Habillage_leco
Competences & rh

Inspection du travail
Sauver la mise, avec les moyens du bord…

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4719 Le 01/03/2016 | Partager
Seulement 5 inspecteurs seront recrutés cette année
Une approche par objectifs et un planning préétabli au niveau central

Abdeslam Seddiki, ministre de l’Emploi et des Affaires sociales: «Comme nous ne pouvons pas tout faire, nous essayons, dans la mesure du possible, de cibler nos actions. En 2016, nous insisterons plus sur la santé et la sécurité au travail» (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Pensez-vous que l’on dispose aujourd’hui d’un corps d’inspection du travail qui corresponde aux défis du marché de l’emploi?
- Abdeslam Seddiki:
Les caractéristiques de ce corps de métier sont liées au code du travail qui en a précisé le mode de fonctionnement. Laissez-moi d'abord vous rappeler que la création de l’inspection du travail au Maroc date de 1926. Depuis, son champ d’intervention s’est élargi progressivement, et ce en conformité avec les normes internationales du travail. De notre côté, nous essayons de rationnaliser ses tâches et interventions pour plus d’efficacité. Nous avons, par exemple, réduit le nombre de questions posées durant les contrôles aux points fondamentaux. Des questions comme la santé et sécurité au travail, le respect des libertés syndicales, le Smig, le travail des enfants, pour lequel nous avons mené beaucoup de missions, … Comme nous ne pouvons pas tout faire, nous essayons, dans la mesure du possible, de cibler nos actions. En 2014, nous avions axé nos interventions sur le secteur agricole. En 2016, nous insisterons plus sur la santé et sécurité au travail. D’ailleurs, nous sommes en train de restructurer l’Institut des conditions de vie au travail. Il sera doté d’un local et de moyens nouveaux. Nous lancerons bientôt un appel à candidature pour en nommer le responsable.   

- Il existe un énorme déficit en inspecteurs du travail depuis des années. Que prévoyez-vous pour y remédier?
- En effet, le nombre d’inspecteurs du travail est en régression depuis quelques années, et ce pour différentes raisons. D'abord, le vieillissement de cette population. La majorité des inspecteurs qui ont été recrutés dans les années 70 ont atteint la limite d’âge. Le nombre de départs à la retraite est en moyenne de 15 agents par an. Ensuite, nous faisons face à des contraintes budgétaires. Les postes alloués dans les lois de Finances restent limités. Conscient de cette difficulté, le ministère a recruté plus de 100 agents entre 2004 et 2007. Cet effort demeure en deçà de nos attentes,  vu la multitude de tâches confiées aux inspecteurs du travail et l’étendue de leur champ d’intervention. Mais malgré leur nombre limité, les inspecteurs jouent un rôle très important dans la préservation de la paix sociale dans les entreprises.
Nous disposons d’environ 450 agents dont 113 inspectrices-femmes. Pour  gérer le déficit, le ministère a adopté un plan national d’inspection dans sa stratégie 2014-2016, dans lequel il a défini des priorités nationales, régionales et locales, avec une approche basée sur les objectifs/résultats. Cela permettra de couvrir tous les secteurs d’activités selon un planning prédéterminé par la direction centrale, en concertation avec les services régionaux.
Cette année, nous recruterons 5 inspecteurs qui seront affectés à des provinces qui en sont entièrement dépourvues. Certains inspecteurs travaillant au niveau central seront, en outre, incités à opérer sur le terrain. Il faut espérer qu’à l’avenir nous bénéficions de plus de postes budgétaires.

- Les inspecteurs estiment que la médiation les empêche de se concentrer sur le contrôle. Faut-il revoir leurs missions?
- Il faut rappeler que la conciliation revêt une importance majeure pour les partenaires sociaux. Cette mission a été confiée aux inspecteurs du travail en réponse aux besoins exprimés par nos partenaires sociaux et économiques. En dépit des critiques des uns et des autres envers cet instrument de résolution des conflits individuels et collectifs, il a contribué d’une manière forte à la diminution de la conflictualité au sein des entreprises. La majorité des Etats membres de l’OIT ont confié cette mission aux inspecteurs. Toutefois, et malgré la pertinence de cette action, le ministère est conscient du rôle principal de l’inspection du travail, qui est le contrôle. Des mesures ont été prises pour le renforcer, notamment dans le plan d’action national qui fixe les priorités nationales, régionales et locales, avec un minimum de visites d’inspection à  respecter.

Ce que la médiation a pu éviter!

Les inspecteurs ont beau se plaindre de la mission de médiation qui leur a été confiée il y a de cela quelques années, et qui les empêche de se concentrer pleinement sur le contrôle, la tutelle y tient. Et pour cause! Selon le ministère de l’Emploi, uniquement pour 2015, les interventions des agents de contrôle ont permis de traiter 54.593 conflits individuels et de résoudre 74.798 réclamations. Ils ont également facilité la conclusion de 467 protocoles d’accords, soit une progression de plus de 13 % sur un an. Par ailleurs, ils ont permis d’éviter le déclenchement de 1.310 grèves dans 1.107 établissements et de mettre en place 9 conventions collectives.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc