé de 1 milliard de tiges environ sur les 15 milliards consommées annuellement. Un manque à gagner qui a été grignoté par l’informel. La SMT est la plus impactée du fait que ses marques marocaines, Marquise, Olympic Bleue et Casa, ont vu leur part de marché reculer de 97,3% en 2011 à 58% en 2016 à cause de l’entrée en jeu d’autres marques sur le même segment telles que Next (15 DH), Rothmans (20 DH) et Monte Carlo (20 DH). Or, les marques nationales constituent les seuls débouchés du tabac local. Le deuxième facteur expliquant la recentrage du sourcing concerne les contraintes que connaît la SMT, bousculée par la concurrence. En effet, le tabac burley, qui entre dans la fabrication des marques de cigarettes marocaines, n’est plus compétitif. Ce n’est pas nouveau. Si par le passé, la SMT pouvait se permettre de s’approvisionner auprès des tabaculteurs à des conditions défavorables, elle ne peut plus s’offrir ce «luxe» au moment où le cours du tabac à l’international devient attractif. Le kilo du burley à l’étranger est à 17,50 DH (soit 2 dollars) alors que la SMT achète le même tabac et de qualité inférieure à 52,50 DH. Si elle devait l’importer, le tabac serait donc moins cher et de meilleure qualité. La situation devient intenable.  La troisième raison derrière cette décision, les conséquences de la rupture du contrat début janvier avec Philip Morris, le propriétaire des marques Marlboro, L&M et Kent, entre autres. Le divorce a coûté à la SMT 20% de son chiffre d’affaires et entraîné une hausse de ses coûts marginaux de 20 à 25%, sans que les ventes suivent. L’impact se ressent également au niveau de l’outil de production de la SMT, dont le contrat portait également sur la fabrication des Marlboro. Avec la rupture, l’opérateur se retrouve avec des lignes de production et des effectifs qu’il faut optimiser. Des moyens utilisés pour la production de la nouvelle marque Fox (vendue à 12 DH) sur laquelle la SMT table pour compenser le gap laissé par Philip Morris et améliorer ses parts de marché.

La SMT est elle-même en concurrence avec les autres filiales d’Imperial Tobacco. Le management à l’international l’attend sur le chapitre des résultats. Du coup, elle est tiraillée entre deux challenges, celui de la rentabilité, mais aussi celui du maintien de la seule unité industrielle de tabac au Maroc.

8 ans de stock de matières premières!

A cause des méventes des cigarettes locales, telles que Marquise, Olympic Bleue et Casa,  la SMT a sur les bras l’équivalent d’un stock de huit ans au niveau de son usine de battage située à Lmouzzin, dans la région du Gharb. Un stockage qui revient trop cher en termes de frais de traitement, de manutention, d’aération et de charges personnelles, sans avoir la perspective de pouvoir l’exploiter. Pour limiter les dégâts et ne pas être acculée à en détruire une bonne partie une fois impropre à la consommation, la Société marocaine des tabacs doit créer de nouvelles marques pour optimiser.

 

 

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